Irak: tension accrue après le vote pour l'indépendance des Kurdes

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Au total, 12 072 bureaux de vote ont été installés dans la région autonome du Kurdistan et dans les zones disputées.

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Abdel Hamid ZEBARI, Shwan MOHAMMAD
Agence France-Presse
Erbil et Souleimaniyeh

Dans l'attente des résultats du référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien, la tension est encore montée avec Bagdad, qui a ordonné le déploiement de l'armée dans les zones disputées entre le pouvoir central et cette région actuellement autonome.

Si le verdict de ce scrutin, attendu mardi soir, ne fait aucun doute, la majorité des Kurdes étant acquis au «oui», leur rêve d'indépendance chéri depuis un siècle ne devrait pas être réalité dans un futur proche.

Le président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, a en effet affirmé que ce vote ne serait pas aussitôt suivi d'une déclaration d'indépendance mais marquerait le début de «discussions sérieuses» avec Bagdad pour régler les contentieux.

Mais ces «discussions» seront tendues et le risque d'escalade est grand face au refus du pouvoir central de voir l'Irak amputé de sa région nord.

Quelques heures à peine après le début du vote lundi, le Parlement irakien à Bagdad, en présence des députés arabes et en l'absence de leurs camarades kurdes, a voté une résolution «exigeant du commandant en chef de l'armée (le premier ministre Haider al-Abadi) de déployer des forces dans toutes les zones» disputées par Bagdad et la région du Kurdistan.

Washington «profondément déçu» 

Ces régions sont la riche province pétrolière de Kirkouk et des secteurs de celle de Ninive, de Dyala et de Salaheddine. La plupart avaient été conquises par les peshmergas, les combattants kurdes, en 2014, à la faveur du chaos qui a régné dans le pays après l'offensive des djihadistes du groupe État Islamique (EI).

«S'il y a des affrontements dans ces zones, la tâche des forces fédérales sera d'appliquer la loi», a précisé le porte-parole du bureau du premier ministre irakien.

Constitutionnellement, le gouvernement est tenu de se conformer à ce vote des députés, mais ce déploiement n'avait pas encore été constaté lundi sur le terrain.

À l'étranger, ce scrutin organisé par M. Barzani a encore été largement critiqué lundi.

«Les États-Unis sont profondément déçus de la décision du gouvernement régional du Kurdistan de mener aujourd'hui un référendum unilatéral sur l'indépendance», a indiqué lundi soir un communiqué du département d'Etat, craignant que ce scrutin «augmente l'instabilité et les difficultés» de la région.

Les «États-Unis soutiennent un Irak uni, fédéral, démocratique et prospère», a insisté ce communiqué.

Ce référendum, sévèrement dénoncé par le premier ministre irakien comme une «décision unilatérale affectant l'unité de l'Irak et sa sécurité ainsi que la sécurité de la région», a également été rejeté par la Turquie, la Syrie et l'Iran, trois autres pays comptant des minorités kurdes.

72,16% de participation 

Pour Bagdad, Ankara, Damas ou Téhéran, le risque est clair: que ce scrutin fasse tâche d'huile et que la carte de la région, dessinée après la Première guerre mondiale sur les dépouilles de l'Empire ottoman, ne soit redessinée. C'est cette même carte, issue du traité de Lausanne de 1923, que les Kurdes n'ont jamais acceptée, voyant alors leur État rêvé morcelé en quatre.

À New York, le chef de l'ONU Antonio Guterres s'est répété lundi «préoccupé» par le risque de déstabilisation, appelant au «dialogue et à des compromis».

Face au défi lancé par les Kurdes d'Irak, l'Iran a aussitôt fermé sa frontière aérienne avec leur région, par laquelle était acheminé le fioul kurde vers les marchés du Golfe.

La Turquie a également annoncé la prochaine fermeture de sa frontière terrestre avec le Kurdistan. De même Ankara a menacé de stopper les exportations pétrolières du Kurdistan, ce qui asphyxierait presque totalement l'économie de cette région.

Depuis l'échec d'un plan de partage de ses revenus pétroliers avec Bagdad, le Kurdistan exporte 550 000 de ses 600 000 barils quotidiens via l'oléoduc qui relie Kirkouk au terminal turc de Ceyhan.

Les 12 072 bureaux de vote installés à travers le Kurdistan irakien ont fermé à 19h00 locales lundi, après la prolongation d'une heure de la consultation face à l'afflux des votants. Plus de 3,3 millions de personnes sont venues voter, soit 72,16% des inscrits, selon la commission électorale.

Arabes et Turkmènes absents 

Dès le matin, des foules nombreuses s'étaient massées à l'entrée des bureaux de vote à Erbil, Souleimaniyeh et Dohouk, les trois provinces qui forment la région du Kurdistan, mais aussi dans des zones disputées avec Bagdad.

À Erbil, devant le plus important bureau de vote, une vache a été égorgée. «C'est la naissance de l'Etat, c'est la tradition d'égorger une vache lors des naissances», a dit Dalgach Abdallah, un avocat 27 ans.

Massoud Barzani, souriant et en habit traditionnel, avait lui voté tôt le matin.

Dans la province disputée de Kirkouk, située hors du Kurdistan, l'affluence a également été nombreuse dans les quartiers kurdes, où les électeurs ont voté en arborant des drapeaux, au son de la musique et des tirs de joie.

«Si j'avais vingt doigts j'aurais voté vingt fois pour mon État», a clamé Ibtissam Mohammad, 45 ans, après avoir trempé son index dans l'encre puis glissé son bulletin dans l'urne.

Mais dans cette ville disputée, Arabes et Turkmènes ont par contre boudé l'isoloir.

«J'ai le sentiment que mon identité, ma nationalité, mon patrimoine et mon histoire seront perdus», a déploré Abdallah Aouji, un enseignant turkmène de 42 ans.




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