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Un Hells trahi par un système de reconnaissance faciale

À la fin de juin 2017, le passeport... (PHOTO ANNE GAUTHIER, ARCHIVES LA PRESSE)

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À la fin de juin 2017, le passeport de Marc Bordage a été révoqué, ce qui ne l'a pas empêché de faire un voyage de trois semaines au Portugal en septembre dernier, de revenir à l'aéroport Trudeau le 24 septembre et de réussir à quitter l'aéroport, «malgré tous les filets de sécurité mis en place».

PHOTO ANNE GAUTHIER, ARCHIVES LA PRESSE

Arrêté de façon spectaculaire en pleine heure du midi, dans le centre-ville de Montréal, le 23 novembre dernier, Marc Bordage, Hells Angel en cavale depuis huit ans, a été trahi par le système de reconnaissance faciale utilisé par les autorités canadiennes.

C'est ce que révèle la déclaration sous serment au soutien du mandat de perquisition demandé et obtenu par les policiers pour fouiller le condo de Bordage, à la suite de l'arrestation de ce dernier, et que La Presse a obtenue.

Le document révèle qu'à la suite de l'opération SharQc menée contre les Hells Angels en avril 2009, la police avait complètement perdu la trace de Bordage jusqu'à ce qu'il fasse une demande de passeport au nom d'un certain Claude Cochu, en décembre 2010.

Par la suite, le mandat ne fait mention d'aucun développement durant une période de six ans et demi, jusqu'à ce qu'en juin 2017, Passeport Canada prévienne la police que Bordage - qui était sur la liste des 10 criminels les plus recherchés au Québec - a été reconnu par son système de reconnaissance faciale, qu'il voyage sous l'identité d'un certain Claude Lavigne et qu'il avait fait une demande de passeport à ce nom en décembre 2016.

À la fin de juin 2017, le passeport de Bordage a été révoqué, ce qui ne l'a pas empêché de faire un voyage de trois semaines au Portugal en septembre dernier, de revenir à l'aéroport Trudeau le 24 septembre et de réussir à quitter l'aéroport, «malgré tous les filets de sécurité mis en place», indique le document.

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Marc Bordage

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Course contre la montre

En novembre 2017, le Claude Lavigne en question a envoyé un fax à Passeport Canada pour savoir pourquoi son passeport a été révoqué.

Une employée de Passeport Canada a avisé la police qu'elle devait répondre au suspect, lui expliquer les raisons de la révocation - fausse identité - et lui annoncer qu'elle connaissait son vrai nom, ce qui a obligé les enquêteurs à agir vite.

Grâce à certaines informations et après avoir obtenu des mandats, les limiers de la Sûreté du Québec (SQ) ont appris que Bordage utilisait deux adresses, une boîte postale dans un commerce de la rue Lucien-L'Allier, à Montréal, et un condo dans une tour du boulevard René-Lévesque Ouest, situé tout près de la boîte postale, qu'il payait ses transactions comptant ou utilisait une carte de crédit au nom de Claude Lavigne.

Le 20 novembre dernier, un juge de paix a signé un mandat autorisant la prise d'empreintes corporelles de Bordage. Trois jours plus tard, une équipe de filature du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) l'a repéré et les membres du Groupe tactique d'intervention l'ont appréhendé devant plusieurs badauds sidérés près du square Phillips.

Fait à noter, les policiers ont trouvé sur lui une puce électronique servant à ouvrir la porte de son condo, et grâce à cette carte, ils se sont rendu compte que Bordage habitait un autre appartement que celui qu'il donnait durant ses transactions.

Purge interne

Selon le document, la police voulait faire prélever l'ADN de Bordage car elle soupçonne le motard de 54 ans d'être impliqué dans le meurtre d'un ancien responsable d'un réseau de trafiquants de la haute ville de Québec à la solde des Hells Angels, crime commis en octobre 1998. La victime, Jean-François Goyet, 26 ans, a été retrouvée dans un véhicule volé et incendié en bordure de la route de la Sagamité, à Stoneham.

Près de la scène de crime, les policiers ont découvert un pistolet semi-automatique de calibre 9 mm et deux paires de gants dégageant une odeur d'essence, une en cuir noir et l'autre en laine noire. Dans le gant de cuir de la main gauche, les policiers disent avoir trouvé l'ADN de Marc Bordage, qu'ils ont obtenu au début des années 2000 grâce à différentes techniques d'enquête. Ils ont trouvé l'ADN d'un autre membre des Hells Angels de la section de Québec dans l'un des gants de laine.

Selon un ancien membre des Hells Angels devenu délateur, Dayle Fredette, Goyet a été tué car les Hells Angels le soupçonnaient de parler à la police, notamment parce que des frappes visant son réseau de stupéfiants ont eu lieu alors qu'il était en voyage.

Au départ, c'est Fredette et un autre membre des Hells Angels qui devaient tuer Goyet, lors d'une fin de semaine de courses de dragsters à Sanair, et l'enterrer dans un champ de maïs, mais le projet a été reporté en raison de la trop grande présence de témoins potentiels.

Comme la dizaine de motards toujours en cavale à la suite de la fin abrupte des superprocès SharQc à l'automne 2015, Bordage a été libéré des chefs de complot, meurtres et autres qui pesaient sur lui. Par contre, le meurtre de Jean-François Goyet ne faisait pas partie des assassinats visés dans le projet SharQc.

Pour le moment, Marc Bordage, qui est toujours détenu depuis son arrestation le 23 novembre, fait face à des chefs d'usage, de fabrication de faux et d'utilisation frauduleuse d'une identité. Le lancement de ce mandat pour perquisitionner dans son condo ne signifie pas nécessairement qu'il sera accusé de meurtre. Il sera de retour en cour le 31 janvier.

***

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l'adresse postale de La Presse.




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