Bombardement de l'hôpital de Kunduz: MSF veut une enquête internationale

Joanne Liu, la présidente de Médecins sans Frontière,... (Photo Denis Balibouse, Reuters)

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Joanne Liu, la présidente de Médecins sans Frontière, a réclamé une «commission internationale humanitaire pour établir les faits» qui ont mené à la mort de 12 employés de l'ONG et 10 patients.

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Guillaume Decamme, Nina LARSON
Agence France-Presse
Genève et KABOUL

Médecins sans Frontières (MSF) a réclamé mercredi une enquête internationale sur le bombardement américain de son hôpital de Kunduz, fatal à 22 personnes, malgré l'admission d'une frappe «par erreur» et ne respectant pas les règles d'engagement par le commandant de l'OTAN en Afghanistan.

Trois enquêtes, une américaine, une afghane et une de l'OTAN, ont déjà été diligentées sur cette affaire, mais MSF, qui s'est empressée d'accoler le vocable de «crime de guerre» à la tragédie, a soutenu mercredi «ne pas faire confiance à une enquête militaire interne».

Sa présidente, Joanne Liu, a réclamé une «commission internationale humanitaire pour établir les faits» qui ont mené à la mort de 12 employés de l'ONG et 10 patients, et à la destruction du bâtiment principal de l'hôpital de Kunduz, un établissement vital pour les civils pris dans le feu des combats entre l'armée afghane et les talibans.

«Cela n'a pas été uniquement une attaque contre notre hôpital. Cela a été une attaque contre les Conventions de Genève. Nous ne saurions le tolérer», a affirmé Mme Liu qui a aussitôt reçu le soutien du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Signées en 1949, les Conventions de Genève encadrent le comportement à adopter par les belligérants d'un conflit afin de protéger les blessés et les malades «en toutes circonstances».

MSF demande que l'enquête soit menée par la Commission d'enquête internationale humanitaire. Ce mécanisme existe depuis 1971, mais la commission n'a jamais été encore utilisée. Jusqu'ici, les gouvernements n'ont jamais voulu, ou osé, créer un précédent, a affirmé MSF.

Car l'ONG réfute le terme d'«erreur» par lequel le général américain John Campbell, commandant des 13 000 soldats étrangers encore déployés en Afghanistan, a qualifié mardi la frappe.

Mais selon Mego Terzian, président de MSF France, ce bombardement «n'était malheureusement pas une erreur». Une «erreur» d'autant moins possible, d'après l'ONG, qu'elle assure avoir préventivement transmis les coordonnées GPS de son hôpital aux armées américaine et afghane.

«Ils ne voyaient pas la cible»

Devant la commission des forces armées du Sénat, le général Campbell avait expliqué mardi que la frappe américaine a été demandée par les Afghans, mais décidée par la chaîne de commandement américaine.

Selon le New York Times, qui citait mercredi son entourage, le général Campbell estime désormais que les forces spéciales américaines «n'ont pas respecté» la marche à suivre avant de procéder au bombardement samedi de l'hôpital de MSF à Kunduz.

Un bombardement est légitime pour «éliminer des terroristes, protéger des soldats américains en difficulté et soutenir les troupes afghanes», explique le quotidien. Or la frappe de Kunduz «n'entrait très probablement dans aucune de ces catégories», juge le général Campbell, dont les propos en privé ont été rapportés au quotidien par son entourage.

Pis, les soldats américains qui ont procédé à la frappe «ne voyaient pas la cible» que leurs homologues afghans leur demandaient de viser, selon la même source.

Pour se justifier, l'armée afghane a argué que des rebelles talibans se trouvaient à l'intérieur de l'établissement d'où ils leur tiraient dessus dans le cadre d'âpres combats la semaine dernière pour le contrôle de cette ville stratégique du nord afghan, près de la frontière du Tadjikistan.

Interrogé par l'AFP, un responsable taliban a expliqué que des insurgés se sont bel et bien rendus à l'hôpital, mais qu'ils l'ont quitté «12 heures avant le bombardement».

Un maintien américain

Le fait que les talibans aient réussi à s'emparer de la ville, même brièvement, a démontré que les forces afghanes n'étaient pas encore prêtes à tenir leur terrain face aux insurgés.

Reconnaissant la situation, le général Campbell a indiqué qu'il proposait de muscler le dispositif militaire américain après 2016.

Pour l'instant, les États-Unis ne prévoient de maintenir en Afghanistan qu'une force résiduelle d'un millier de soldats, contre 9800 en ce moment. Cette force serait concentrée à l'ambassade à Kaboul. Selon le Washington Post, le général Campbell a présenté cinq options, d'une présence résiduelle à une force de 7000 hommes après 2016.

En quatorze ans de présence en Afghanistan, Washington a dépensé quelque 60 milliards de dollars pour constituer une armée afghane. Malgré ces efforts, cette armée «ne possède pas la capacité de combat et les forces pour protéger toutes les régions du pays», a souligné le général Campbell.

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