Le Montréalais Sofiane Ghazi a tenté de tuer sa femme enceinte de 36 semaines en la frappant au ventre avec une fourchette à viande, il y a deux ans. «Bébé Ghazi» a survécu à l’attaque, mais est mort quelques minutes après l’accouchement d’urgence. Il s’agit ainsi d’un meurtre prémédité contre l’enfant, entend prouver la poursuite.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Au premier jour du procès devant jury de l’homme de 39 ans, la procureure de la Couronne Me Chantal Michaud a présenté aux jurés la théorie de la poursuite dans cette affaire qui se démarque des autres dossiers d’homicide parce que la victime, «Bébé Ghazi», a été blessée dans le ventre de sa mère.   

Selon la poursuite, Sofiane Ghazi était un consommateur de drogue dure à l’époque. Le couple, qui a deux autres jeunes enfants, vivait alors des moments difficiles.   

«Le 23 juillet [2017], en soirée, [sa femme] croyait que l’accusé avait consommé. Elle lui a demandé de quitter le domicile. Il a refusé. [Sa femme] a fait le 911. L’accusé a quitté en colère avant l’arrivée des policiers. L’accusé est revenu au domicile, au cœur de la nuit, en colère, il a reproché à [sa femme] d’avoir appelé les policiers. Il l’a frappé au ventre avec une fourchette à viande», a résumé Me Michaud.

Ainsi, la femme a été transportée d’urgence à l’hôpital, où elle a subi une césarienne. «L’enfant a survécu. Suite à l’intervention, il a eu des battements cardiaques pendant plusieurs minutes», a indiqué Me Michaud. «Les questions de préméditation et de propos délibérés seront au cœur du litige», a ajouté la procureure.

Un témoignage éprouvant

«Le visage en sang, la bouche en sang, la jaquette en sang, l’entrejambe en sang…», a murmuré Noëlla Bernier, la voix cassée et le corps tremblant. Premier témoin de la poursuite, la voisine de Sofiane Ghazi a livré un témoignage fort en émotions en lever de rideau du procès.

Mme Bernier a entendu des cris provenant de chez ses voisins pendant la nuit du 24 juillet 2017. Elle entendait d’ailleurs souvent ses voisins se chicaner bruyamment. Elle a alors aperçu par la fenêtre Sofiane Ghazi sortir rapidement de l’immeuble résidentiel en direction de sa voiture. Peu de temps après, elle a entendu les cris d’une femme dans le corridor.

En ouvrant la porte de son appartement, elle est tombée nez à nez avec la femme de Sofiane Ghazi, le visage ensanglanté. «Elle pleure, elle crie et me demande d’appeler de l’aide, le 911. Elle se tenait la bedaine», témoigne Mme Bernier, qui a esnuite appelé les secours.

À la barre des témoins, la dame a peiné à décrire les blessures au ventre de sa voisine enceinte. «Des trous… sur le bas-ventre», a-t-elle murmuré, tremblante, en s’essuyant les yeux.  

Le procès présidé par le juge Jean-François Buffoni de la Cour supérieure du Québec est prévu pour cinq semaines au palais de justice de Montréal. Me Louis Bouthillier et Me Chantal Michaud représentent le ministère public, alors que Me Moulay-Badre Aber et Me François Taddeo assurent la défense de l’accusé.