Claude Larouche admet avoir tué Natasha Cournoyer, mais il assure qu'il n'en avait pas l'intention. L'homme de 49 ans soutient que sa victime a accepté de le suivre au motel Lido, à Laval, et qu'elle lui a même offert des faveurs sexuelles.

Caroline Touzin LA PRESSE

C'est ce qui se dégage du témoignage que Claude Larouche, accusé du meurtre prémédité de la fonctionnaire de 37 ans, a rendu lundi, au premier jour de la preuve de la défense à son procès au palais de justice de Montréal.

Le menuisier de 49 ans avait les yeux rivés au sol durant tout son témoignage. Il bégayait par moments. Son récit était parfois incohérent et ponctué de trous de mémoire.

Il a déclaré que, le 1er octobre 2009, il est parti travailler vers 7h du matin. Il a fini plus tôt qu'à l'habitude, vers midi. Il a décidé d'aller s'acheter 18 quarts de cocaïne, d'une valeur de 300$, et 10 roches de crack, d'une valeur de 200 $, chez un vendeur du nord de Montréal.

Larouche avait l'intention de consommer cette drogue au motel Lido, à Laval, puis de faire appel aux services d'une prostituée. Une fois au motel, insatisfait de la qualité des roches de crack, il dit avoir appelé un second vendeur. Ce dernier lui aurait donné rendez-vous dans le stationnement de la Place Laval, lieu de travail de la victime.

L'accusé avait déjà consommé près de la moitié de sa drogue lorsqu'il s'est rendu au lieu de rendez-vous. En attendant le trafiquant, il a continué à consommer dans sa fourgonnette, dont il a laissé une porte ouverte.

C'est là qu'il a été surpris par une femme arrivée «à la course», a-t-il expliqué aux jurés. «J'ai fait un saut. Elle a fait un saut. Je me suis levé. Quelque chose a revolé. Elle avait quelque chose dans les mains. Je l'ai accotée après le char. Il y a eu un échange de coups», a-t-il indiqué. Au cours de la bagarre, ils se sont retrouvés tous les deux dans la voiture. Il a refermé la porte.

Larouche n'a jamais nommé Natasha Cournoyer durant son témoignage. Il l'a désignée comme «la victime» ou «elle».

La rencontre d'un homme mystère

Une fois dans la voiture, la victime aurait accepté de le suivre au motel pour rencontrer un second homme. Malgré les efforts de la procureure de la Couronne, Me Éliane Perreault, pour préciser l'identité de cet homme mystère en contre-interrogatoire, Larouche est resté vague.

Au motel, la victime lui aurait offert des faveurs sexuelles. À un moment, elle lui aurait lancé un soulier, puis lui aurait asséné un coup avec son sac à main. Une autre bagarre aurait alors éclaté.

«J'avais mes deux mains autour de son cou. C'est ça», a décrit l'accusé. Après l'avoir étranglée, Larouche a consommé ce qu'il lui restait de cocaïne pendant que sa victime gisait inconsciente sur le tapis de la chambre. Il a ensuite mis le corps dans son camion, puis il est rentré chez lui, dans le quartier Ahuntsic, vers 1h du matin.

Ce n'est que le lendemain matin qu'il s'est rendu compte de ce qu'il avait fait, toujours selon sa version. «Tabarnak, elle est pas partie, elle? [...] Qu'est-ce qui s'est passé?» s'est-il dit en découvrant le corps sans vie sur le plancher de la fourgonnette.

Malgré cette découverte, Larouche n'avait qu'une idée en tête: faire son paiement hebdomadaire de location de voiture. Il s'est donc rendu dans l'est de Montréal pour faire ce paiement. Il s'est ensuite débarrassé du corps près d'un débarcadère de bateau à Pointe-aux-Trembles. Puis, il a découpé les cartes de la victime pour les éparpiller le long de l'autoroute 19 afin que «personne ne s'en serve».

Larouche est retourné deux fois sur les lieux où il avait abandonné le corps. La première fois, le 3 octobre, il a posé une couverture sur le corps de la victime. «Je ne voulais pas qu'elle gèle», a-t-il dit aux jurés. La seconde fois, le 4, il a retiré la couverture, craignant qu'on ne mette trop de temps à trouver le corps.

La poursuite a laissé entendre, lundi, que l'accusé avait offert le veston de la victime à sa conjointe de l'époque. Cette dernière aurait refusé le présent en disant qu'il était trop petit. « Ça ne tient pas debout. C'est comme offrir le manteau de La Poune à Ginette Reno», a-t-il répondu.

Natasha Cournoyer a disparu le 1er octobre 2009 après avoir quitté son travail vers 20 h, à Laval. Son corps a été retrouvé le 6 octobre, par un col bleu, tout à fait par hasard. Claude Larouche a été arrêté un mois plus tard, le 5 novembre, trahi par son ADN.