Une ambassade américaine à Jérusalem «détruirait le processus de paix»

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David Friedman (à gauche) et le président désigné Dolnald Trump.

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Nicolas REVISE, Dave CLARK
Agence France-Presse
WASHINGTON

La volonté du président désigné Donald Trump de déplacer l'ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem pourrait sonner le glas des efforts américains pour que l'État hébreu fasse la paix avec les Palestiniens.

M. Trump a annoncé jeudi soir qu'un avocat juif américain, David Friedman, son « ami et conseiller de longue date », favorable à la colonisation juive dans les Territoires palestiniens, sera le nouvel ambassadeur des États-Unis en Israël si le Sénat américain confirme ce choix.

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Le contexte est des plus tendus entre les deux alliés, les relations entre le président américain sortant Barack Obama et le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou étant notoirement exécrables. Sans que cela n'ait empêché Israël de se voir octroyer il y a quelques semaines 38 milliards de dollars sur dix ans d'aide militaire et de prendre livraison de ses premiers avions de chasse F-35.

Mais le climat reste lourd.

Le secrétaire d'État John Kerry, qui s'était cassé les dents en 2013-2014 sur le processus de paix israélo-palestinien, quittera ses fonctions le 20 janvier plein d'amertume et il vient d'accuser la droite israélienne d'avoir saboté le projet de solution à deux États par la poursuite de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Justement, l'ambassadeur américain désigné semble avoir à coeur de rompre avec la politique traditionnelle de Washington sur les colonies juives dans les Territoires palestiniens et sur le statut de Jérusalem.

« Jérusalem, capitale éternelle d'Israël »

David Friedman s'est engagé à « travailler sans relâche afin de renforcer les liens immuables qui unissent nos deux pays et faire avancer la paix dans la région », soulignant dans un communiqué de nomination qu'il avait « hâte de le faire depuis l'ambassade américaine dans la capitale éternelle d'Israël, Jérusalem ».

C'est une promesse de campagne du candidat républicain Trump qui avait annoncé, s'il entrait à la Maison-Blanche, qu'il déplacerait l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem et qu'il reconnaîtrait ainsi de facto la Ville Sainte comme capitale de l'État juif.

Un porte-parole du prochain président a jugé vendredi « un peu prématuré » de parler d'un calendrier de déménagement de la chancellerie, mais il a assuré que M. Trump y « restait fermement attaché ».

Ce serait un séisme diplomatique, car la plupart des pays - États-Unis en tête - ont leur ambassade à Tel-Aviv. Pire, une telle mesure « serait une destruction du processus de paix », a averti le secrétaire général de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) Saëb Erekat.

« Crédibilité de l'Amérique entachée »

La nomination de M. Friedman a également sidéré une partie des 4,5 à 5,5 millions d'Américains juifs.

Le groupe J Street, classé à gauche et qui se décrit comme « favorable à Israël et à la paix », a dénoncé un choix « irresponsable » qui « risque d'entacher la réputation et la crédibilité de l'Amérique dans la région et dans le monde ». Washington est historiquement l'unique médiateur au Proche-Orient.

J Street a prévenu les sénateurs qui devront confirmer M. Friedman dans ses fonctions qu'il est un « ami américain du mouvement de colonisation » dans les Territoires palestiniens.

Justement, sur les colonies, l'éventuel futur ambassadeur américain a signalé un changement de pied de l'administration Trump par rapport à la position du gouvernement Obama: « Je ne crois pas qu'il (M. Trump) pense que les colonies soient illégales », a-t-il dit récemment à l'AFP, ajoutant que le 45e président des États-Unis « ne demandera pas à Israël de cesser de se développer » dans les Territoires occupés.

L'administration Obama, ulcérée par la colonisation, la qualifie parfois d'« illégale », le plus souvent d'« illégitime ».

Le chef de la diplomatie américaine John Kerry, qui avait jeté l'éponge en avril 2014 dans sa tentative de relance du dialogue israélo-palestinien, est allé plus loin il y a dix jours en accusant la droite israélienne et les colons de « vouloir bloquer la paix ».

Mais pour Jonathan Shanzer, du centre de réflexion conservateur Foundation for Defense of Democracies, il n'y aura pas de virage à 180 degrés de la diplomatie Trump à l'égard d'Israël et des Palestiniens. L'expert prévoit simplement que « toute la politique de l'administration Obama sur la colonisation s'adoucisse sous Trump ».

Quant à l'ambassade à Jérusalem, « ce serait une controverse, un symbole fort, mais pas un choc nucléaire », explique M. Shanzer à l'AFP, suggérant à David Friedman de se contenter de s'installer sans bruit au consulat américain existant à Jérusalem-Ouest.




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