Arabie saoudite: un célèbre contestataire chiite condamné à mort

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Une militante saoudienne brandit une affiche à l'effigie de Nimr Baqer al-Nimr, lors des funérailles de trois manifestants chiites qui auraient été tués par les forces de l'ordre à Awamiya, en septembre 2012.

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Agence France-Presse
RIYAD

Nimr Baqer al-Nimr, dignitaire religieux chiite et «bête noire» des dirigeants saoudiens, a été condamné à mort mercredi pour sédition, un verdict qualifié de «politique» par sa famille qui espère une révision du jugement.

L'annonce du verdict frappant ce personnage haut en couleur, qui était l'un des animateurs de la contestation chiite de la dynastie sunnite des Al-Saoud, n'a pas immédiatement entraîné de réaction violente parmi ses partisans dans l'est de l'Arabie.

Elle a en revanche suscité un flot de commentaires tranchés sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, l'un de ses détracteurs a souhaité «voir sa tête jetée aux chiens». «C'est un jugement injuste», a de son côté clamé un de ses partisans.

En 2012, au pic des contestations par la minorité chiite, Nimr Baqer al-Nimr était allé jusqu'à se réjouir publiquement de la mort de l'ancien prince héritier Nayef ben Abdel Aziz, qui avait longtemps été ministre de l'Intérieur.

Dans un prêche, le religieux de 55 ans avait déclaré ironiquement que la puissance publique dont disposait le prince de son vivant ne l'avait pas protégé de la mort.

Outre cette diatribe, Nimr Baqer al-Nimr avait prêché pendant des manifestations en 2011 en faveur d'une sécession de l'est de l'Arabie et de sa fusion avec le royaume proche de Bahreïn, également agité à l'époque par un mouvement de contestation des chiites, majoritaires, contre la dynastie sunnite des Al-Khalifa.

Sa condamnation à mort a été prononcée par un tribunal de Riyad spécialisé dans les affaires de «terrorisme», devant lequel il a comparu à 13 reprises depuis le début de son procès en mars 2013. Il a aussi été condamné pour «désobéissance au souverain» et «port d'armes».

Dans un communiqué, sa famille a demandé que le verdict soit «purement et simplement annulé» par la plus haute juridiction saoudienne.

«Fausses accusations»

«C'est un verdict politique par excellence (...), car fondé sur de fausses accusations», a affirmé la famille de Nimr Baqer al-Nimr, appelant les dignitaires religieux et les organisations de défense des droits de l'homme à faire campagne pour obtenir son annulation.

«On aurait souhaité voir les honorables juges prendre en considération la démarche (...) pacifique de cheikh Nimr, qui a toujours refusé le recours à la violence, aux armes et même aux jets de pierre face aux tirs» des forces de l'ordre, a poursuivi la famille du dignitaire.

Selon elle, Nimr Baqer al-Nimr n'a fait que «demander des réformes» aux autorités, dont il avait rencontré un représentant en 2008.

Son arrestation en juillet 2012 s'était déroulée de manière mouvementée et avait généré des manifestations pendant desquelles deux de ses partisans avaient été tués.

«L'un des instigateurs de la sédition, Nimr Baqer al-Nimr, a été arrêté à Awamiya après avoir été blessé en opposant une résistance aux forces de sécurité», avait alors déclaré le porte-parole saoudien du ministère de l'Intérieur.

L'est de l'Arabie saoudite a connu en 2011 un mouvement de contestation de la minorité chiite qui a pris une tournure violente en 2012.

Dans ce pays, les chiites représentent deux millions de personnes sur 18 millions d'autochtones, en grande majorité sunnite.

Ils se plaignent de discrimination, étant empêchés par exemple d'accéder à d'importants postes dans l'administration et ne se faisant pas recruter dans les services de sécurité.

Pendant la contestation, les heurts entre la police et des manifestants avaient fait 24 morts, dont au moins quatre policiers, selon des militants saoudiens.

Mais la tension était retombée en août 2012 lorsque sept dignitaires chiites de la région de Qatif, où se trouve Awamiya, avaient accueilli favorablement l'appel du roi Abdallah à la création d'un centre de dialogue interconfessionnel.

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