Les fameuses imitations d'armes à feu et de lance-roquettes que le SPVM annonçait hier avoir saisies dans le cadre des interpellations et fouilles préventives du Grand Prix pourraient finalement n'avoir aucun lien avec les manifestations que les autorités souhaitaient empêcher au parc Jean-Drapeau.

David Santerre LA PRESSE

En conférence de presse lundi, le directeur du SPVM Marc Parent affirmait que les 34 arrestations préventives réalisées sur le site du Grand Prix et les nombreuses fouilles associées avaient été justifiées par ce qui avait été trouvé dans les sacs inspectés par la police.

Parmi les trouvailles, des sacs à dos contenant notamment des pierres, des briques, et une inquiétante arme artisanale composée d'un couteau à dents ou d'une lame de scie attachée au bout d'une corde. Mais il parlait aussi d'imitations de lance-roquettes et d'arme à feu trouvées dans un sac de hockey à la station de métro Berri-UQAM, sur le quai de la ligne jaune. Il disait que celui qui les transportait était en bonne position pour se diriger vers le parc Jean-Drapeau. Puis il parlait d'un faux AK-47 trouvé dans une station de métro de Laval par les agents de la STM et la police de Laval. Lui aussi, disait le SPVM, était dans la bonne direction pour se rendre sur le site de la course.

Mais le SPVM disait ne pas avoir porté d'accusation contre le porteur des fausses armes trouvées à Montréal. Étonnant puisqu'aux yeux du Code criminel, transporter en public une imitation d'arme prohibée dans le but de commettre une infraction est illégal, tout comme s'il s'agissait d'une vraie.

Ce matin, le porte-parole du SPVM Laurent Gingras y est allé d'une importante précision.

«La personne qui transportait le sac de hockey était partie du métro Longueuil et venait de descendre à Berri-UQAM. Il avait aussi un faux insigne de police. C'était un étudiant en théâtre et il nous a dit que tout ça était du matériel nécessaire pour une pièce. Nous l'avons laissé repartir avec ses choses», a expliqué le sergent Gingras.

Il indique que ces informations n'étaient pas connues du directeur lundi quand il a fait le lien entre ces fausses armes et l'opération préventive en marge du Grand Prix.

Quant à l'arme trouvée à Laval, son porteur a bel et bien été accusé, mais lui non plus n'aurait pas de lien avec le Grand Prix, selon la police locale.

Dimanche vers 10h, les agents du métro ont demandé à fouiller le sac d'un jeune homme qui leur semblait suspect sur le quai de la station Montmorency, en direction Montréal.

Ils y ont trouvé un pistolet à plombs et un chandail à capuchon noir, ainsi qu'une vingtaine de carrés rouges en feutrine.

«Nous avons été en mesure de confirmer qu'il s'en allait travailler dans un commerce avec son père, sur l'avenue Mont-Royal, à Montréal. Nous avons parlé au père. Ça n'aurait donc pas de lien avec le grand prix. Le jeune nous a dit transporter cette arme depuis longtemps, car il a été victime d'intimidation étant plus jeune. Quant à ses carrés rouges, il les vendrait sur Mont-Royal, où il a acheté une grande pièce de feutre rouge au Dollarama près de son lieu de travail», explique l'agente Nathalie Lorrain, porte-parole de la police de Laval.

Le jeune jusque-là sans histoire a tout de même été accusé criminellement de port d'une arme ou imitation d'arme, en public.

Par ailleurs, une des 34 personnes interpellées et détenues préventivement par le SPVM au parc Jean-Drapeau dimanche n'est pas d'accord avec le directeur Parent et son adjoint, Pierre Brochet, qui ont affirmé lundi que tous les détenus ont été gardés pendant trois heures au plus, dans des autobus climatisés.

Julie Théorêt, 31 ans, dit s'être présentée au parc Jean-Drapeau ce jour-là, en métro, dans le but de pique-niquer près de la Ronde, et pas pour manifester. Elle n'est pas étudiante et ne portait pas, selon ses dires, l'emblématique carré rouge. Mais au sortir du métro, elle dit avoir vu quelques porteurs du carré et s'être adressée à eux pour savoir si une manifestation était prévue.

C'est à ce moment qu'elle est passée à la fouille et qu'elle aurait été envoyée menottée dans un autobus de la STM, comme les personnes avec qui elle parlait. Il était à ce moment 11h, confirme le SPVM.

«Dans l'autobus, il faisait chaud et il n'y avait pas l'air conditionné», raconte-t-elle.

Elle avait soif, mais ne voulait pas boire puisqu'aucune toilette n'était à sa disposition.

«J'ai demandé à boire un peu d'eau. Mais il était déjà trop tard j'étais déjà trop avancée dans ma déshydratation. Sont alors survenus le mal de coeur et des étourdissements. J'ai dit que j'allais être malade, on m'a sorti du bus, j'ai vomi», raconte Mme Théorêt.

On lui aurait alors retiré les attaches de plastique faisant office de menottes et on a appelé une ambulance.

À 14h50, confirme Urgences Santé, la patiente a été transportée vers l'Hôpital Général de Montréal pour y traiter un coup de chaleur et un état de déshydratation.

Julie Théorêt dit que rien d'autre que son nécessaire de pique-nique ne se trouvait dans son sac. Elle fait partie de la centaine de personnes qui ont envoyé des témoignages à la CLASSE pour dénoncer l'intervention policière de dimanche.

Le SPVM dit n'avoir aucune autre information à son sujet, si ce n'est qu'elle a été interpellée à 11h.