Face à la contestation populaire, Bagdad approuve des réformes majeures

Un policier surveille la foule de manifestants réunis... (Photo Karim Kadim, archives AP)

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Un policier surveille la foule de manifestants réunis au square Tahrir, à Bagdag, vendredi, pour dénoncer la corruption du gouvernement, neuf ans après la mort de l'ancien dictateur Saddam Hussein.

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W.G. Dunlop
Agence France-Presse
Bagdad

Le gouvernement irakien de Haider Al-Abadi a approuvé dimanche des réformes majeures prévoyant la suppression d'importants postes et de privilèges, à la suite d'une vague de protestations contre la corruption et la mauvaise gouvernance.

Mais ces réformes, dont certaines doivent normalement faire l'objet d'un amendement constitutionnel, devront encore être soumises à l'approbation du Parlement où la bataille risque d'être dure.

«Le gouvernement a approuvé à l'unanimité lors d'une session extraordinaire le premier plan de réformes présenté par le premier ministre», a précisé un communiqué officiel quelques heures après l'annonce des mesures envisagées par M. Abadi.

La plus drastique est la suppression «immédiate» des postes des trois vice-premiers ministres et trois vice-présidents. Ces derniers sont Nouri al-Maliki, le prédécesseur de M. Abadi et son principal rival, Oussama al-Noujaifi, ex-chef du Parlement, et Iyad Allawi, ex-premier ministre.

M. Maliki, dont les huit années au pouvoir ont été entachées d'accusations de corruption, d'autoritarisme et d'aliénation de la minorité sunnite, a apporté son soutien «à ces réformes qui sont nécessaires», tout comme M. Noujaifi.

«Le système est corrompu jusqu'à la moelle. La Constitution est décrépite, le cadre législatif est inadapté et la classe politique totalement corrompue et incompétente.»

Zaid al-Ali
constitutionnaliste et essayiste

Le plan prévoit également l'abolition «des quotas confessionnels» et propose que les responsables soient choisis selon leurs compétences et non leur appartenance confessionnelle ou ethnique. M. Abadi souhaite ainsi que les candidats aux postes à haute responsabilité soient désormais sélectionnés selon «leurs compétences, honnêteté et expérience» par un comité désigné par le premier ministre.

En Irak, où la communauté chiite est majoritaire, le chef de l'État est un Kurde, le premier ministre est un chiite et le chef du Parlement un sunnite, en vertu d'un accord tacite.

Corruption et incompétence de la classe politique

Ces annonces surviennent après la multiplication ces dernières semaines de manifestations à Bagdad et dans le sud du pays contre la corruption et l'incompétence de la classe politique, sur fond de coupures quotidiennes d'électricité par des températures dépassant les 50° Celsius.

La plus haute autorité chiite d'Irak, l'ayatollah Ali al-Sistani, avait lui aussi mis la pression vendredi sur M. Abadi en l'appelant à «être plus courageux et plus audacieux» dans la lutte contre la corruption et à dénoncer publiquement les politiciens hostiles aux réformes.

Le pays reste miné par les dissensions confessionnelles entre musulmans chiites et sunnites. Pendant le règne du sunnite Saddam Hussein, chiites et kurdes ont été opprimés, ce qui a nourri un ressentiment.

Neuf ans après la mort du dictateur, c'est maintenant la communauté sunnite qui s'estime aujourd'hui marginalisée et ces rancoeurs ont été mises à profit par le groupe djihadiste sunnite État islamique (EI) qui a pris de vastes régions du pays en juin 2014.

Réduction du train de vie des hauts fonctionnaires

Le plan de réformes propose également la «réduction immédiate et globale» du nombre de gardes du corps, dans un pays où des officiels ont de véritables escouades de protection, et d'autres en embauchent moins que permis pour empocher la différence de salaire.

La suppression des «provisions spéciales» allouées aux hauts responsables, en poste ou à la retraite, est également prévue.

Les hauts salaires, les voitures de fonction et les très généreuses retraites des hauts fonctionnaires ont été conspués dans les manifestations, alors que les finances du pays sont sévèrement touchées par la chute des prix du pétrole et les dépenses militaires.

En vertu de ces réformes, plusieurs dossiers de corruption, anciens ou récents, seront en outre rouverts sous la supervision d'une commission dédiée.

Un des postes éliminés est occupé par le très honni Bahaa al-Araji, vice-premier ministre en charge de l'Energie.

Le bureau du procureur Abdel Sattar Birakdar a annoncé dimanche que la cour anticorruption avait reçu l'ordre d'ouvrir une enquête sur les allégations contre M. Araji. Ce membre du parti de l'influent chef chiite Moqtada al-Sadr, a annoncé sa démission et s'est dit prêt à comparaître devant la justice pour se défendre des accusations de corruption.

«Le système est corrompu jusqu'à la moelle. La Constitution est décrépite, le cadre législatif est inadapté et la classe politique totalement corrompue et incompétente», fustige Zaid al-Ali, constitutionnaliste et auteur de La lutte pour le futur de l'Irak.

Pour cet expert, «tous les partis politiques profitent directement du système en place (...)».

Malgré ces annonces, certains militants veulent maintenir la pression sur les autorités et poursuivre les manifestations. Un rassemblement était ainsi prévu dimanche soir dans le centre de Bagdad.

«C'est un début, mais il faudra suivre l'application de ces réformes de très près pour voir si elles sont sérieuses et crédibles», souligne Nabil Jassem,  journaliste et un des principaux organisateurs du mouvement de contestation.

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