Israël accélère les destructions punitives de maisons

Une Palestinienne marche dans les ruines d'une maison... (PHOTO THOMAS COEX, AFP)

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Une Palestinienne marche dans les ruines d'une maison démolie par les autorités israéliennes dans le quartier de Jabal Moukaber à Jérusalem-Est, le 6 octobre.

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Laurent LOZANO, Sarah BENHAIDA
Agence France-Presse
JÉRUSALEM, BETHLÉEM

Israël a démoli mardi deux maisons de Palestiniens pour punir les auteurs d'attentats et appliquer les ordres du premier ministre Benyamin Nétanyahou de réprimer sans merci la flambée de violences qui se poursuivait à Jérusalem et en Cisjordanie occupée.

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Le président palestinien Mahmoud Abbas a affirmé ne pas vouloir d'une «escalade militaire et sécuritaire» avec Israël alors que la montée des tensions fait craindre un embrasement.

M. Abbas a ainsi manifesté son positionnement le plus clair depuis plusieurs jours, quelques heures après la destruction de deux logements de Palestiniens.

Les policiers, les soldats et les artificiers israéliens «sont arrivés vers minuit et ont évacué tout le monde» avant de «faire sauter vers 5 h 20» le logement, a déclaré à l'AFP Yasser Abou, un habitant de Jérusalem-Est, devant l'appartement éventré de Ghassan Abou Jamal.

Israël a aussi détruit le domicile de Mohammed Jaabis dans le même quartier de Jabal Moukaber, en face de la Vieille ville. Les deux hommes étaient accusés de deux attentats distincts remontant à 2014, dont la plus meurtrière des attaques des derniers mois en Israël. Ghassan Abou Jamal et son cousin avaient tué à l'arme à feu et au hachoir quatre fidèles juifs et un policier dans une synagogue de Jérusalem-Ouest le 18 novembre. Hassan Abou Jamal, son cousin et Mohamed Jaabis avaient été abattus.

Leurs logements ont été détruits quelques heures après l'annonce de l'accélération des démolitions punitives par M. Nétanyahou. Le premier ministre a aussi donné toute latitude d'action à la police et à l'armée face à la vague de violences qui parcourt la Cisjordanie et Jérusalem-Est et réveille le spectre d'une nouvelle intifada.

Jérusalem-Est, partie palestinienne de Jérusalem annexée et occupée par Israël, et la Cisjordanie sont en proie à une multiplication des attaques et des heurts entre Palestiniens et forces de sécurité et colons israéliens.

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«Mort pour la patrie»

Une centaine de jeunes masqués et arborant le keffieh palestinien, parmi lesquelles quelques filles dans une foule de plusieurs centaines de jeunes, ont attaqué les soldats israéliens à coups de pierres à Bethléem, en Cisjordanie, après les funérailles de l'un des leurs, Abdel Rahmane Abdallah, 13 ans, tué la veille par des tirs israéliens. Les Israéliens ont répliqué par un barrage de gaz lacrymogènes et de projectiles en caoutchouc, a constaté une journaliste de l'AFP.

Des affrontements se sont également produits à Qalandia et près d'Hébron, en Cisjordanie, et dans le quartier de Chouafat, à Jérusalem-Est. Cinquante-quatre Palestiniens ont été hospitalisés mardi, a dit le ministère de la Santé palestinien.

Depuis jeudi, quatre Israéliens ont été tués dans des attentats en Cisjordanie et dans la Vieille ville de Jérusalem. Du côté palestinien, deux jeunes accusés d'attaques au couteau ont été tués à Jérusalem et deux autres en Cisjordanie lors d'affrontements au cours desquels les soldats israéliens tirent de plus en plus systématiquement à balles réelles.

«Mon fils est parti pour l'école, il a pris son cartable et n'est jamais rentré auprès de sa mère», a raconté Dalal, la mère d'Abdel Rahmane Abdallah, juste avant l'enterrement suivi par un millier de personnes. Pour elle, son fils est «mort pour la patrie».

De très nombreux adolescents et enfants prennent part aux affrontements. Mais le sentiment de frustration ou d'exaspération est répandu parmi tous les Palestiniens qui attendent leur État depuis presque 70 ans.

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Caméras en Cisjordanie

À mesure que les tensions montaient, M. Nétanyahou a annoncé toute une série de mesures, dont le déploiement de centaines de soldats supplémentaires en Cisjordanie et de milliers de policiers à Jérusalem ou un assouplissement des règles d'ouverture du feu à Jérusalem. Israël a pris aussi la disposition exceptionnelle de fermer la Vieille ville de Jérusalem aux Palestiniens dimanche et lundi.

M. Nétanyahou a annoncé mardi la mise en place de caméras sur les routes de Cisjordanie pour protéger les colons, après s'être rendu sur les lieux où un couple de colons israéliens est mort criblé de balles jeudi lors d'une attaque imputée par Israël au mouvement islamiste Hamas.

M. Nétanyahou est confronté à la colère des colons et aux pressions jusqu'au sein de son gouvernement pour, non seulement réprimer plus durement les violences, mais annoncer de nouvelles colonies.

Il navigue sur une voix étroite entre l'exigence de préserver une majorité précaire et la nécessité de ne rien faire qui aggrave la situation. L'annonce de nouvelles colonies menacerait de braquer les Palestiniens et la communauté internationale.

Une mesure controversée

En démolissant les maisons de deux Palestiniens accusés d'attentats remontant à 2014, Israël renoue à Jérusalem avec une punition censée frapper les esprits, mais qui est jugée intolérable pour les Palestiniens et contestée parmi les Israéliens.

Israël a longtemps renoncé à cette forme de punition à Jérusalem même, tout en la pratiquant largement en Cisjordanie occupée.

Il l'a remise en vigueur à Jérusalem le 19 novembre 2014 sur instruction du premier ministre Benyamin Nétanyahou. Israël avait alors fait sauter à l'explosif le logement d'Abdelrahmane Shalodi, qui avait tué une Équatorienne et un bébé de 22 mois dans une attaque à la voiture-bélier le 22 octobre, avant d'être abattu.

À l'époque, alors que les tensions étaient déjà vives, des ordres de démolition avaient été délivrés contre plusieurs autres maisons. Le gouvernement les avait laissés en suspens depuis lors, peut-être dans l'attente d'un moment plus propice, ou à cause de la difficulté à les mettre en oeuvre, dans le chaudron du camp de réfugiés de Chouafat par exemple.

Avant novembre 2014, Israël n'avait plus procédé à de telles démolitions punitives à Jérusalem depuis 2009, selon Daniel Seidemann, un avocat israélien spécialisé dans les affaires concernant la ville.

Les destructions sont censées donner à réfléchir aux auteurs d'attentats potentiels qui, s'ils ne craignent pas pour leur vie, pourraient penser à ceux qu'ils laissent derrière eux.

Pour l'organisation israélienne de défense des droits de l'homme B'Tselem, les premières victimes des démolitions sont en effet les proches qui paient pour les agissements d'un autre. L'effet dissuasif de la mesure est contesté. Pour une partie de la communauté internationale, y compris l'allié américain d'Israël, elle ne fait qu'attiser les tensions.

Les responsables de la Défense semblaient partager ce point de vue en 2005 à la fin de la deuxième Intifada quand, après 664 destructions de maisons à travers les Territoires occupés au cours des années précédentes, ils avaient ordonné la fin des démolitions. Au lieu d'être dissuasives, elles poussaient les Palestiniens à perpétrer plus d'attentats, estimait l'armée.

En dehors de Jérusalem, elles ont cependant continué. L'armée israélienne a détruit en septembre dans le camp de réfugiés de Jénine la maison d'un homme présenté comme un responsable du Hamas, qu'elle avait libéré quelques jours plus tard.

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