La taupe qui a contribué à l’arrestation de quatre personnes soupçonnées d’avoir tué autant d’individus liés à la mafia montréalaise en 2016 a été directement impliquée dans deux des complots auxquels font face les accusés.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Cet agent civil d’infiltration n’a pas seulement porté un système d’enregistrement grâce auquel les policiers ont obtenu des conversations compromettantes avec les accusés et des complices, il a également contribué à intercepter des messages textes et des messages cryptés de types PGP, en plus d’être présent sur des filatures, ce qui signifie une proximité avec le groupe.

C’est ce que démontrent les actes d’accusations déposés contre Jonathan Massari, Domenico Scarfo, Guy Dion et Marie-Josée Viau, qui ont comparu ce matin au Palais de justice de Montréal.

Massari a été accusé des complots et meurtres de Rocco Sollecito, Lorenzo Giordano et des frères Vincenzo et Giueppe Falduto. Viau a été accusée des complots et meurtres de Rocco Sollecito et des frères Falduto. Scarfo fait face à des chefs de complot et de meurtres relativement aux assassinats de Lorenzo Giordano et de Rocco Sollecito, et enfin Dion est accusé du complot et des meurtres des frères Falduto.

Dans deux des dossiers, ceux des frères Falduto et de Rocco Sollecito, les suspects sont accusés d’avoir comploté leurs crimes avec Salvatore Scoppa-assassiné en mai dernier-et l’individu qui est devenu agent civil d’infiltration pour la police.

Le fait que l’agent civil ait permis d’intercepter des messages cryptés de type PGP (Pretty good privacy) démontre visiblement qu’il faisait partie du groupe. Normalement, seuls les individus d’un même groupe criminels utilisent un tel système pour communiquer uniquement entre eux, de façon privée et protégée, par messages textes.

Agent 26 746

Le juge a, à la demande de la poursuite, émis un interdit de publication sur le nom, l’image et la voix de cet agent civil surnommé ACI 26 746 et dont l’existence a été révélée par La Presse ce matin.

L’individu, qui a signé un contrat avec les autorités, et sa famille font l’objet d’une protection. En échange, il est prévu qu’il témoigne durant les procédures.  

« Le témoignage de l’ACI 26 746, appuyé des images de surveillance physique, des messages textes, des messages textes de type PGP, ainsi que des enregistrements de type “bodypack” constituera le cœur de la preuve à charge contre les intimés lors de leur procès », ont écrit les procureurs de la Poursuite Me Pascal Lescarbeau et Me Julien Tardif dans leur requête visant à protéger l’identité de l’agent civil.

Des accusés hagards

Le juge Claude Leblond de la Cour du Québec a ordonné la détention des quatre accusés et la cause a été reportée au 16  décembre, pour la forme.  


Domenico Scarfo est apparu le premier dans le box des accusés. Vêtu d’un kangourou gris, il a paru dépassé par les événements.  


Déconcertée et au bord des larmes, Marie-Josée Viau a porté ses mains menottées à son visage lorsqu’elle a entendu le juge ordonner sa détention.  

« Vous êtes Jonathan Massari ? » a demandé le juge.  

« Oui » a répondu Massari d’une voix faible, avant d’être amené à son tour à la détention.  


Guy Dion, chef des pompiers de Saint-Jude, a suivi les échanges entre juge et avocats avec attention.  


Aux dernières nouvelles, les corps des frères Falduto n’avaient pas encore été retrouvés à Saint-Jude.

Selon la police, les quatre meurtres de 2016 ont été commis pour le compte de Salvatore Scoppa dont le clan aurait voulu prendre la direction de la mafia et renverser les Siciliens affaiblis à la suite de l’opération Magot-Mastiff effectuée à la fin de 2015.

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Pour joindre Daniel Renaud, composez-le (514) 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.