L’ancien président des Rock Machine du Canada, Jean-François Émard, dit avoir honte de ce que son ancien groupe de motards est maintenant devenu au Québec.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Émard, 42 ans, qui purge une peine de 45 mois de pénitencier pour possession d’une arme chargée et de stupéfiants, a témoigné devant les commissaires aux libérations conditionnelles du Canada mardi.

Il a dit avoir quitté les Rock Machine en 2015. Il assure qu’il ne veut plus rien savoir du crime organisé et de la vente de stupéfiants. Il veut terminer ses études secondaires et pratiquer un métier honnête.

«Les Rock Machine aujourd’hui, c’est une honte. Si je pense tant à finir mes études secondaires aujourd’hui, c’est pour mes enfants. Il y a des articles sur moi, sur Internet. Un jour, ils vont les voir et me poser des questions. Je pourrai leur dire avec fierté "Regardez ce que votre papa fait aujourd’hui"», a-t-il lancé.

Un Gaulois

Émard n’a pas exprimé plus à fond son sentiment de honte envers les Rock Machine d’aujourd’hui.

Mais rappelons qu’en mars dernier, des Rock Machine ont été arrêtés en possession de méthamphétamine dans le sous-sol d’une église désaffectée de Farnham, où ils avaient élu domicile.

Le groupe de motards, qui a déjà symbolisé la résistance aux Hells Angels durant les années 90, semble également avoir été à l’origine de sous-groupes, tels les Rock Machine Nouvel Ordre et 13e Légion, qui ne paraissent guère organisés et seraient en proie à des dénigrements mutuels et intestins.

C’est au début des années 2000, alors qu’Émard était dans la jeune vingtaine, que des policiers ont commencé à le voir graviter autour des derniers résistants des Rock Machine, surnommés les No Surrender, devenus peu après des Bandidos.

Émard aurait connu les derniers moments des Rock Machine, mais pas l’époque des «originaux», ceux du tout début de la guerre sanglante contre les Hells qui a fait 160 morts et 160 blessés au Québec entre 1994 et 2002, et dont une demi-douzaine sont passés à l’ennemi après les hostilités.

Un ex-policier le décrit comme un «Gaulois», une espèce de  dernier des Mohicans. En 2014, alors qu’il était représentant des Rock Machine Internationaux au Canada, Émard a tenté de recréer, en vain, des sections des Rock Machine au Québec, qui auraient été en paix avec les Hells Angels.

Jamais été heureux

Jean-François Émard a déjà été atteint au bras par une balle lors d’une tentative de meurtre. C’est par une «hyper vigilance» causée par cet événement qu’il a tenté d’expliquer aux commissaires, un peu maladroitement, la présence, sous un coussin de son canapé, d’un pistolet 9 mm chargé de huit balles qu’il a dit avoir arraché des mains d’un ami.

Il a raconté qu’à 14 ans, il s’est retrouvé dans la rue et a commencé à vivre du crime.

«J’ai commencé à consommer de la drogue et j’ai augmenté les doses. La chose la plus dure de ma vie a été de me sevrer de la morphine. J’ai connu ce que je faisais subir aux autres. Aujourd’hui, je ne suis pas parfait, mais je veux m’en sortir», a poursuivi l’ex-motard.

«Si j’ai pris ce chemin, c’est parce que je n’ai jamais été heureux. Maintenant, j’ai des enfants, j’ai 42 ans, j’ai pris de la maturité, je veux changer de chemin», a déclaré Émard, ajoutant fièrement avoir obtenu une moyenne de 87% dans ses études — suivies au pénitencier — qui lui ont permis de terminer son secondaire 2.

Il a convaincu les commissaires qui ont acquiescé à sa demande de suivre une thérapie de six semaines contre la drogue et l’alcool et d’obtenir ensuite une libération conditionnelle de type projet, pour lui permettre de finir son secondaire 3.

En revanche, Émard devra respecter des conditions : suivre une thérapie, posséder un seul téléphone cellulaire et fournir le relevé mensuel aux autorités, ne pas consommer de drogue, ne pas fréquenter les débits de boisson et ne pas communiquer avec toute personne liée au trafic de stupéfiants ou à une organisation criminelle.

Jean-François Émard avait également fait parler de lui en octobre 2014 lorsqu’il avait exhibé ses parties intimes à un policier de la SQ qui l’avait ensuite frappé dans une cellule du poste de Salaberry-de-Valleyfield, mais cette affaire n’a pas été évoquée durant l’audience.

Il a déjà été condamné à une peine de deux ans pour trafic de stupéfiants.

Un ex-Hells Angels influent rappelé à l’ordre

Pendant que des commissaires aux libérations conditionnelles se sont montrés ouverts envers un ex Rock Machine, un autre a rappelé à l’ordre un ancien Hells Angels très influent, plénipotentiaire de la paix conclue avec les Rock Machine au début des années 2000.

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Richard Mayrand, ex-membre des Hells Angels Nomads

Richard Mayrand, alias Dick, ancien membre du groupe d’élite des Nomads des Hells Angels, a vu ses conditions de libération être resserrées ces derniers jours, en raison d’un manque de transparence avec son équipe de gestion de cas constaté depuis l’automne dernier, alors qu’il s’est trouvé une nouvelle conjointe et a déménagé avec cette dernière, dans une autre région.

Ses agents de libération affirment que des personnes que Mayrand n’a pas le droit de fréquenter gravitent autour de sa nouvelle conjointe. Ils lui reprochent également de ne pas avoir d’emploi, et de vouloir en occuper un dans un domaine où les risques de croiser des personnes criminalisées sont plus importants. Enfin, ils déplorent que Mayrand, qui avait pourtant réalisé des progrès notables entre 2015 et 2018, «a de la difficulté à s’abstenir de fréquenter certains endroits à risque de favoriser la rencontre de personnes criminalisées», peut-on lire dans la décision rédigée par un commissaire.

Ce dernier interdit donc à Mayrand de fréquenter tout débit de boisson et l’oblige à divulguer toutes ses transactions financières, deux conditions qui avaient été respectivement modifiées et retirées alors que les choses allaient mieux.

Mayrand a été condamné à 22 ans de pénitencier pour gangstérisme, meurtre et trafic de stupéfiants, après avoir été arrêté dans l’Opération Printemps 2001, qui a marqué le début de la fin de la guerre des motards.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le (514) 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.