Un avocat déchu accro au fentanyl se retrouve derrière les barreaux pour avoir fait le trafic de ce dangereux opioïde en 2018, alors qu’il pratiquait toujours le droit. Piégé par des agents d’infiltration du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Samir Ouati a écopé de deux ans de détention.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Malgré la suspension de la majorité des audiences en raison de la pandémie, l’homme de 41 ans a plaidé coupable la semaine dernière au palais de justice de Montréal à deux chefs d’accusation de trafic et de possession de stupéfiants.

Ancien avocat spécialisé en droit de l’immigration, Samir Ouati a connu une véritable descente aux enfers. Dépendant depuis trois ans au fentanyl, il avait un « grave problème de consommation » depuis des années, indique le résumé des faits présenté à la cour. Le fentanyl est un analgésique 40 fois plus puissant que l’héroïne. À peine quelques grains peuvent causer la mort.

Les policiers ont amorcé leur enquête sur Samir Ouati et deux de ses voisins, Frédéric Cloutier et Kim Lamarre, en 2017 à la suite d’allégations de trafic de stupéfiants dans leur immeuble. Les policiers ont rapporté notamment la surdose de fentanyl d’une personne dans l’appartement de Samir Ouati.

Rappelons que la lutte contre le fentanyl était une priorité du SPVM à cette époque, alors que la métropole avait enregistré 44 surdoses de fentanyl ou de carfentanyl en 2017. La découverte des corps de deux frères de Lac-Mégantic morts d’une surdose de fentanyl sous le pont Jacques-Cartier avait servi de catalyseur à cette lutte.

Ciblé par un agent d’infiltration pour acheter du fentanyl, Frédéric Cloutier s’en est alors procuré auprès de son voisin Samir Ouati et l’a revendu au policier. Cinq jours avant de commettre ce premier crime en mai 2018, l’avocat déchu représentait pourtant des clients devant la Régie du logement, selon une décision publique.

Puis en juillet 2018, l’agent d’infiltration a acheté cette fois le fentanyl directement de Samir Ouati. Ce dernier lui a vendu cinq timbres de « TEVA-Fentanyl », pour 360 $, dont un timbre de 100 microgrammes (0,1 mg).

Mais dès le lendemain, le trafiquant a contacté le policier pour lui racheter un des timbres vendus la veille, puisqu’il craignait d’être malade s’il ne consommait pas ce jour-là. Le lendemain, il a revendu deux timbres à l’agent d’infiltration et consommé du fentanyl en présence de ce dernier. Il a été arrêté ce jour-là.

Remis en liberté en novembre 2018, Samir Ouati a de nouveau été arrêté en octobre 2019, après avoir aidé un agent d’infiltration débarqué dans un « crack house » à trouver un vendeur de drogue dans un autre immeuble. L’accusé a ensuite servi d’entremetteur pour acheter du crack.

Le juge Pierre Labelle a entériné lundi dernier la suggestion des avocats en condamnant Samir Ouati à sept mois et trois semaines de prison, en soustrayant le temps passé en détention préventive, suivis d’une probation de deux ans avec suivi.

L’avocat de M. Ouati, Me Nicholas St-Jacques, souligne que son client a déjà fait une thérapie fermée de six mois et s’est engagé à faire une nouvelle thérapie fermée de la même durée.

Me St-Jacques ajoute que le juge Labelle a estimé que la peine suggérée était raisonnable, en raison des circonstances particulières, même si les accusations de trafic de fentanyl sont généralement punissables par des peines plus sévères.

Notons que Frédéric Cloutier, 42 ans, a écopé de 36 mois de détention en janvier 2019, alors que Kim Lamarre, 39 ans, n’a pas encore reçu sa peine après avoir plaidé coupable à quelques chefs d’accusation en janvier dernier.

La crise des opioïdes a fait 2913 morts au pays de janvier à septembre 2019, selon l’Agence de la santé publique du Canada. Plus des trois quarts de ces décès ont été causés par le fentanyl ou un opioïde analogue. Il est question de 14 700 morts au pays depuis janvier 2016.