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«J'ai encore beaucoup de colère», dit une victime de l'ex-entraîneur Bertrand Charest

À l'instar de Geneviève Simard, Gail Kelly, Anna... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

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À l'instar de Geneviève Simard, Gail Kelly, Anna Prchal et Amélie-Frédérique Gagnon, Émilie Cousineau sort de l'ombre, elle qui est au nombre des victimes de Bertrand Charest.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Émilie Cousineau aurait pu demeurer anonyme. Son agresseur et ex-entraîneur, Bertrand Charest, a été condamné pour ses crimes. D'autres victimes ont déjà assumé le fardeau de sortir publiquement, cette semaine, pour réclamer des changements dans le monde du sport.

Pourtant, la jeune femme, aujourd'hui mère de deux enfants, a décidé elle aussi de dévoiler son identité, acceptant du même coup le poids d'une étiquette de victime d'agressions sexuelles.

Mardi, quelques jours après la démarche menée par Geneviève Simard, Gail Kelly, Anna Prchal et Amélie-Frédérique Gagnon, quatre autres plaignantes dans le dossier Bertrand Charest se sont à leur tour adressées à la Cour supérieure pour demander la levée de l'ordonnance qui protégeait leur identité. Dans le groupe : Émilie Cousineau.

Hier, lors d'une entrevue accordée à La Presse, l'ancienne skieuse a expliqué sa démarche.

D'abord, dit-elle, comme ses coéquipières, elle souhaite militer pour une meilleure protection des athlètes.

« À la base, je veux un environnement plus sécuritaire pour tout le monde pour que personne ne vive ce que moi j'ai vécu. » - Émilie Cousineau

Mais pour la mère de famille, ex-membre de l'équipe de ski du Québec, il s'agit aussi d'une démarche de guérison. « Pour être en mesure de cheminer », dit-elle.

« Je me suis rendu compte que j'ai encore beaucoup de colère. Des fois, je parle et je me trouve à la limite détachée. Au quotidien, je deal encore avec du mépris envers moi-même tellement ç'a été répété et inculqué. À un moment donné, tu intériorises tout ça. Ç'a tellement été enfoui longtemps que maintenant, avec tout ce qui est ressorti, je prends conscience de cette colère. J'ai eu des troubles alimentaires, une faible estime de moi. C'est vraiment un processus libérateur [de parler]. »

VIGILANCE

Émilie Cousineau vous dira qu'elle est « née avec des skis ». Son père était un athlète de haut niveau. Elle et son frère ont grandi sur les pistes. « Le ski, c'était ma vie. »

Pourtant, elle hésite à pousser sa fille de bientôt 7 ans vers ce même sport. Du ski, la petite en fait, mais de manière récréative. « C'est possible qu'elle n'ait pas encore fait de ski aussi sérieusement que je l'ai fait à cause de tout ça. Je l'associe au ski.  »

Sa fille fait aussi de la gymnastique et du ballet. « C'est sûr que j'ai des craintes. Je suis teintée d'hypervigilance. Avec mon garçon [de 2 ans], ce n'est pas encore trop présent, mais ma fille, oui, c'est sûr que j'ai une crainte. C'est sûr que j'y pense. Je ne voudrais tellement pas qu'elle vive la même chose que moi », dit Émilie Cousineau.

Elle avait 16 ans lorsqu'elle a croisé le chemin de Bertrand Charest. Les agressions ont commencé en 1996, alors qu'elle skiait au sein de l'équipe de la division Laurentienne.

« Tout a basculé. C'étaient des moqueries, du mépris, des attouchements. C'était constant. Rapidement, le ski est devenu super anxiogène. J'avais de la fouge et de la détermination. J'avais le talent et je voulais vraiment aller plus haut, alors j'étais prête à faire tout pour y arriver. »

Elle raconte qu'elle pleurait, le soir, en s'endormant. « Je ne voulais pas être là, mais en même temps, je voulais être là. »

Obnubilée par son entraîneur, elle a encaissé tous ses sévices. « Je le vénérais. Autant par moments je le détestais parce qu'il me faisait vivre des choses vraiment terribles, autant à d'autres moments il venait me chercher. J'avais un peu d'attention et je pensais que j'allais m'améliorer, après ça j'étais mise de côté et méprisée. Pour moi, c'était normal. Ça prenait ça pour aller de l'avant. Il avait la réputation d'être un bon entraîneur. »

Émilie Cousineau a mis beaucoup de temps avant de révéler son secret. Elle a abandonné le ski quelques années après avoir rencontré Charest. Il avait atteint l'équipe nationale, où elle venait d'être recrutée, lorsqu'elle a craqué. Elle a refusé l'invitation.

« Côté humain, je ne savais plus qui j'étais, ce que je voulais faire. J'ai été perdue pendant tellement d'années. À me chercher. À vouloir être en skis, mais à ne pas être capable. » - Émilie Cousineau

Ce n'est que lorsqu'elle a reçu un appel de la police, en 2015, après que Geneviève Simard a déposé la plainte initiale contre Charest, qu'elle a tout déballé. « C'était enfoui tellement loin », dit-elle.

Aujourd'hui, elle joint sa voix à celles de ses coéquipières pour réclamer des changements. « Quand j'ai su que les filles avaient fait lever l'ordonnance, ça avait juste du sens pour moi. D'emblée, c'était ça que je devais faire. Pour me libérer et pour mes enfants et tous ceux qui sont dans le sport. »

Ce que demandent les victimes

En conférence de presse lundi dernier, quatre victimes de Bertrand Charest ont réclamé les mesures suivantes : 

  • La mise en place par les gouvernements fédéral et provinciaux de ce qu'elles appellent un « critère d'éligibilité », qui forcerait les fédérations sportives à obtenir une accréditation officielle pour avoir droit à des subventions publiques. Pour obtenir cette accréditation, les fédérations devraient respecter trois critères : 
  • Une formation obligatoire en ligne sur les agressions sexuelles pour les entraîneurs, athlètes, bénévoles ;
  • Des règles pour assurer la protection des athlètes ;
  • Un officier indépendant (ou plusieurs), sorte d'ombudsman qui veillerait à l'application de cette protection et qui pourrait gérer lui-même les incidents.

On espère une mise en place universelle de ces critères d'ici à avril 2020.




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