L’influenza aviaire hautement pathogène H5N1, qui a commencé à infecter des oiseaux d’élevage en décembre dernier au Canada, a déjà entraîné l’abattage de plus de 700 000 volatiles, a indiqué l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) mardi.

Publié le 20 avril
Ariane Krol
Ariane Krol La Presse

Pour contrôler le virus très contagieux qui cause des ravages sur quatre continents, tous les oiseaux des élevages infectés sont éliminés sous la supervision de l’ACIA, une opération aussi appelée « dépopulation ».

Quatre mois après la découverte des premiers cas, le 20 décembre dernier, dans une ferme non commerciale de la péninsule d’Avalon, à Terre-Neuve, les éleveurs sont rendus à « 700 000 oiseaux abattus au Canada », a indiqué la Dre Manon Racicot, vétérinaire à l’ACIA, en entrevue téléphonique.

Au Québec, le virus a été détecté dans quatre fermes de l’Estrie en moins d’une semaine, du 12 au 17 avril. Les oiseaux à éliminer ne sont cependant pas tous inclus dans le décompte canadien, daté de lundi.

PHOTO FOURNIE PAR L’ACIA

La Dre Manon Racicot, vétérinaire à l’Agence canadienne d’inspection des aliments

[Au Québec], on devrait avoir tout dépeuplé nos cas positifs d’ici la fin de la semaine. En termes de nombre d’oiseaux, on est dans les 100 000.

La Dre Manon Racicot

Les trois fermes commerciales infectées au Québec produisent toutes du canard. Canards du Lac Brome avait annoncé que son site de Saint-Claude était touché et que celui de Knowlton était en quarantaine, mais n’a pas donné de mise à jour sur ce dernier. L’ACIA, qui ne publie pas les noms des fermes contaminées, a confirmé un troisième élevage commercial dans la MRC Les Sources dimanche.

La quatrième ferme québécoise infectée est un petit élevage non commercial de poules pondeuses, de canards et d’oies.

Traçage

En début de journée mardi, l’ACIA n’avait pas reçu de nouveaux signalements d’oiseaux malades en provenance du Québec, « une bonne nouvelle ». D’autres cas pourraient cependant s’ajouter avec le traçage effectué à partir des élevages infectés.

« Il n’y a aucun signe clinique dans ces fermes, ce qui est quand même une bonne chose, mais il faut garder en tête que le canard est une espèce qui ne démontre pas nécessairement de signes cliniques à la maladie, explique la Dre Racicot. On peut quand même avoir des surprises. »

Dans l’ombre de l’Ontario

Lorsqu’une ferme est infectée, l’ACIA l’entoure d’une zone de contrôle primaire dans un rayon d’au moins 10 kilomètres, au cœur de laquelle se trouve une zone infectée d’au moins trois kilomètres. Les autres fermes qui se trouvent dans ces zones sont soumises à des contrôles pour éviter la propagation du virus.

Par exemple, un élevage exempt de H5N1, mais se trouvant à moins de trois kilomètres d’une ferme infectée, n’aura pas le droit de recevoir de nouveaux poussins ou canetons âgés d’une journée jusqu’à ce que la ferme infectée ait franchi certaines étapes de décontamination. Les fermes situées dans la zone de 10 kilomètres doivent se munir de permis pour certains déplacements (oiseaux, œufs, viande, etc.).

Pour la première fois lundi, des fermes du Québec se sont retrouvées dans une zone de contrôle créée par une éclosion dans l’Est ontarien, à la frontière du Québec. Cinq sites de production québécois sous gestion de l’offre, majoritairement en Outaouais, se trouvent dans cette zone émanant de l’Ontario, nous a indiqué l’Équipe québécoise de contrôle des maladies avicoles (EQCMA).

En Estrie, six élevages québécois sous gestion de l’offre se trouvent dans la zone de contrôle de la ferme non commerciale infectée, dans les environs de Bury, et un autre dans celle de la zone de Knowlton.

Ces zones restreintes sont maintenues pour une durée « très variable, mais on parle de plusieurs semaines », indique la Dre Racicot.

Pour la première ferme ontarienne détectée à la fin de mars, par exemple, la zone infectée pourrait être levée dans les prochains jours. « Il resterait quand même quelques étapes de surveillance, mais ça permettrait au moins aux producteurs de cette zone de recevoir à nouveau des oiseaux d’un jour et de pouvoir recommencer leur cycle de production. »

Séquençage du virus

On ignore encore si les élevages québécois infectés ont été contaminés par un oiseau sauvage ou une autre ferme. La réponse viendra du séquençage effectué au laboratoire de l’ACIA à Winnipeg, qui révélera la souche du virus.

Des contaminations entre deux fermes ont en effet été détectées en Ontario et ailleurs en Amérique du Nord, surtout à cause du déplacement d’oiseaux vivants d’un site à l’autre. « L’avicole, c’est une industrie sur roues, donc il y a beaucoup de mouvement », note la Dre Racicot.

« La balle est dans le camp des producteurs et des propriétaires de basse-cour », souligne la vétérinaire, en rappelant l’importance d’éviter « tout contact direct et indirect avec la sauvagine » et d’assurer « une observance complète en tout temps » des mesures à l’entrée des élevages (changements de bottes et de vêtements, lavage de mains, etc.).