Le président de l’Association des directeurs de police du Québec et chef de la police de Québec, Robert Pigeon, croit que la création d’un corps de police indépendant comme l’UPAC, spécialisé dans la lutte contre le crime organisé au Québec, devra faire partie de la réflexion qui s’amorce sur la police au Québec.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

« Je pense qu’on doit revoir au Québec comment on fait des enquêtes spécialisées en matière de crime organisé ou autres, qui nécessitent des compétences à la fine pointe, de maintien de compétences et de rétention des meilleurs enquêteurs du Québec. Unir nos forces, on l’a fait dans le passé et cela a toujours été très positif, mais c’était de façon temporaire, comme Carcajou ou les escouades régionales mixtes. Est-ce qu’on devrait réfléchir à un modèle plus permanent ? C’est certain qu’il faut réfléchir à cette question-là », croit M. Pigeon.

Lutte contre le crime organisé, enquêtes spécialisées, écoute électronique, filature, affaires internes : les chefs de police sont ouverts à des regroupements de services et de sections d’enquête, et sont prêts à tout mettre sur la table en vue d’une réforme policière qu’ils entrevoient de façon positive.

« On accueille ça favorablement et on s’engage à y collaborer », affirme M. Pigeon.

PHOTO ERICK LABBÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

Robert Pigeon, président de l’Association des directeurs de police du Québec et chef de la police de Québec

Au cours des dernières années, les accusations portées contre de nombreux individus arrêtés dans d’importants projets d’enquête de corruption et de crime organisé, notamment, sont tombées pour différentes raisons.

Le travail des responsables et enquêteurs de l’Unité permanente anticorruptions (UPAC) a fait l’objet de critiques et d’allégations sur lesquelles se penche actuellement le Bureau des enquêtes indépendantes.

Il y a deux ans, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a été éclaboussé par des allégations concernant sa division des affaires internes, qui ont fait l’objet d’une vaste enquête d’une unité mixte supervisée par la Sûreté du Québec et dont les résultats définitifs ne sont pas encore connus.

Cela alimente le désabusement au sein de la population et mine le lien de confiance envers la police.

Pour moderniser la police et rétablir la confiance des citoyens, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a annoncé récemment le début d’une réflexion qui pourrait mener à une réforme des services policiers au Québec, à une refonte de la Loi sur la police et même à certains changements législatifs. 

L’union fait la force

Robert Pigeon a dit avoir eu une rencontre « profitable » avec la ministre.

« On ne se dirige pas vers une commission pour désavouer la profession policière, mais beaucoup plus vers quelque chose visant à moderniser la police, à la doter des moyens dont elle a besoin pour s’améliorer et lutter contre la criminalité du futur », dit-il.

Il est ouvert à la création d’équipes mixtes ou indépendantes permanentes dans lesquelles seraient regroupés équipements, ressources et expertises.

« On doit se demander si on a la capacité en ressources humaines ou la capacité financière, chacun de notre côté, pour maintenir un rythme où la technologie change constamment, ou si on a avantage à unir nos forces dans des domaines aussi pointus que la cryptomonnaie, le darkweb [le web invisible], la commission de fraudes internationales et le blanchiment d’argent », dit-il.

« Même chose pour les services spécialisés en soutien aux enquêtes, par exemple l’écoute électronique et l’extraction de données. Maintenant, tout le monde a un téléphone intelligent ou traîne un ordinateur avec lui. On a donc beaucoup plus de données à traiter, à extraire, à analyser. Ce sont des réalités qui n’existaient pas avant », ajoute M. Pigeon.

Une occasion à saisir

Ce dernier croit que tous les organismes responsables de l’application d’une loi provinciale, avec lesquels il y a des limitations juridiques dans l’échange d’informations, tels que Revenu Québec, l’Autorité des marchés financiers, l’Autorité des marchés publics, la Régie du bâtiment du Québec, le Bureau de l’inspecteur général, etc., devraient être inclus dans la réflexion.

« C’est positif, ce qui se présente devant nous et c’est une occasion à saisir. On est dans un contexte où on a l’impression que tout va mal, mais ce n’est pas le cas. Nous avons plus de 15 000 policiers et policières déployés chaque jour au Québec, de façon professionnelle, avec des règles d’éthique de haut niveau », conclut M. Pigeon.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.