Yémen: des ONG dressent un tableau humanitaire apocalyptique

Risque aigu de famine, blocus humanitaire, bombardements sans... (Photo Khaled Abdullah, archives Reuters)

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Risque aigu de famine, blocus humanitaire, bombardements sans répit : aucun fléau n'épargne ce pays de 26 millions d'habitants.

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Cécile FEUILLATRE
Agence France-Presse
Paris

Deux ans après le début de l'intervention armée de la coalition menée par l'Arabie saoudite, le Yémen s'enfonce dans une crise humanitaire catastrophique, «l'une des plus graves du monde», ont alerté mercredi des ONG à Paris.

Risque aigu de famine, blocus humanitaire, bombardements sans répit : aucun fléau n'épargne ce pays de 26 millions d'habitants déjà le plus pauvre de la péninsule arabique avant d'être ravagé par une guerre qui a fait plus de 7500 morts et 40 000 blessés, selon l'ONU.

Dix-neuf millions de personnes, soit 60 % de la population, vivent en situation d'insécurité alimentaire, dont trois millions de femmes et d'enfants souffrant de malnutrition aigüe. Plus de la moitié des centres de santé de ce pays ne fonctionnent plus. Trois millions de personnes sont déplacées. Le choléra est réapparu il y a quelques mois et 20 000 cas sont suspectés...

Six ONG internationales - Médecins du Monde, Care, Solidarités international, Première Urgence internationale, Action contre la Faim et Handicap International - ont égrené des chiffres effrayants, «sans doute en dessous de la réalité», au cours d'une conférence de presse à Paris.

Cette conférence se déroulait près de deux ans jour pour jour après le début de l'intervention de la coalition conduite par l'Arabie saoudite pour soutenir le président Abd Rabbo Mansour Hadi contre les rebelles chiites houthis qui contrôlent la capitale Sanaa et d'autres régions.

Les ONG assurent vaille que vaille une présence au Yémen, mais il s'agit d'«un des pays du monde dans lequel les acteurs humanitaires rencontrent le plus de difficultés», a souligné Hélène Quéau, de Première Urgence. «Les infrastructures routières sont détruites totalement ou partiellement, l'accès aux aéroports et aux ports est très compliqué, les bombardements de la coalition arabe limitent les déplacements» et la présence d'Al Qaïda fait peser un risque sécuritaire, a-t-elle souligné.

À cela s'ajoutent les difficultés administratives pour obtenir des visas ou être autorisé à circuler.

Ainsi, un bateau chargé d'aide de Première urgence est bloqué depuis janvier, car il ne peut accéder au principal port de Hodaida, qui n'est plus opérationnel qu'à 10 %. De même, ACF bataille depuis des semaines pour tenter de débarquer 250 tonnes.

«L'embargo sur les armes (instauré en avril 2015 par l'ONU) est devenu de facto un blocus humanitaire» en restreignant de manière draconienne l'accès au Yémen, a dénoncé le docteur Serge Breysse, d'ACF.

Avant la guerre, ce pays dépendait déjà à 80 % des importations.

Pluie de bombes

Les ONG ont en outre dénoncé le «mépris du droit international» par les belligérants, notamment la coalition arabe accusée de bombarder à l'aveuglette des cibles civiles (écoles, hôpitaux) et d'utiliser des armes interdites comme les bombes à sous-munitions, proscrites depuis 2008.

«À Sanaa, c'est une pluie de bombes tous les jours. Les écoles sont fermées, les centres de santé hors service. Les gens n'en peuvent plus», a raconté Marina Benedik, coordinatrice de MDM pour le Yémen, rentrée début mars d'une mission dans la capitale yéménite.

Les gouvernorats les plus peuplés et les plus disputés, où vivent plus de 11 millions de personnes, subissent des «bombardements quasi quotidiens», a noté pour sa part Jean-Pierre Delomier, de Handicap International, décrivant les fractures complexes dont souffrent les blessés et les nombreuses amputations pratiquées.

Unanimes, les ONG ont réclamé une relance d'urgence du processus diplomatique, dans l'impasse totale depuis des mois, et la levée de l'embargo afin de permettre un accès de l'aide humanitaire.

«La communauté internationale doit se mobiliser financièrement, politiquement et diplomatiquement», ont-elles insisté.

L'ONU ne cesse de réclamer une trêve afin de permettre la distribution d'aide humanitaire à la population, mais les médiations et sept cessez-le-feu ont jusque-là échoué.

L'émissaire de l'ONU Ismail Ould Cheikh Ahmed tente vainement depuis des mois de relancer les négociations de paix. Son plan prévoit un partage du pouvoir au Yémen, mais il est critiqué par le président Abd Rabbo Mansour Hadi qui se considère comme le seul chef d'État légitime de ce pays.




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