(Québec) Deux ex-policiers de l’UPAC ont intenté mardi une poursuite de 9,2 millions contre des médias de Québecor et de Cogeco, qu’ils accusent de « diffamation extrême » contre eux.

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

André Boulanger, ex-numéro deux de l’UPAC, et Caroline Grenier-Lafontaine, enquêteuse, reprochent à ces deux entreprises médiatiques d’avoir publié à répétition de fausses informations à leur sujet. En plus d’une compensation financière, ils réclament que le livre PLQ inc. : comment la police s’est butée au parti de Jean Charest soit retiré des librairies.

« Les demandeurs sont carrément brûlés dans l’opinion publique et auprès des autorités administratives, judiciaires, policières et politiques par les fautes très graves des défendeurs », peut-on lire dans la requête.

Les policiers reprochent aux défendeurs d’avoir fait preuve de « négligence grossière » en publiant des informations qui ont terni la réputation des deux policiers, en plus d’avoir « ruiné leur carrière ».

« Qui plus est, les défendeurs sont les grands responsables de la perte de confiance de la population envers les policiers, et plus particulièrement envers l’UPAC et ses enquêteurs, dont, au premier chef, les demandeurs André Boulanger et Caroline Grenier-Lafontaine », indique la requête.

M. Boulanger et Mme Grenier-Lafontaine, qui sont conjoints, ont piloté le « Projet A », l’enquête sur les fuites de documents liés à l’enquête Mâchurer, qui ciblait entre autres Jean Charest et l’homme d’affaires Marc Bibeau. Ils ont participé à l’arrestation du député Guy Ouellette, du policier de la Sûreté du Québec (SQ) affecté à l’UPAC Stéphane Bonhomme et du retraité de la SQ Richard Despatie.

« Depuis cette arrestation, un déferlement diffamatoire de fausses nouvelles ou d’informations illégales ou de nouvelles fondées sur des documents confidentiels, protégés ou nominatifs ou obtenus en fraude à la Loi s’est abattu sur l’enquête Projet A et, par le fait même, sur les demandeurs qui y avaient travaillé », dénoncent les policiers.

Les mandats de perquisition en lien avec cette opération spectaculaire ont depuis été invalidés. M. Ouellette n’a jamais été accusé et poursuit le gouvernement pour un demi-million.

M. Boulanger et Mme Grenier-Lafontaine sont aujourd’hui en arrêt de travail. En septembre, ils ont tenu une conférence de presse pour défendre leur travail et dénoncer la couverture médiatique dont ils ont fait l’objet. Ils ont réclamé une enquête publique sur la publication de documents confidentiels les concernant.

Le bureau d’enquête de Québecor a révélé que Mme Grenier-Lafontaine était soupçonnée d’avoir travaillé de façon à « orienter faussement » le Projet A et d’avoir intercepté illégalement les conversations du député Guy Ouellette.

Québecor et Cogeco ont aussi rapporté que M. Boulanger était prêt à témoigner contre son ancien patron Robert Lafrenière, ce qui est faux, selon la poursuite.

Québecor n’a pas rappelé La Presse hier. Dans une déclaration fournie au Journal de Montréal en septembre, l’avocat de l’entreprise, Bernard Pageau, a fait valoir que les informations étaient d’intérêt public et qu’elles avaient été obtenues et vérifiées « à l’aide de plusieurs sources ».

Du côté de Cogeco, on a indiqué ne pas être en mesure de commenter l’affaire puisqu’elle se trouvait devant la justice. En septembre, l’entreprise a elle aussi défendu avec vigueur son travail journalistique.

Les informations et commentaires diffusés au 98,5 dans ce dossier étaient clairement d’intérêt public, et les faits rapportés proviennent d’un travail journalistique rigoureux, effectué en tout respect des règles de l’art.

Extrait d’un communiqué de Cogeco, diffusé le 24 septembre