Yémen: les miliciens chiites défendent leur coup de force

Un garçon vend des affiches à l'effigie du chef... (Photo Khaled Abdullah, archives Reuters)

Agrandir

Un garçon vend des affiches à l'effigie du chef de la milice chiite, Abdel Malek al-Houthi.

Photo Khaled Abdullah, archives Reuters

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Jamal AL-JABIRI
Agence France-Presse
SANAA

La puissante milice chiite au Yémen a défendu samedi sa mainmise sur le pouvoir à Sanaa, un acte dénoncé comme un coup d'État par les voisins du Golfe et critiqué par les États-Unis et l'ONU.

Entrée dans la capitale Sanaa en septembre, cette milice armée issue de la minorité zaïdite a pris fin janvier le contrôle du palais présidentiel et les autres institutions de l'Etat, poussant à la démission les chefs de l'État et du gouvernement placés en résidence surveillée.

En 24 heures, elle a annoncé la dissolution du Parlement et la formation d'une commission de sécurité qui gèreront les affaires du pays jusqu'à la mise en place d'un Conseil présidentiel qui sera chargé de former un gouvernement pour une période de transition de deux ans dans ce pays.

Les États-Unis, alliés du régime du président démissionnaire Abd Rabbo Mansour Hadi dans la lutte antiterroriste, ont désapprouvé l'initiative des Houthis, selon un responsable américain pour qui «la communauté internationale doit prendre une position plus forte».

Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est déclaré «très inquiet» et a brandi la menace de sanctions si le dialogue entre les forces politiques ne reprenait pas.

Dans un discours télévisé depuis le fief des Houthis dans la province de Saada (nord), leur chef Abdel Malek al-Houthi a expliqué que la mise en place de ces institutions était destinée à remédier à la vacance du pouvoir dans ce pays pauvre de la Péninsule arabique secoué par de multiples crises.

Lutter contre Al-Qaïda 

«Cette initiative historique et responsable est dans l'intérêt du pays, car elle a comblé un vide politique (...) destiné à plonger le pays dans le chaos», a-t-il dit à l'adresse de ses partisans, rassemblés dans un stade de Sanaa pour célébrer le coup de force.

Il a invité ses adversaires politiques y compris le mouvement séparatiste sudiste à «se joindre à la marche du peuple et à rectifier leurs politiques».

Dans une première réaction, le parti islamiste Al-Islah a rejeté une initiative «unilatérale» et appelé les Houthis à «l'abroger pour reprendre le dialogue».

Et le Congrès populaire général, le parti de l'ex-président Ali Abdallah Saleh considéré comme un allié des Houthis, leur a reproché d'avoir «nui à la légalité constitutionnelle» et proposé «un retour aux négociations».

Concernant Al-Qaïda, bien implanté dans l'est et le sud du pays et ennemi juré de la milice chiite, le chef Houthi a souligné qu'il continuerait à lutter contre  le réseau extrémiste sunnite.

«Si Al-Qaïda prend le contrôle du pays, il complotera contre les frères en Arabie saoudite et dans le Golfe», a-t-il averti, en allusion aux monarchies arabes du Golfe.

Celles-ci, dirigées par des dynasties sunnites, dont l'Arabie saoudite qui partage une longue frontière avec le Yémen, ont dénoncé dans un communiqué un «coup d'État inacceptable» des Houthis et appelé l'ONU à agir rapidement pour y «mettre fin».

Explosion, manifestations 

Comme un défi à l'autorité des nouveaux maîtres de Sanaa, un engin a explosé samedi à l'entrée sud du Palais présidentiel, faisant deux blessés, dont un civil.

Des commerces du secteur ont été aussitôt fermés à la demande des miliciens qui recherchaient d'autres engins explosifs, selon des témoins.

Simultanément, des miliciens chiites ont tiré en l'air à balles réelles pour disperser les protestataires sur une place près de l'Université de Sanaa, ont précisé les témoins en faisant état de 17 arrestations.

Des manifestations ont eu lieu dans d'autres villes du pays, dont Taëz (sud-ouest), Hodeida (ouest), Ibb et Baïda (centre) pour dénoncer un «putsch» chiite, selon des témoins et des militants.

Le ministre démissionnaire de la Défense Mahmoud al-Sobeihi dirige la commission de sécurité de18 membres. Selon un média officiel, il a présidé samedi une réunion de la commission et pressé les forces armées d'«exécuter toutes les missions qui leur sont confiées», au moment où l'armée semble divisée.

La mainmise sur le pouvoir des Houthis, accusés d'être soutenus par l'Iran chiite, s'est formalisée au lendemain de la suspension, faute d'accord, des négociations sur une sortie de crise, parrainées par l'émissaire de l'ONU Jamal Benomar de retour à Sanaa.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer