Mon verdict ? Les chances de survie de Groupe Capitales Médias (GCM) sont assez bonnes. Mon observation ? Le montage financier de plusieurs millions est complexe et les délais sont très serrés.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

Hier, une étape importante a été franchie dans le plan de relance de GCM, soit l’approbation, par le tribunal, du plan d’arrangement présenté par le syndic PwC.

Ce plan, dont j’ai copie, prévoit le versement symbolique de 250 000 $ pour rembourser les créanciers de l’entreprise, qui s’est placée sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité en août dernier. L’entreprise avait alors des créances avoisinant 32 millions, dont l’essentiel (15 millions) vient d’Investissement Québec (IQ).

Le plan approuvé en Cour supérieure doit recevoir l’aval des créanciers lors d’une assemblée le 16 décembre. De par la nature de l’offre et l’importance du principal créancier IQ, cette approbation est presque une formalité. IQ est le bras financier du gouvernement du Québec et il renonce à sa créance (1).

Maintenant, la mise en œuvre du plan de relance par la Coop des employés GCM – l’acheteur choisi par le syndic – comporte d’autres conditions plus délicates.

D’abord, les syndiqués devront tenir un vote, vers le 11 décembre, pour mettre fin aux régimes de retraite et aux assurances collectives des anciens employés de GCM. Ce vote, qui confirmera la liquidation des régimes de retraite, fera perdre aux 840 retraités entre 25 et 30 % de leurs rentes mensuelles, selon diverses estimations.

Financement de 16 millions

Autre condition : la coop doit boucler un financement à long terme de plusieurs millions d’ici deux à trois semaines. Le montage financier est organisé par la firme MCE conseils, très présente dans le milieu syndical et communautaire. J’ai pu parler au directeur général Claude Dorion, qui m’a informé de l’avancement des démarches.

Au total, MCE a obtenu des lettres d’intention ou des discussions sérieuses avec six organismes de financement, totalisant 8,3 millions. En ajoutant les promesses de dons de 2,7 millions obtenues à ce jour et des crédits d’impôt de 5 millions, l’apport de « capital » totaliserait quelque 16 millions.

Parmi les organismes, mentionnons Fondaction CSN (1,5 million), Filaction (0,5 million), Investissement Québec (2,5 millions), la Fiducie Chantier de l’économie sociale (1,5 million) et le Réseau d’investissement social du Québec (0,3 million), a indiqué M. Dorion.

Hier, le Fonds FTQ (2 à 3 millions), inclus dans les 16 millions, m’a indiqué qu’il ne pouvait donner suite à son offre, puisque les conditions du montage financier avaient changé depuis son acceptation par son comité d’investissement.

Deux éléments ont été modifiés. D’une part, le Mouvement Desjardins a fait faux bond, d’autre part, la relance proposée par la coop passe par le rachat des actions de GCM plutôt que par les actifs, ce qui peut avoir des incidences, notamment d’ordre fiscal.

Le Fonds FTQ ne ferme pas la porte, toutefois. « L’offre n’est pas retirée, mais les conditions ne sont plus respectées, compte tenu des changements très récents », m’a expliqué Patrick McQuilken, porte-parole du Fonds FTQ, qui m’a parlé des deux conditions.

Ce n’est pas un non définitif, mais l’offre doit comprendre un partenaire financier aux reins solides [en plus de Fondaction].

Patrick McQuilken, porte-parole du Fonds FTQ

Les employés : 2000 $ par an

Le plan prévoit que les employés de GCM participeront aussi à la relance. Actuellement, quelque 350 employés travaillent pour l’un des journaux, dont Le Soleil, Le Droit et Le Nouvelliste. Ce nombre passera à environ 300 après rationalisation, nombre que la coop s’engage à maintenir d’ici cinq ans. Les 50 emplois perdus viendraient surtout des non-journalistes.

Leur participation au financement passera par une retenue annuelle de 5 % de leurs salaires pendant cinq ans, ce qui permettrait à la coop de récolter environ 6 millions. Comme les sommes versées seraient admissibles à un programme de régime coopératif gouvernemental, et en tenant compte de leur dépôt dans un REER, la retenue fiscale nette équivaudrait à 1,7 % à 2,5 % de leur salaire, ce qui équivaut à une moyenne annuelle de 2000 $ par employé.

En attendant cette entrée de fonds, Investissement Québec (IQ) avancerait 2,5 millions (compris dans le financement de 16 millions ci-dessus).

En vertu du plan, la coop rachètera les actions plutôt que l’actif de GCM. Ce changement technique simplifiera la continuité des activités (avec les abonnés et annonceurs, notamment). Surtout, il permettra à la coop de mettre la main sur les crédits d’impôt sur la masse salariale de l’année 2019 venant du provincial et du fédéral, auxquels ont désormais droit les médias.

Ces crédits de 2019, de quelque 5 millions pour GCM, ne seront versés qu’après que GCM aura fait sa déclaration de revenus de 2019, au printemps. Ils ne seront donc pas reçus avant l’été prochain. Entre-temps, IQ accordera un prêt, qui sera garanti par ces crédits à venir. Ces 5 millions font partie des 16 millions de financement à long terme.

Enfin, Claude Dorion, de MCE, affirme que la Banque Nationale serait prête à consentir une marge de crédit importante pour le fonctionnement courant de l’entreprise.

Cela dit, les délais sont serrés. Il faut bien attacher ce financement complexe et le faire approuver par le tribunal le 18 décembre, au plus tard. Le 19 décembre, les assurances qui couvrent les dirigeants de GCM contre les réclamations cessent d’être en vigueur.

Dans le rapport du syndic présenté hier, on apprend que la gestion serrée de GCM ces derniers mois a permis à l’entreprise de dégager des fonds pour tenir le coup jusqu’à la mi-janvier.

Bref, il y a de l’espoir, mais encore beaucoup de pain sur la planche…

(1) Plus précisément, le plan doit recevoir l’aval de plus de 50 % des créanciers. Comme ce plan prévoit rembourser 100 % des sommes dues aux créanciers à qui GCM doit 250 $ ou moins, ce vote favorable est pratiquement acquis, puisque ces petits actionnaires sont majoritaires en nombre. Légalement, la proposition doit aussi recevoir l’approbation des créanciers qui détiennent les deux tiers de la valeur des créances. Or, comme IQ dépasse cette proportion à elle seule et qu’elle approuve le plan, cette deuxième condition sera automatiquement remplie (même si IQ renonce aux 15 millions qui lui sont dus).