Retrait des manifestants de la Zone verte de Bagdad

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Excédés, des milliers d'Irakiens ont organisé des sit-in et des manifestations depuis des semaines qui ont culminé avec l'invasion du Parlement samedi.

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Jean Marc MOJON, W.G. Dunlop
Agence France-Presse
BAGDAD

Les milliers de manifestants qui ont occupé durant le week-end la Zone verte de Bagdad se sont retirés de ce lieu ultrasécurisé de la capitale irakienne qui abrite le Parlement, le bureau du Premier ministre et des ambassades.

Selon un communiqué distribué dimanche soir par le bureau de l'influent chef chiite Moqtada Sadr dont les partisans représentaient la majeure partie des manifestants, ce retrait a été décidé par respect pour un important pèlerinage chiite.

Les manifestants rassemblés sur une grande place de la Zone verte ont entendu l'annonce puis sont partis, mais ils reviendront, a promis l'un d'eux, Hussein al-Ali.

Ils dénonçaient l'inaction du Parlement et réclamaient un nouveau gouvernement capable d'appliquer des réformes anticorruption.

L'Irak est en proie à une grave crise politique depuis des semaines, de nombreux partis s'opposant au projet du premier ministre de mettre en place un gouvernement de technocrates par peur de perdre certains de leurs privilèges.

Excédés, des milliers d'Irakiens ont organisé des sit-in et des manifestations depuis des semaines qui ont culminé samedi avec l'invasion de la Zone verte et l'occupation durant plusieurs heures du Parlement.

Dimanche, tranchant avec les tensions de la veille, les manifestants prenaient des photos et déambulaient dans la Zone verte, ordinairement fermée au public.

«C'est la première fois que je viens ici depuis une visite avec mon école sous Saddam (Hussein)», l'ancien président irakien renversé et exécuté en 2006, a dit Youssef al-Assadi, 32 ans, en prenant un «selfie» devant un monument militaire.

«C'est l'un des plus beaux endroits de Bagdad. Il devrait être ouvert à tout le monde», a-t-il ajouté. «Ici, il y a l'air conditionné et l'électricité partout alors que la population souffre de coupures de courant en permanence».

Après les incidents de samedi, Le Premier ministre Haider al-Abadi a ordonné que les fauteurs de troubles soient traduits en justice, mais les forces de sécurité sont restées à l'écart des manifestants dans la Zone verte dimanche.

M. Abadi «a ordonné au ministre de l'Intérieur de présenter à la justice les personnes qui ont attaqué les forces de sécurité, les citoyens et les membres du Parlement et vandalisé les propriétés de l'État», selon un communiqué de son bureau.

Des protestataires avaient attaqué au moins un député et endommagé plusieurs voitures samedi, tandis que d'autres leur criaient d'agir «pacifiquement» et tentaient de limiter les destructions.

«Le système ne fonctionne pas»

Des mesures ont été immédiatement prises par le gouvernement pour renforcer la sécurité autour de la Zone verte.

Moqtada Sadr met depuis plusieurs semaines la pression sur M. Abadi, qui peine à faire approuver par le Parlement une équipe gouvernementale composée de technocrates.

«Même les plus sectaires des Irakiens voient l'échec de leurs dirigeants et de leur système», estime Patrick Skinner, ancien officier de la CIA désormais consultant au sein du groupe d'analyses stratégiques Soufan Group.

«La question n'est pas "Pourquoi maintenant"», a-t-il déclaré en référence au mouvement de contestation, «mais pourquoi cela a-t-il autant tardé?». «Le système (irakien) ne fonctionne pas», a-t-il ajouté.

Mardi, les députés avaient approuvé une partie des candidats technocrates proposés lors d'une séance houleuse qui a vu des parlementaires jeter des bouteilles en direction du Premier ministre.

«M. Abadi semble de plus en plus impuissant (...) Il est tout simplement très faible», a jugé Kirk Sowell, qui publie la lettre d'information Inside Iraqi Politics.

Cette crise est suivie avec inquiétude par les États-Unis qui craignent qu'elle «ne détourne» les autorités de la lutte contre l'EI «qui constitue «la véritable menace» pour les Irakiens, selon un haut responsable américain.

Dimanche, cette organisation djihadiste sunnite a revendiqué un double attentat suicide à la voiture piégée à Samawa dans le sud du pays, une région majoritairement chiite généralement épargnée par les attaques de l'EI. Les deux attaques suicide ont fait au moins 33 morts et une cinquantaine de blessés.

Les États-Unis mènent la coalition internationale qui soutient les offensives des forces irakiennes pour reconquérir les territoires aux mains de l'EI, dont la deuxième ville du pays Mossoul.

Cinq ans après la mort d'Oussama ben Laden dans un raid américain, le directeur de la CIA John Brennan a estimé dimanche qu'éliminer le chef du groupe État islamique (EI), Abou Bakr al-Bagdadi, aurait un «impact» important sur l'organisation djihadiste qui a éclipsé Al-Qaïda.

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