L'Afghanistan annonce la mort du chef des talibans

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Le mollah Akhtar Mansour sur une photo prise en 2014

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Mushtaq MOJADDIDI
Agence France-Presse
KABOUL

Le chef des talibans afghans, le mollah Akhtar Mansour, a été tué dans un raid américain au Pakistan, a indiqué dimanche le gouvernement afghan, alors que les insurgés gardaient un silence total sur cette frappe.

La mort annoncée du mollah Mansour porte un coup sévère au mouvement islamiste armé qui doit faire face à l'éparpillement de ses troupes, dont certaines ont fait défection et rejoint les rangs de la branche locale du groupe État islamique (EI).

À la tête des talibans depuis l'été dernier et l'annonce surprise de la mort du mollah Omar, le fondateur des talibans afghans, le mollah Mansour « a été tué dans une frappe de drone hier (...) au Baloutchistan », une province du sud-ouest du Pakistan, indiquent les services de renseignement afghans. « Il était surveillé depuis un certain temps ». Le chef de l'exécutif afghan Abdullah Abdullah a ensuite confirmé ce récit sur son compte Twitter.

Mais en début de soirée dimanche, le site officiel des talibans ne faisait aucune mention d'une quelconque frappe contre leur leader. Zabiullah Moudjahid, leur porte-parole habituel, demeurait injoignable. Pour leur part, les autorités pakistanaises n'avaient pas réagi non plus.

Un membre de la « choura de Quetta », le Conseil de direction des talibans afghans, joint par l'AFP a indiqué qu'il n'arrivait plus à joindre le mollah Mansour depuis samedi soir : « On ignore si quelque chose de grave lui est arrivé ou s'il a éteint son portable par crainte d'une attaque ».

Le bombardement a été mené à l'aide de plusieurs drones des forces spéciales américaines dans une zone reculée, « au sud-ouest de la ville d'Ahmad Wal », selon un responsable américain. Selon cette source, le chef taliban a « probablement » péri dans cette frappe, autorisée par le président Barack Obama.

Washington n'a informé Islamabad et Kaboul du raid qu'une fois celui-ci terminé, d'après un haut responsable de la Maison-Blanche.

En déplacement à Naypyidaw, la capitale birmane, le secrétaire d'État John Kerry a expliqué que le mollah Mansour avait été visé parce qu'il représentait « une menace imminente pour le personnel américain, les civils afghans et les forces de sécurité afghanes ».

Le raid a « totalement détruit » la voiture dans laquelle circulaient deux individus dont les dépouilles sont « méconnaissables », a indiqué à l'AFP un responsable des services de sécurité pakistanais. Les deux cadavres ont été transférés vers un hôpital de Quetta, le chef-lieu de la province du Baloutchistan, a précisé un autre responsable.

Selon des responsables pakistanais, l'homme présenté comme le chef des talibans voyageait sous une identité pakistanaise et un nom d'emprunt. Il arrivait d'Iran dans une voiture de location.

Le Pakistan a dénoncé dimanche la frappe de drone américaine, la qualifiant de «violation de la souveraineté» du Pakistan, selon un communiqué émis par le ministère des Affaires étrangères.

« Lutte de pouvoir »

La désignation du mollah Mansour avait engendré de fortes dissensions au sein des talibans afghans. Certains cadres avaient fait sécession et s'opposaient à sa faction les armes à la main. D'autres ont rejoint les rangs de l'EI.

Son éventuelle succession donnera lieu à une «lutte de pouvoir et plusieurs candidats seraient en lice», fait valoir l'analyste et journaliste pakistanais Ahmed Rashid. Parmi eux figurent ses deux adjoints, Sirajuddin Haqqani et Haibatullah Akhundzada, ancien chef des tribunaux des talibans, ou encore le mollah Yacoub, fils du défunt mollah Omar.

Le raid est intervenu alors que le gouvernement afghan est mis à rude épreuve par les talibans qui ont multiplié les attentats ces derniers mois.

Lors de la dernière attaque d'envergure en avril, 64 personnes sont mortes dans un attentat-suicide perpétré contre un bâtiment des services de renseignement afghans à Kaboul. Sur le terrain militaire, ils sont parvenus à prendre brièvement la grande ville de Kunduz, au nord de l'Afghanistan, à l'automne.

Sous la houlette du mollah Mansour, les talibans afghans se sont aussi montrés rétifs à la reprise des pourparlers de paix avec Kaboul entamés l'été dernier puis suspendus à l'annonce de la mort du mollah Omar.

«Le mollah Mansour était un obstacle à la paix et à la réconciliation entre le gouvernement d'Afghanistan et les talibans, interdisant aux chefs talibans de participer aux négociations de paix», a expliqué le porte-parole du Pentagone, Peter Cook.

Depuis janvier, Afghans, Chinois, Américains et Pakistanais ont organisé plusieurs réunions destinées à inciter les talibans à s'asseoir à la table des négociations. En vain. Le Pakistan a accueilli mercredi dernier une nouvelle session de pourparlers internationaux, qui n'a débouché sur aucune avancée visible.

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