Le schisme entre sunnites et chiites ravivé

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Des chiites ont manifesté hier à Sitra, une île de Bahreïn, à la suite de l'exécution du dignitaire religieux Nimr al-Nimr par l'Arabie saoudite.

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La querelle entre l'Iran et l'Arabie saoudite ravive les tensions entre sunnites et chiites dans le grand monde musulman. Rien de nouveau sous le soleil du Moyen-Orient: ces deux courants de l'islam rivalisent depuis la mort du prophète Mahomet. Quatre éléments pour comprendre.

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Des musulmans vénèrent la tombe d'Abbas ibn Ali ibn Abi-Talib, fils d'Ali, premier imam chiite, dans la ville irakienne de Kerbela. 

PHOTO AHMED AL-HUSSEINI, REUTERS

LA RUPTURE ORIGINELLE

Un seul islam existait à la mort de Mahomet, en 632. Ce dernier n'a cependant pas nommé de successeur pour prendre les rênes de l'empire qu'il avait réussi à consolider dans la péninsule arabique. Si certains ont privilégié le compagnon de Mahomet, le calife Abou Bakr, d'autres pensaient que sa succession devait revenir à son gendre et cousin, Ali, ainsi qu'à sa descendance (les imams). 

Le conflit entre les deux camps a mené à une guerre qui a duré 15 ans et s'est soldée par l'assassinat d'Ali. Les deux fils de ce dernier n'ont pas pour autant baissé les bras, mais en 680, Hassan a été empoisonné et Hussein a été massacré à Kerbala, en Irak, marquant un schisme permanent entre les deux groupes. 

Les partisans d'Ali et de ses fils ont reçu beaucoup plus tard le nom de « chiites » et constituent à ce jour 15 % des 1,6 milliard de musulmans dans le monde. Les chiites sont majoritaires en Iran, en Azerbaïdjan, en Irak et à Bahreïn et constituent une minorité dans la plupart des autres pays musulmans. Le chiisme n'est pas unitaire et a connu d'autres subdivisions, notamment les sectes alaouites (dont est issu le président syrien Bachar al-Assad) et ismaéliennes, dirigées par l'Aga Khan.

Les autres musulmans, regroupés en quatre écoles majeures, ont pris le nom de « sunnites » au IXe siècle. Cette appellation fait référence à la « sunna », ou tradition établie par Mahomet au cours de sa vie, qui est au coeur de la pratique sunnite.

Tous les musulmans doivent respecter les cinq mêmes... (PHOTO MOHAMMED AL-SHAIKH, ARCHIVES AFP) - image 2.0

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Tous les musulmans doivent respecter les cinq mêmes piliers de l'islam, parmi lesquels la prière. 

PHOTO MOHAMMED AL-SHAIKH, ARCHIVES AFP

FRÈRES SIAMOIS

Tous les musulmans - qu'ils soient chiites ou sunnites - doivent respecter les cinq mêmes piliers de l'islam, soit la prière cinq fois par jour, la profession de foi à un Dieu unique et à son prophète Mahomet, l'aumône ainsi que le jeûne pendant le mois du ramadan. De plus, tous les musulmans qui le peuvent doivent faire un pèlerinage à La Mecque au moins une fois dans leur vie. Chiites et sunnites partagent aussi un seul livre saint, le Coran. 

Les deux courants de l'islam diffèrent quelque peu dans leur organisation (le chiisme est plus centralisé que le sunnisme, comme la religion catholique par rapport au protestantisme), ainsi que sur le plan de la doctrine et de la loi islamique (sharia) qu'ils respectent. Cependant, les principales différences sont plus politiques que religieuses.

L'ayatollah Khomeini (au centre), guide spirituel de la... (PHOTO ARCHIVES AP) - image 3.0

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L'ayatollah Khomeini (au centre), guide spirituel de la révolution iranienne de 1979. 

PHOTO ARCHIVES AP

RIVALITÉ HISTORIQUE

Les chiites, minoritaires dans la plupart des pays musulmans, ont subi beaucoup de discrimination à travers les siècles, étant vus par beaucoup de sunnites comme des hérétiques. La révolution iranienne de 1979 et l'établissement d'une théocratie chiite qui a suivi ont changé la donne. La République islamique iranienne, qui contrôle d'importantes ressources pétrolières, est devenue une importante rivale économique, politique et religieuse des pays sunnites avoisinants. 

Le régime de Téhéran s'est aussi porté rapidement à la défense de groupes chiites dans la région, en appuyant notamment le Hezbollah au Liban ou, ces jours-ci, la rébellion houthie au Yémen. Résultat : les puissances, comme l'Arabie saoudite et l'Iran, se font la guerre par pays interposés depuis des décennies. 

La guerre en Syrie en est le plus récent exemple. Alors que l'Iran soutient le régime de Bachar al-Assad, l'Arabie saoudite nourrit plusieurs groupes de rebelles sunnites qui s'opposent à Assad. Il y a un mois, les deux pays se sont assis à la même table pour parler d'un ennemi commun, le groupe État islamique, ainsi que de la sortie de crise en Syrie, mais l'accalmie a été de courte durée. L'exécution d'un leader de la minorité chiite en Arabie saoudite le 2 janvier a mis de l'huile sur le feu qui sommeillait entre les deux puissances régionales. 

Des pays majoritairement sunnites ou Bahreïn, un pays majoritairement chiite, mais dirigé par une monarchie sunnite, se sont rangés dans le camp de l'Arabie saoudite après que des protestataires iraniens ont pris d'assaut deux représentations diplomatiques saoudiennes à Téhéran et à Machhad. Le ton monte de jour en jour. À noter, la querelle irano-saoudienne coïncide avec la levée des sanctions contre l'Iran, conséquences de l'accord nucléaire conclu en juillet dernier et auquel l'Arabie saoudite s'oppose.

L'Irak, majoritairement chiite, mais dirigé durant 23 ans... (PHOTO GORAN TOMASEVIC, ARCHIVES REUTERS) - image 4.0

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L'Irak, majoritairement chiite, mais dirigé durant 23 ans par le sunnite Saddam Hussein, a connu d'importantes guerres de pouvoir sectaires après la chute du régime dictatorial en 2003. 

PHOTO GORAN TOMASEVIC, ARCHIVES REUTERS

LA BOÎTE DE PANDORE

Si la rivalité entre les courants de l'islam est historique, les tensions communautaires ont connu une recrudescence marquée depuis l'invasion américaine de l'Irak en 2003. Ce pays, majoritairement chiite, mais dirigé pendant 23 ans par Saddam Hussein, de confession sunnite, a connu d'importantes guerres de pouvoir sectaires après la chute du régime dictatorial. 

Le Printemps arabe a continué d'exacerber les divisions. Dans un pays comme Bahreïn, l'Arabie saoudite est intervenue militairement pour réprimer la mobilisation chiite. En Syrie, l'Iran a participé à la répression contre les manifestants civils, majoritairement sunnites. « En ce moment, il y a une bataille entre la maison de Saud et le Guide suprême de l'Iran. C'est une guerre d'influence, mais la ligne religieuse sert à galvaniser les populations. Si la rue iranienne et la rue saoudienne y croient, la division devient réelle », note Pierre Pahlavi, expert du Moyen-Orient au Collège des Forces canadiennes. Ce dernier craint une escalade de la violence dans la région, entre les gouvernements, mais aussi au sein des populations. « Ce serait une catastrophe et ça aurait un impact sur l'Europe, l'Afrique du Nord et l'Asie centrale », croit M. Pahlavi.

Source: Atlas de l'islam

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