Obama présente ses excuses à Médecins sans frontières

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Barack Obama a appelé, depuis le Bureau ovale, la présidente internationale de l'organisation, Joanne Liu.

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Jérôme CARTILLIER, Guillaume DECAMME
Agence France-Presse
Kaboul et Washington

Le président américain Barack Obama a présenté mercredi ses excuses à Médecins sans Frontières après le bombardement par l'armée américaine samedi d'un hôpital de l'ONG à Kunduz, en Afghanistan, qui a fait 22 morts.

Le général John Campbell, commandant des 13 000 soldats étrangers encore déployés en Afghanistan, doit témoigner jeudi devant une commission de la Chambre des représentants.

Devant la commission des forces armées du Sénat, il avait expliqué mardi que la frappe américaine avait été demandée par les Afghans mais décidée par la chaîne de commandement américaine.

L'organisation humanitaire a quant à elle réclamé une enquête internationale indépendante sur ce bombardement, assurant ne pas faire confiance à celle menée par le Pentagone sur cette tragédie qu'elle a qualifié de crime de guerre.

Barack Obama a appelé, depuis le Bureau ovale, la présidente internationale de l'organisation, Joanne Liu, pour «s'excuser et présenter ses condoléances», a annoncé son porte-parole Josh Earnest. Il a également exprimé ses regrets au cours d'une conversation avec son homologue afghan Ashraf Ghani.

M. Earnest est cependant resté évasif sur les appels en faveur d'une enquête indépendante, se bornant à assurer que celle confiée à l'armée américaine aboutirait à un récit «transparent, complet et objectif».

Trois enquêtes, une américaine, une afghane et une de l'OTAN, ont été diligentées. Mais Joanne Liu a réclamé une «commission internationale humanitaire» pour établir les faits qui ont causé la mort de 12 employés de l'ONG et dix patients, et la destruction du bâtiment principal de l'hôpital de Kunduz, vital pour les civils pris dans le feu des combats entre l'armée afghane et les talibans.

«Cela n'a pas été uniquement une attaque contre notre hôpital. Cela a été une attaque contre les Conventions de Genève. Nous ne saurions le tolérer», a-t-elle affirmé.

Signées en 1949, les Conventions de Genève encadrent le comportement à adopter par les belligérants d'un conflit afin de protéger les blessés et les malades «en toutes circonstances».

MSF demande que l'enquête soit menée par la Commission d'enquête internationale humanitaire, créée officiellement en 1991 dans ce cadre. Pour que la Commission puisse se saisir d'un dossier, au moins un des 76 États l'ayant reconnue doit demander l'ouverture d'une enquête.

A New York, le directeur exécutif de MSF pour les États-Unis, Jason Cone, en a directement appelé mercredi au président Obama pour qu'il «consente» à cette commission. «Le faire enverra un signal fort de l'engagement des États-Unis et de son respect de la loi humanitaire internationale et des règles de guerre», a-t-il dit.

Les soldats «ne voyaient pas la cible 

L'ONG réfute le terme d'«erreur» par lequel le général John Campbell a qualifié la frappe. Mego Terzian, président de MSF France, a souligné que l'ONG avait préventivement transmis les coordonnées GPS de son hôpital aux armées américaine et afghane.

Selon le New York Times, citant mercredi son entourage, le général Campbell estime désormais que les forces spéciales américaines «n'ont pas respecté» la marche à suivre avant de procéder au bombardement samedi de l'hôpital.

Un bombardement est légitime pour «éliminer des terroristes, protéger des soldats américains en difficulté et soutenir les troupes afghanes», explique le quotidien. Or la frappe de Kunduz «n'entrait très probablement dans aucune de ces catégories», a estimé le général Campbell, dont les propos en privé ont été rapportés par son entourage.

Les soldats américains qui ont procédé à la frappe «ne voyaient pas la cible» que leurs homologues afghans leur demandaient de viser, selon la même source.

Pour se justifier, l'armée afghane a argué que des rebelles talibans se trouvaient à l'intérieur de l'établissement et leur tiraient dessus dans le cadre d'âpres combats la semaine dernière pour le contrôle de cette ville stratégique du nord afghan, près de la frontière du Tadjikistan.

Interrogé par l'AFP, un responsable taliban a expliqué que des insurgés se sont bel et bien rendus à l'hôpital mais qu'ils l'ont quitté «12 heures avant le bombardement».

Le fait que les talibans aient réussi à s'emparer de la ville, même brièvement, a démontré que les forces afghanes n'étaient pas encore prêtes à tenir leur terrain face aux insurgés.

Reconnaissant la situation, le général Campbell a indiqué qu'il proposait de muscler le dispositif militaire américain après 2016. Pour l'instant, les États-Unis ne prévoient de maintenir en Afghanistan qu'une force résiduelle d'un millier de soldats, contre 9800 actuellement.

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