Arabie saoudite: la purge suscite l'inquiétude des Américains

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Le roi Salmane et le prince héritier Mohammed ben Salmane, le 8 novembre à Riyad.

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Agence France-Presse
RIYAD

La purge sans précédent menée en Arabie saoudite au nom de la lutte anticorruption commence à susciter des « inquiétudes » à Washington, quelques jours après que le président Donald Trump a exprimé son soutien sans réserve à cette opération coup de poing de l'allié saoudien.

Plus de 200 personnes ont été arrêtées le 4 novembre dans le cadre d'une purge qui a notamment visé des princes, des ministres et des hommes d'affaires.

L'opération fait suite à la mise en place d'une commission anticorruption présidée par le jeune prince héritier, Mohammed ben Salmane, dont l'emprise sur le pouvoir est croissante.

Les personnalités arrêtées - et détenues dans un lieu non précisé par les autorités - vont être jugées devant un tribunal, selon le procureur général.

Le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson a estimé vendredi que cette purge soulevait « quelques inquiétudes ».

« J'ai parlé au ministre des Affaires étrangères Adel al-Jubeir pour avoir des clarifications, et je pense, sur la base de cette conversation, que l'intention est bonne », a déclaré M. Tillerson dans l'avion qui le menait à Danang, au Vietnam.

« Personnellement, je pense que cela soulève quelques inquiétudes tant que l'on n'a pas plus de clarté sur ce qui va arriver à ces individus », a-t-il cependant ajouté.

Lundi, le président Trump avait exprimé son soutien sans réserve à ces arrestations.

Le roi Salmane et le prince héritier, son fils, « savent exactement ce qu'ils font », avait-il tweeté. « Certains de ceux qu'ils traitent durement "saignent" leur pays depuis des années ! »

Ce soutien appuyé du président américain aux dirigeants saoudiens notamment face à l'Iran, l'ennemi commun, inquiète observateurs et experts de la région qui le considèrent comme très risqué.

« Agression directe »

Depuis le week-end dernier, le ton est encore monté entre Téhéran et Riyad.

Au coeur des nouvelles tensions, le sort du Liban mais aussi du Yémen, en proie à un conflit meurtrier où les deux poids lourds du Moyen-Orient soutiennent des camps opposés, comme en Syrie.

Le Yémen, frontalier de l'Arabie saoudite, est le théâtre de la pire crise humanitaire de la planète, selon l'ONU. La guerre y a fait plus de 8650 morts en plus de deux ans, d'après l'Organisation mondiale de la santé.

L'Arabie saoudite, qui y a lancé une campagne militaire contre les rebelles Houthis en mars 2015, a accusé l'Iran « d'agression directe » après le tir, le week-end dernier par ces rebelles chiites soutenus par Téhéran, d'un missile en direction de Riyad, qui a été intercepté.

La coalition menée par Riyad a aussi renforcé le blocus qu'elle impose depuis plus de deux ans à ce pays. Mais d'après un haut responsable onusien, le Yémen risque de subir « la plus grande famine » des dernières décennies si ce blocus n'est pas levé.

La situation au Yémen a été abordée par le président français et le prince héritier saoudien jeudi soir lors d'une visite surprise d'Emmanuel Macron en Arabie saoudite.

« Conflits par procuration »

M. Macron a aussi « rappelé l'importance que la France attache à la stabilité, la sécurité, la souveraineté et l'intégrité du Liban », dont le premier ministre Saad Hariri a annoncé sa démission à Riyad, un an après avoir formé un gouvernement avec le mouvement chiite Hezbollah, soutenu par Téhéran.

M. Hariri, qui détient également la nationalité saoudienne, n'est pas rentré au Liban depuis cette annonce surprise le 4 novembre et Riyad a appelé cette semaine ses ressortissants à quitter le Liban, de même que le Koweït et Bahreïn.

Dans l'avion qui le menait à Danang, Rex Tillerson a indiqué que le ministre saoudien des Affaires étrangères lui avait affirmé que M. Hariri avait pris cette décision « de lui-même », alors que certains voient derrière cette démission la main de Riyad.

Le chef de la diplomatie américaine a affirmé « ne pas avoir d'indication » que le premier ministre libanais était retenu contre son gré à Riyad, ajoutant que les États-Unis l'encourageaient à retourner au Liban pour présenter formellement sa démission.

Mais le chef du Hezbollah a accusé vendredi Riyad de « détenir » M. Hariri, un musulman sunnite dont le parti est un rival politique du Hezbollah sur la scène libanaise même si des ministres du mouvement chiite font partie de son gouvernement.

« On lui interdit [...] de rentrer au Liban », a lancé Hassan Nasrallah lors d'une allocution télévisée, réclamant à l'Arabie saoudite de le « libérer ».

Dans un communiqué, Rex Tillerson a mis en garde contre toute « utilisation du Liban comme un lieu de conflits par procuration » et qualifié M. Hariri de « partenaire solide des États-Unis ».




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