Crise des déchets au Liban: un ministère occupé puis évacué

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Des membres de la sécurité tentent de se frayer un chemin alors que des protestataires sont assis à même le sol dans un couloir du ministère de l'Environnement, à Beyrouth, le 1er septembre.

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Rana MOUSSAOUI
Agence France-Presse
BEYROUTH

La police a évacué de force mardi les dizaines de militants de la société civile qui ont occupé le ministère de l'Environnement à Beyrouth pour protester contre son incapacité à régler la crise des ordures, une escalade inédite d'un vaste mouvement anticorruption.

Devant le ministère, dans le centre-ville de Beyrouth, des centaines de personnes étaient toujours rassemblées en soirée pour exprimer leur solidarité avec les militants évacués et de violentes échauffourées les opposaient par intermittence aux policiers anti-émeutes.

«Nous continuerons! Révolution! Notre volonté est la plus forte! a scandé la foule, alors que la campagne citoyenne «Vous puez», qui dirige le mouvement de protestations, a affirmé que plusieurs de ses partisans avaient été «frappés» durant leur évacuation forcée.

Les organisateurs de cette campagne avaient lancé un ultimatum qui a expiré à 19H00 locales (16H00 GMT) pour obtenir la démission du ministre de l'Environnement Mohammad Machnouk et trouver une solution durable à la crise des ordures qui dure depuis un mois et demi.

Mais au-delà de cette crise, la mobilisation illustre le ras-le-bol de la population face à la corruption endémique, à la paralysie des institutions politiques et au délabrement des services publics, 25 ans après la fin de la guerre civile.

Depuis la première manifestation, organisée le 22 août dans le cadre de ce mouvement, le gouvernement miné par ses divisions n'a pris aucune décision pour répondre aux exigences des protestataires, et le ministre Machnouk a refusé de démissionner.

- «Vous puez!»

Quelques heures après avoir fait sortir de force des dizaines de militants du siège du ministère, la police anti-émeutes a évacué en soirée quatorze militants qui s'y trouvaient encore.

«Ils nous ont obligés à sortir par la force, ils ont chassé les médias, coupé l'électricité, ils nous ont bousculés dans les escaliers étage par étage. Notre sit-in était pacifique mais ils ont eu recours à la violence», a dit Imad Bazzi, l'un des organisateurs.

Selon la Croix-rouge libanaise, il y a eu 16 blessés dont Lucien Bourjeily, un des organisateurs de la campagne qui a été hospitalisé. Les 15 autres blessés ont été soignés sur place «dont un pour suffocation et 14 pour des coups reçus».

Quant au ministre, il est parvenu à sortir ensuite du bâtiment dans un convoi, selon les médias locaux.

Les forces anti-émeutes étaient intervenues après le refus des militants de quitter le bâtiment, où ils avaient observé pacifiquement pendant plusieurs heures un sit-in dans un couloir, non loin du bureau du ministre qui y était présent.

«Dehors! Dehors! Machnouk dehors!» ou «Vous puez! Vous puez!» avaient-ils crié.

La police avait contraint les médias à quitter le bâtiment avant d'évacuer les militants.

Militants déterminés

«Les ordures sont devant toutes les maisons. Qui est responsable de cette situation? C'est lui, le ministre de l'Environnement qui assume cette responsabilité!», a dénoncé le militant Marwan Maalouf.

Les organisateurs ont affirmé mardi soir qu'ils étaient déterminés à poursuivre la contestation et que les prochaines initiatives seraient annoncées après concertation entre eux.

La crise des ordures a été provoquée à la mi-juillet par la fermeture de la plus grande décharge du Liban et l'amoncellement des déchets dans les rues.

La campagne «Vous puez» a mobilisé depuis des dizaines de milliers de Libanais qui sont descendus dans les rues pour fustiger la corruption de la classe politique et son immobilisme face à la crise.

Samedi, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans le centre-ville, le plus grand rassemblement depuis le début de la crise.

Les députés ont prolongé à deux reprises leur propre mandat depuis les élections en 2009, en raison des divisions politiques. Ils se montrent également incapables d'élire un président de la République, poste vacant depuis mai 2014.

En poste depuis 1992, le président du Parlement, Nabih Berri, est l'un des leaders de la classe politique conspuée par les militants qui réclament également l'organisation de nouvelles législatives.

La crise des déchets a commencé le 17... (PHOTO BILAL HUSSEIN, AP) - image 2.0

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La crise des déchets a commencé le 17 juillet, en pleine fête de fin de ramadan. Depuis cette date, la principale décharge du pays, à Naamé, au sud de Beyrouth, a été fermée.

PHOTO BILAL HUSSEIN, AP

Élément de surprise

Un des organisateurs de la campagne, Lucien Bourjeily, avait affirmé à l'AFP que les jeunes «ne quitteraient pas les lieux avant la démission de M. Machnouk» et qu'ils avaient décidé d'agir avant l'expiration du délai «pour l'élément de surprise. Ils ne s'attendaient pas à ce qu'on agisse maintenant».

«S'ils répondent à nos revendications avant l'expiration du délai, nous nous retirerons», avait-il ajouté.

M. Machnouk avait indiqué lundi qu'il allait se retirer de la commission ministérielle responsable du dossier des déchets, mais qu'il n'allait pas démissionner, provoquant la fureur des militants.

«Les ordures sont devant toutes les maisons. Qui est responsable de cette situation? C'est lui, le ministre de l'Environnement qui assume cette responsabilité!», s'était exclamé Marwan Maalouf, un autre organisateur de «Vous puez», présent parmi les jeunes au ministère.

La campagne de protestation a commencé avec la crise des ordures provoquée à la mi-juillet par la fermeture de la plus grande décharge du Liban et l'amoncellement des déchets dans les rues.

Samedi, une manifestation organisée sur l'emblématique Place des martyrs dans le centre de Beyrouth a rassemblé des dizaines de milliers de personnes scandant des slogans hostiles aux manquements de la classe politique, le plus grand rassemblement depuis le début de la crise.

Cette mobilisation illustre le ras-le-bol de la population face à la corruption endémique, au dysfonctionnement de l'État et à la paralysie des institutions politiques.

«Ce Parlement, c'est de l'ordure, c'est le Parlement qui s'est autoprorogé!», ont encore scandé les militants occupant le ministère.

Les députés ont prolongé à deux reprises leur propre mandat depuis les élections en 2009, en raison des divisions politiques, ce que les militants qualifient d'«illégitime». Ils se montrent également incapables d'élire un président de la République, poste vacant depuis mai 2014.

En plus du règlement de la question du traitement des déchets, les protestataires réclament l'organisation de nouvelles législatives.

Le pouvoir n'a pas encore officiellement réagi aux revendications de la société civile.

Le président du Parlement, Nabih Berri, un des leaders de la classe politique conspuée par les militants, a appelé à un dialogue entre dirigeants le 9 septembre, mais les militants ont dénoncé cette initiative comme un moyen de détourner l'attention de leurs revendications.

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