Rabih Alkhalil, arrêté à l’issue d’une importante enquête de la Sûreté du Québec en novembre 2012, est sur le point d’être jugé, plus de sept ans après la frappe policière.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

L’homme de 32 ans aura dans les prochains jours son procès pour complot pour importation de cocaïne, trafic de cocaïne, gangstérisme et trafic d’argent, devant la juge Anne-Marie Jacques, de la Cour du Québec, au Centre de services judiciaires Gouin, dans le nord de la métropole.

Depuis déjà plusieurs semaines, les parties débattent de requêtes avant procès. Les audiences ont repris lundi. 

Alkhalil est soupçonné d’avoir fait partie d’un consortium de six individus qui auraient tenté, selon la police, d’accaparer le monopole de la distribution de cocaïne au Canada, et qui a été démantelé à l’issue d’une enquête baptisée Loquace. 

Outre Alkhalil, Frédéric Lavoie, Mihale Leventis, Shane Kenneth Maloney, Tsimoleon Psiharis et un membre des Hells Angels auraient fait partie de ce consortium. Lavoie et Psiharis ont été tués pendant qu’ils étaient en cavale, alors que Leventis est le seul à ne pas avoir encore eu son procès, comme Alkhalil. 

Au total, 90 individus ont été arrêtés lors du ratissage de l’enquête Loquace, le 1er novembre 2012.

Au moment de la frappe, Alkhalil a réussi à échapper aux policiers et il a été arrêté quatre mois plus tard, en Grèce.

Il a déjà eu un procès pour meurtre à Toronto, et a été reconnu coupable. Après son procès à Montréal, il doit en avoir un autre devant jury dans la région de Vancouver.

Identifié grâce à ses empreintes

Lundi, dans le cadre d’un débat sur une requête, un enquêteur de la Sûreté du Québec, Stéphane Malenfant, a raconté que le corps de Frédéric Lavoie avait été retrouvé démembré à Medellín, en Colombie, au printemps 2014. La victime a été identifiée grâce à ses empreintes digitales et à une photo de lui sur un passeport des Bahamas, avec un faux nom, retrouvé avec le corps.

L’enquêteur a également expliqué que les policiers avaient effectué plusieurs saisies de kilogrammes de cocaïne et d’argent durant l’enquête, grâce à un agent civil d’infiltration (ACI). 

Ce dernier portait un dispositif d’enregistrement lors de rencontres avec des suspects et permettait aux policiers de photographier tous les messages qu’il recevait sur son appareil de type PGP, avec lequel les suspects échangeaient des messages cryptés. Plus tard, les enquêteurs ont même eu leur propre appareil de type PGP, qui était lié à celui de l’ACI. 

Un autre témoin, le policier Carl Harvey, du Service de police de la Ville de Montréal, a raconté avoir filé Alkhalil et un membre des Hells Angels dans un restaurant de déjeuners de l’avenue du Parc, à Montréal, en août 2012. Le témoin a dit avoir été repéré par les cibles, qui l’ont regardé et se sont arrêtées près de son véhicule.

Contre-interrogé par l’avocat d’Alkhalil, Me Christian Gauthier, le policier Harvey n’a pas été en mesure de dire si la filature avait été demandée par la police de Vancouver, pour une affaire de meurtre, et si l’objectif était de récupérer l’ADN d’Alkhalil. 

« Ce qu’on m’a demandé, c’est de prendre des photos », a-t-il dit.

Un autre policier, Pascal Chevrier, de la SQ, a dit qu’après avoir suivi deux suspects qui transportaient des sacs de hockey en octobre 2012, les policiers ont fait une entrée subreptice dans un local où les deux hommes s’étaient rendus, et ont constaté la présence d’armes dans les sacs. Toutefois, au moment où les policiers ont perquisitionné, après avoir obtenu un mandat, les armes avaient disparu, mais ils ont tout de même mis la main sur 71 kg de cocaïne. Le procès se poursuit jeudi. 

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse