Le premier ministre israélien appelle à «éradiquer» le racisme

Quelque 10 000 personnes selon les médias, 3000 selon... (PHOTO JACK GUEZ, ARCHIVES AFP)

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Quelque 10 000 personnes selon les médias, 3000 selon la police, ont participé à la manifestation de dimanche, trois jours après un rassemblement à Jérusalem qui avait également dégénéré près de la résidence du premier ministre.

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Jean-Luc RENAUDIE
Agence France-Presse
JÉRUSALEM

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a appelé lundi à «éradiquer» le racisme après les violentes manifestations qui ont agité cette semaine la communauté des juifs israéliens d'origine éthiopienne.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou (à droite)... (PHOTO BUREAU DU PREMIER MINISTRE ISRAÉLIEN) - image 1.0

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Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou (à droite) a rencontré le soldat d'origine éthiopienne Sams Pakada passé à tabac par deux policiers. 

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«Nous devons être unis contre le phénomène du racisme, le dénoncer, et l'éradiquer», a déclaré M. Nétanyahou, cité dans un communiqué de ses services, à l'issue d'une rencontre de trois heures avec les représentants de la communauté éthiopienne.

M. Nétanyahou a ajouté qu'il avait chargé une commission ministérielle de s'attaquer aux problèmes d'intégration rencontrés par les Israéliens d'origine éthiopienne, notamment des difficultés dans le domaine de l'éducation, du logement et de l'emploi.

Les autorités essayaient lundi d'apaiser la colère des juifs israéliens d'origine éthiopienne, au lendemain des plus violentes manifestations organisées par cette communauté pour dénoncer le racisme de la police et les discriminations sociales.

Le président Reuven Rivlin a reconnu des «erreurs» de l'État israélien.

Plus d'une soixantaine de policiers et manifestants ont été blessés dimanche soir, selon un nouveau bilan policier, au cours d'une manifestation qui a dégénéré en émeutes et provoqué un débat national sur le racisme en Israël.

Les manifestants ont lancé des pierres, des bouteilles, retourné une voiture de police et tenté en vain de pénétrer de force dans les locaux de la municipalité. Les forces de l'ordre ont chargé avec des chevaux, tiré des grenades assourdissantes et utilisé des canons à eau.

Quelque 10 000 personnes selon les médias, 3000 selon la police, ont participé à la manifestation, trois jours après un rassemblement à Jérusalem qui avait également dégénéré près de la résidence du premier ministre.

Dix-neuf manifestants arrêtés dimanche devaient être présentés lundi devant un tribunal de Tel-Aviv en vue d'une prolongation de leur garde à vue, a indiqué une porte-parole de la police.



«Plaie ouverte et vive»

Cette vague de colère a été déclenchée par une vidéo montrant deux policiers en train de frapper il y a une semaine à Holon, près de Tel-Aviv, un soldat d'origine éthiopienne en uniforme, sans raison apparente. Cette vidéo a causé d'autant plus d'émotion que les Israéliens d'origine éthiopienne servent ou font la guerre comme les autres.

Ce soldat, Sams Pakada, a déclaré à la radio militaire qu'il n'avait pas pu participer à la manifestation de dimanche parce qu'il porte l'uniforme. «Je suis contre les violences, mais il faut écouter la voix de notre communauté», a-t-il ajouté.

Le premier ministre a admis dimanche soir qu'il y avait «lieu d'examiner toutes les plaintes (contre la police, NDLR), mais on ne peut accepter les violences».

Le président Rivlin, sorte d'autorité morale israélienne, est allé plus loin. Il a estimé lundi que les «manifestants de Jérusalem et de Tel-Aviv ont révélé une plaie ouverte et vive au coeur de la société israélienne (...) Nous devons nous pencher directement sur cette plaie ouverte. Nous avons commis des erreurs, nous n'avons pas assez ouvert les yeux et nous n'avons pas assez tendu l'oreille».

Une nouvelle manifestation était annoncée lundi en fin de matinée à Jérusalem devant le bureau du premier ministre. La police présente en force a fermé tous les accès au quartier, a constaté un journaliste de l'AFP, malgré l'absence de manifestants.

La communauté juive éthiopienne regroupe 135 500 personnes, dont plus de 50 000 sont nées en Israël. Ils descendent de communautés restées coupées des autres juifs pendant des siècles, que les autorités religieuses d'Israël ont tardivement reconnues comme membres de la foi juive.

«Ras-le-bol général»

Cette décision a entraîné l'organisation de deux ponts aériens, en 1984 et 1991, et l'émigration vers Israël de 80 000 Éthiopiens, qui ont dû franchir un énorme fossé culturel pour s'intégrer difficilement dans la société israélienne.

Selon l'Association israélienne pour les juifs éthiopiens, leur revenu moyen par personne est inférieur de 40 % à la moyenne. Dans la prison Ofek au nord de Tel-Aviv où sont détenus les mineurs, 30 % appartiennent à la communauté éthiopienne alors qu'ils ne représentent que 3 % des jeunes.

Plus d'un tiers des familles (38,5 %) vivent sous le seuil de pauvreté contre 14,3 % dans l'ensemble de la population juive, selon l'association.

«L'explosion de violence de dimanche n'est pas uniquement due aux violences policières, elle exprime aussi une colère contre les discriminations», explique Hagit Hovav, membre de l'association. Selon elle, les juifs éthiopiens «veulent être des Israéliens à part entière et jouir de l'égalité des chances».

Wonde Akale, directeur général des organisations de personnes originaires d'Éthiopie en Israël, âgé de 54 ans et arrivé en 1985, parle lui aussi d'un «ras-le-bol général».

«Les jeunes de notre communauté nés ici, qui font l'armée, se sentent exclus uniquement à cause de la couleur de leur peau. La société israélienne nous a relégués dans des ghettos», déplore-t-il.

Benny Malassa, un militant de 41 ans, proclame que sa communauté «va continuer à se battre, mais sans violence».

«J'aime ce pays et je veux que mes enfants aient un avenir ici. Mais aujourd'hui, je me sens plus noir que juif, car l'État a fait de nous des citoyens de seconde zone», dénonce-t-il.

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