Le dirigeant des Kurdes d'Irak veut un référendum sur l'indépendance

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«Les conditions sont maintenant réunies pour que le peuple prenne une décision sur son avenir par référendum», a déclaré Massoud Barzani, 18 mois après son dernier appel public en ce sens.

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W.G. Dunlop
Agence France-Presse
BAGDAD

Le principal dirigeant du Kurdistan irakien a de nouveau appelé à la tenue d'un référendum sur un État kurde dans le nord de l'Irak, prenant le risque de faire monter la tension avec Bagdad en pleine guerre contre les djihadistes.

Alors que cette région, autonome depuis 1991, fait face à une crise institutionnelle et financière, son dirigeant Massoud Barzani a affirmé que «l'heure était venue» pour les Kurdes d'Irak de se prononcer par référendum sur la création d'un État, selon un communiqué publié mercredi.

«Les conditions sont maintenant réunies pour que le peuple prenne une décision sur son avenir par référendum», a déclaré M. Barzani, 18 mois après son dernier appel public en ce sens.

«Ce référendum ne mènerait pas nécessairement à la création immédiate d'un État (kurde), mais permettrait de connaître la volonté et l'opinion du peuple du Kurdistan concernant son avenir», a ajouté le dirigeant kurde sans préciser à quel horizon il envisageait la tenue de ce scrutin.

Le mandat de président de M. Barzani, élu en 2005, est arrivé à échéance en août 2015, mais il est resté au pouvoir malgré les critiques des partis de l'opposition.

Ce problème institutionnel se double d'une crise financière dans cette région riche en pétrole durement frappée par la chute des cours du brut, qui ne peut pas, contrairement à un État, faire appel aux marchés obligataires pour emprunter de l'argent et financer ses besoins budgétaires.

Le versement des salaires de certains fonctionnaires du gouvernement du Kurdistan irakien est en retard de plusieurs mois.

De plus, le Kurdistan, qui était une destination touristique prisée il y a encore deux ans en raison de la sécurité qui y régnait, a subi les contrecoups de l'offensive à l'été 2014 du groupe djihadiste État islamique (EI) qui a vu des centaines de milliers de personnes chassées de chez elles s'y réfugier.

Ce contexte économique difficile, amplifié par le coût de la lutte militaire contre l'EI, semble un obstacle sérieux aux velléités d'indépendance des Kurdes d'Irak. Au moins tant que le prix de l'or noir sera si bas et qu'il faudra financer la lutte anti-EI.

Pour l'analyste Kirk Sowell qui publie la lettre d'information Inside Iraqi Politics, la déclaration de M. Barzani est surtout un geste politique, car «rien sur le terrain ne justifie un référendum maintenant».

«Vous ne formez pas un nouvel État quand vous êtes en pleine déroute économique et c'est pour cela que Barzani évoque une date ultérieure», a-t-il ajouté.

Contentieux

Sur le plan politique, au-delà du principe même d'un référendum d'autodétermination - auquel le gouvernement fédéral est opposé -, c'est l'aire géographique sur laquelle il serait organisé qui fera sûrement l'objet d'un contentieux entre Bagdad et les Kurdes.

Le Kurdistan irakien est en effet officiellement formé de trois provinces irakiennes (Erbil, Dohouk et Souleimaniyeh), mais ses forces contrôlent actuellement des secteurs dans quatre autres provinces que Bagdad veut absolument garder dans le giron fédéral.

C'est le cas notamment de la province multiethnique et riche en pétrole de Kirkouk, principalement tenue par les forces kurdes.

Les peshmergas se sont installés sur ces territoires disputés lorsque les troupes irakiennes ont fui face à l'avancée de l'EI en 2014. Depuis, ils sont devenus un allié de poids dans le nord de l'Irak pour la coalition antidjihadistes menée par Washington, qui n'hésite pas à les appuyer par des raids aériens.

En plus de Bagdad, voire de Washington, la Turquie pourrait aussi avoir son mot à dire sur ce projet d'autodétermination kurde.

Ankara est certes un partenaire économique de premier plan pour le gouvernement de Massoud Barzani, qui exporte son pétrole via la Turquie, sans passer par le gouvernement fédéral, depuis l'échec l'an dernier d'un plan de partage des revenus pétroliers avec Bagdad.

Mais le projet de création d'un État kurde à sa frontière n'entre probablement pas dans les plans actuels d'Ankara, qui a intensifié ces derniers mois sa lutte contre les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

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