À Mossoul, les civils enterrés deux fois

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Au fond du jardin, trois monticules de terre surmontés d'une pierre rectangulaire reposent à l'ombre des arbres fruitiers.

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Agence France-Presse
Wilson FACHE

«Nous les avons enterrés sous les orangers» du jardin en attendant de les inhumer autre part, confie Abdelrahmane Riadh, 18 ans, qui a perdu son père, sa mère et son petit frère dans une frappe aérienne sur la ville irakienne de Mossoul.

Au fond du jardin, trois monticules de terre surmontés d'une pierre rectangulaire reposent à l'ombre des arbres fruitiers. «Ça, c'est mon père. Là, c'est ma mère, et à côté, c'est mon petit frère», explique le jeune homme.

Les trois membres de la famille d'Abdelrahmane ont péri le 6 janvier avec d'autres habitants dans une frappe aérienne sur le quartier d'Al-Zirai, dans l'est de Mossoul, rasant quasiment trois maisons, selon des habitants.

La deuxième ville du pays est le théâtre de combats depuis le 17 octobre lorsque les forces irakiennes, appuyées par la coalition internationale dirigée par les États-Unis, ont lancé une offensive visant à chasser le groupe jihadiste État islamique (EI) de Mossoul, son plus important fief en Irak. Elles ont annoncé mardi avoir repris tout l'est de la ville.

«Tout s'est effondré autour de moi», se souvient Abdelrahmane, seul survivant avec son frère Adnane, de deux ans son aîné. «J'ai repoussé les débris puis je me suis levé et j'ai demandé à mon grand frère s'il était toujours vivant. Il était blessé au niveau de la jambe».

«Personne ne m'a répondu»

«J'ai ensuite commencé à chercher mon petit frère, ma mère et mon père. J'ai crié, mais personne ne m'a répondu», poursuit-il.

En raison des combats, les deux frères ont dû enterrer leur famille à quelques blocs de chez eux, dans le jardin de leur grand-père. «En l'espace d'une journée, j'ai dû dire adieu à trois membres de ma famille. Ce jour-là, j'ai enterré une partie de mon âme», souffle Adnane.

Le cimetière improvisé par les deux orphelins est un endroit paisible, à part les coups de feu qui retentissent de temps à autre. Mais Abdelrahmane et Adnane ont bien l'intention, le moment venu, d'enterrer leurs proches dans la partie ouest de la ville, où repose notamment leur grand-père.

Ils pourraient cependant attendre encore un bon moment avant de pouvoir se rendre dans cette partie de la ville contrôlée entièrement par l'EI, où les jihadistes devraient offrir une farouche résistance à l'offensive des forces irakiennes.

Dans le cimetière de Gogjali, le premier district de la ville à avoir été repris par les forces irakiennes, le fossoyeur Faleh Mohammed dit assister jusqu'à dix «seconds enterrements» quotidiennement.

«Il y a des gens qui, pendant les combats, ont été enterrés dans des jardins ou des mosquées. Puis, un ou deux mois plus tard, une fois les quartiers libérés et les routes nettoyées, leurs proches viennent les enterrer ici», explique-t-il.

«Deux voire trois fois»

«Mais pour certains, le cimetière familial se trouve de l'autre côté de la ville. Donc, une fois que la partie ouest sera nettoyée, ils prévoient de déplacer de nouveau les corps».

Derrière le fossoyeur, les pierres tombales s'étendent à perte de vue. «Avant, c'était simple, quand quelqu'un mourrait, on l'enterrait une bonne fois pour toutes. (...) Maintenant, les gens sont enterrés deux, voire trois fois!» poursuit M. Mohammed, les mains couvertes de terre.

Dans un sentier étroit, une petite camionnette s'est garée face à deux trous béants. Avec la plus grande précaution, un fils se saisit du corps de son père, enveloppé dans une couverture et un drap blanc taché de sang. Le parfum âcre de la mort se mêle à celui de la terre humide. Tués il y a près de trois semaines lorsqu'un obus de mortier s'est écrasé dans leur rue, ces deux résidents de Mossoul avaient été enterrés une première fois dans leur jardin, et sont à présent inhumés ici.

«Nous venons de la poussière (...) et nous retournerons tous à la poussière», rappelle l'imam face à une assemblée silencieuse. Raad Hassan, un proche des deux victimes, ne cache pas son chagrin: «Les enterrer une fois a déjà été difficile, mais deux fois, c'est encore pire».




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