L'ombre de Saddam Hussein plane toujours sur l'Irak

Les cris hostiles de «Mort aux Baassistes» ont... (PHOTO SABAH ARAR, AFP)

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Les cris hostiles de «Mort aux Baassistes» ont accompagné le transport du corps présumé de Douri lorsqu'il a été remis aux autorités le 20 avril.

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Karim ABOU MERHI
Agence France-Presse
BAGDAD

Douze ans après sa chute, le régime de Saddam Hussein continue à hanter l'Irak comme l'a illustré le choc provoqué par les rumeurs sur la mort d'Ezzat Ibrahim al-Douri, l'ancien numéro deux qui a apporté son soutien aux djihadistes.

Les cris hostiles de «Mort aux Baassistes» ont accompagné le transport du corps présumé de Douri lorsqu'il a été remis aux autorités le 20 avril.

Bagdad n'a pas encore confirmé le décès de cet homme, parmi les plus recherchés du pays, qui aurait été tué dans les combats dans la région de Tikrit (nord) entre les forces gouvernementales et les djihadistes du groupe État islamique (EI). Sa mort n'a pas été confirmée par les autorités.

Son décès ne serait «pas moins important» que l'exécution en 2006 de Saddam Hussein, a jugé Jassem al-Jazairi, un responsable de la Brigade Hezbollah, groupe paramilitaire chiite soutenu par l'Iran qui a remis le corps au gouvernement.

Mais le «Baas est toujours là et ce serait une erreur de penser que le parti et les Baassites ont disparu», prévient Ihsane al-Chammari, professeur de Sciences politiques à l'Université de Bagdad.

Baassistes toujours «actifs»

Car «si des symboles comme Saddam ou Ezzat al-Douri ont disparu, de nombreux dirigeants sont toujours actifs et essaient de renverser le système politique démocratique en Irak», selon lui.

Le Baas a dominé l'Irak depuis le coup d'État de 1968 jusqu'à l'intervention militaire américaine de 2003 qui a mis fin au régime de Saddam Hussein.

Les Baassistes ont ensuite joué un rôle clé dans l'insurrection contre les Américains avant de se rapprocher de l'EI. Selon des documents obtenus par l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, un ex-officier de Saddam Hussein a ainsi été le «plus important stratège» ayant planifié l'expansion de l'EI en Syrie et son retour en Irak l'an dernier.

Selon M. Chammari, ces documents ont convaincu en Irak sur le fait que l'EI n'était qu'une façade pour les Baassistes qui tentent de récupérer le pouvoir.

Dans sa dernière vidéo mise en ligne en juillet 2014, Douri avait qualifié de «héros» les djihadistes qui se sont emparés à partir de juin 2014 de larges pans de l'Irak avec le soutien de certains caciques de l'ancien régime.

Recherché depuis 2003, Douri était étroitement lié à l'Armée des hommes de la Naqshbandiyya (JRTN), qui compte un nombre important de combattants au sein de l'insurrection.

Dès son arrivée en Irak, le «proconsul» américain Paul Bremer avait signé en mai 2003 le décret sur la «débaassification» de la société et le démantèlement de l'armée. Des centaines de milliers de soldats et d'officiers aguerris ont ainsi été limogés au motif qu'ils avaient servi dans l'armée de Saddam Hussein.

Les détracteurs de la débaassification estiment qu'elle tendait à être utilisée systématiquement contre la minorité sunnite, dont Saddam Hussein était issu.

«Exclu de tout»

Autrefois général de l'armée sous Saddam Hussein, Abou Moutlak est devenu chauffeur de taxi pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. Il explique que l'amertume a poussé beaucoup de ses ex-collègues à combattre le pouvoir.

«Comment voulez-vous que je participe à la construction d'un nouveau système politique qui m'a exclu et m'a tout volé?», s'interroge-t-il.

Même un lien ténu avec l'ancien régime peut faire vaciller une carrière. Comme celle de Rafid Jabouri, porte-parole du premier ministre Haider al-Abadi, contraint de démissionner en avril après la diffusion sur l'internet d'une vidéo le montrant interpréter il y a plus de 15 ans une chanson glorifiant Saddam Hussein.

L'évocation de l'ancien dictateur hante toujours certains Irakiens ayant souffert des brutalités de son régime. «À chaque fois que j'entends le nom de Saddam à la télévision ou la radio, je me mets à trembler, non pas de peur mais de haine», témoigne Aras Abed, un Kurde ayant perdu 12 membres de sa famille dans l'attaque chimique de Halabja en 1988.

Mais d'autres cultivent la nostalgie de l'ancien régime, considérant que le pouvoir actuel est inefficace, surtout pour lutter contre la violence endémique. «Mon coeur bat plus fort lorsque je vois la photo de Saddam Hussein», confie Abou Mahmoud, un ancien cadre du Baas, qui aimerait bien «lancer sa chaussure à la figure» des dirigeants actuels.

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