Un ex-notaire condamné pour gangstérisme pour avoir blanchi de l’argent sale des Hells Angels dans un paradis fiscal retourne derrière les barreaux. Richard Felx a été condamné la semaine dernière à plus de cinq ans de pénitencier pour une fraude de véhicules d’un demi-million de dollars perpétrée alors qu’il était en liberté pendant son processus d’appel.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Le criminel à cravate de 62 ans est un vieux routier. Depuis qu’il a été radié de la Chambre des notaires en 1992, Richard Felx s’est retrouvé devant la justice à de nombreuses occasions, notamment dans le médiatisé projet Diligence sur l’infiltration des motards dans l’industrie de la construction.

Pour sa dernière arnaque, à l’été 2017, le récidiviste a élaboré un stratagème frauduleux afin d’obtenir du financement dans le but d’acheter des véhicules neufs chez divers concessionnaires de Montréal. En quelques mois, Richard Felx a réussi à acquérir neuf véhicules à son nom ou par l’entremise d’une société à numéro, par exemple un camion Ford F-150, une Cadillac Escalade ou une Chevrolet Camaro.

Son modus operandi était le suivant : grâce à de faux documents financiers, il faisait croire à une institution financière qu’il touchait des revenus annuels de presque 200 000 $. Il achetait ainsi facilement de coûteux véhicules à crédit dans le but de les louer à des tiers. Il obtenait en plus des liquidités en demandant un crédit plus élevé que le prix de vente du véhicule.

« La preuve est à l’effet que Richard Felx a fait du trafic de biens criminellement obtenus ou était en possession de ce type de biens dans le but d’en faire le trafic », indique le résumé commun des faits déposé en cour.

Le résidant de Saint-Colomban a plaidé coupable à différentes infractions de fraude, de recel et de non-respect d’engagement, mardi dernier, au palais de justice de Montréal. Le juge Éric Downs a entériné une suggestion commune des avocats en le condamnant à 69 mois d’emprisonnement et à une amende de 10 000 $.

Sa famille et lui s’étaient pourtant engagés à hauteur de 68 000 $ en 2016 pour lui permettre de recouvrer sa liberté pendant l’appel de sa condamnation à six ans de pénitencier pour avoir blanchi l’argent d’influents Hells Angels dans des comptes « offshores ». 

Antécédents

Richard Felx et ses complices Michel, Dax et Mélanie Ste-Marie ont été reconnus coupables en 2016 de gangstérisme, de complot et de recyclage des produits de la criminalité pour avoir permis aux Hells Angels Normand « Casper » Ouimet, Alain Durand et Martin Robert de blanchir des fonds dans des paradis fiscaux. Certains d’entre eux étaient alors en fuite depuis l’opération SharQc de 2009. Notons que Martin Robert, un influent motard, s’est fait remarquer en décembre 2018 pour son mariage somptueux au centre-ville de Montréal.

Le père et les enfants Ste-Marie plaçaient l’argent dans des fiducies et des sociétés appartenant à des prête-noms, ainsi que dans des sociétés de l’île Maurice, un paradis fiscal. Le rôle de Richard Felx consistait à créer les fiducies et à utiliser sa société de l’île Maurice pour faire transiter l’argent des clients. Ses complices et lui prélevaient une commission qui pouvait s’élever à 10 % de la valeur de la transaction.

L’affaire a été plaidée en appel le printemps dernier et a été prise en délibéré.

Sa plus récente peine de détention devra toutefois être purgée en même temps que celle de 33 mois imposée en 2019 pour des dizaines d’infractions à la Loi sur les valeurs mobilières. Richard Felx et ses complices de la famille Ste-Marie avaient floué 80 investisseurs dans les années 2000 pour 1,2 million de dollars. Ils promettaient à leurs victimes des rendements mirobolants sans risque (jusqu’à 10 % par mois) grâce à des placements à l’île Maurice. Richard Felx avait reçu une amende de 633 000 $ dans cette affaire.