Trois entreprises de la couronne nord de Montréal, dont les dirigeants sont réputés proches du Parti libéral du Québec (PLQ), ont été perquisitionnées ce matin par l'UPAC.

Mis à jour le 14 nov. 2013
Fabrice de Pierrebourg LA PRESSE

PLQ: le financement «sectoriel» à l'agenda de Jean Charest

Aucune arrestation n'est cependant prévue, d'après la responsable des relations avec les médias, Anne-Frédérick Laurence.

Les enquêteurs doivent rencontrer des gens dans le cadre de ces opérations.

Trois entreprises sont visées à Laval, Saint-Eustache et Terrebonne. Il s'agirait des firmes Construction Garnier, de Giuseppe Borsellino, et du groupe Schokbéton (Saramac et Schokbéton), de la famille Bibeau, dont Marc Bibeau. Tous des proches du PLQ.

Ces deux firmes ont été plusieurs fois citées à la commission Charbonneau. 

Schokbéton est un des plus grands fournisseurs de béton du domaine de la construction.

La Presse avait déjà exposé en détail en 2010 les liens très étroits entre Marc Bibeau et Jean Charest. Des libéraux proches de M. Charest avaient déjà dit que seul M. Bibeau pouvait prétendre au titre de «responsable du financement» au PLQ. Le député de Québec Solidaire Amir Khadir avait publiquement soulevé cette proximité à l'Assemblée nationale. Il avait questionné le gouvernement sur la présence de Marc Bibeau, «un vendeur de béton, sans charge officielle», à la même table que Jean Charest lors d'un repas officiel en l'honneur du président George W. Bush en 2004.

Jean Charest n'était pas disponible pour répondre aux questions de La Presse. Son bureau, à la firme d'avocats McCarthy Tétrault, a fait savoir qu'il était en dehors de Montréal et pas joignable pour quelques jours. «De toute façon, nous ne commentons pas le travail de l'UPAC» a ajouté l'interlocutrice.

Le «grand boss des finances»

Lors de son témoignage devant la commission Charbonneau, Lino Zambito a affirmé qu'il avait dû demander la permission à Marc Bibeau d'organiser un événement-bénéfice en faveur de Nathalie Normandeau, alors élue de la Gaspésie, à Laval. Le PLQ craignait en effet de «mettre en grogne» Michelle Courchesne en laissant se dérouler un tel événement sur ses terres.

M. Zambito a ajouté qu'on lui avait présenté Marc Bibeau comme «le grand boss des finances au Parti libéral et celui qui s'occupait du financement».

La firme Schokbéton avait aussi fait parler d'elle à la suite de l'embauche en 2002 de Benoit Fradet à titre de vice-président alors qu'il siégeait au comité exécutif de la ville de Laval auprès de Gilles Vaillancourt. Cette embauche était survenue à la même période où la ville de Laval avait accepté de régler une facture de 900 000 $ à la firme de construction pour un contrat obtenu sans appel d'offres dans la foulée de l'effondrement du viaduc du Souvenir. L'affaire avait causé des remous dans la classe politique locale.

Quant à Construction Garnier, de Giuseppe «Joe» Borsellino, son nom a été cité plusieurs à la Commission Charbonneau notamment pour son rôle dans un cartel des égouts à Montréal, pour ses dons aux partis politiques et l'obtention de contrats qui en auraient découlé, ainsi que les pots-de-vin qu'il aurait versés à des ingénieurs de la ville de Montréal. 

Monsieur Borsellino, qui a témoigné à la CEIC en février dernier, est aussi un ami de Tony Tomassi et de l'ex-ministre libéral de la sécurité publique Jacques Dupuis. Une «bonne connaissance» avec qui il «pouvait parler de financement charitable», avait-il précisé. Une vingtaine de ministres libéraux avaient puisé dans leurs fonds discrétionnaires pour verser près de 50 000 $ à sa fondation Garnier Kids.  Des dons «pour la bonne cause» avait-il assuré, niant tout favoritisme dans l'octroi de contrats.