Gouvernement palestinien: Israël dénonce «le coup de poignard» de Washington

Le nouveau gouvernement d'union palestinien, dirigé par le... (PHOTO MAJDI MOHAMMED, AP)

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Le nouveau gouvernement d'union palestinien, dirigé par le premier ministre Rami Hamdallah, s'est réuni pour la première fois, le 3 juin, à Ramallah, en Cisjordanie.

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Pourparlers israélo-palestiniens
Pourparlers israélo-palestiniens

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Jean-Luc RENAUDIE
Agence France-Presse
JÉRUSALEM

Israël, pointé du doigt par Washington pour avoir fait échouer les négociations de paix, s'estime «trahi» par la décision de la diplomatie américaine de reconnaître le gouvernement palestinien soutenu par le Hamas, nouvel épisode de la crise de confiance entre les deux alliés.

Plusieurs ministres israéliens se sont livrés mardi à un tir de barrage contre l'administration Obama, qui a annoncé son intention de «travailler» avec le nouveau gouvernement d'union palestinien, intronisé lundi, en dépit des mises en garde pressantes du premier ministre Benyamin Nétanyahou.

«Je ne comprends pas le message américain», a déploré le ministre chargé du Renseignement, Youval Steinitz, en accusant les États-Unis de recourir à un double langage.

«Il n'est pas possible de présenter en privé ce gouvernement comme celui du Hamas et le qualifier ensuite publiquement de gouvernement de technocrates. C'est un gouvernement du Hamas, un gouvernement terroriste», a martelé M. Steinitz, un proche de M. Nétanyahou à la radio militaire.

Le département d'État américain s'est engagé à collaborer avec la nouvelle équipe palestinienne et à maintenir l'aide - déterminante - à l'Autorité palestinienne, en soulignant que le cabinet de «consensus» palestinien ne comptait «aucun membre affilié au Hamas», le mouvement islamiste qui contrôle la bande de Gaza, bête noire d'Israël.

Cet exécutif de transition, sans mandat politique, est composé de personnalités indépendantes et de technocrates qui a pour mission de préparer des élections présidentielle et législatives d'ici la fin de l'année.

«La naïveté américaine a battu tous les records. Une collaboration avec le Hamas, qui tue des femmes et des enfants, est inacceptable», s'est indigné un autre proche de M. Nétanyahou, le ministre des Communications Gilad Erdan.

«La capitulation américaine devant les tactiques palestiniennes sabote sérieusement les chances d'un retour à la table des négociations et poussera Israël à prendre des mesures unilatérales pour défendre ses citoyens contre le gouvernement terroriste d'Abou Mazen (le surnom de M. Abbas)», a averti M. Erdan.

Selon le commentateur politique Chico Menaché, M. Nétanyahou se sent «trahi et trompé», d'autant qu'il avait assuré dimanche à son cabinet de sécurité qu'il avait reçu l'engagement du secrétaire d'État John Kerry de ne pas reconnaître dans l'immédiat le gouvernement palestinien.

«Cela n'a pas été immédiat. Il n'a fallu que cinq heures pour que cette reconnaissance ait lieu», a ironisé l'analyste politique.

«Coup de poignard»

Dans le quotidien Israël Hayom, porte-voix du premier ministre, un responsable israélien dénonce «le coup de poignard dans le dos» asséné par les États-Unis.

Selon les éditorialistes, en parvenant à se réconcilier, les Palestiniens ont engrangé un «succès significatif», enfonçant un nouveau coin entre Israël et les États-Unis.

Les relations bilatérales - vitales pour Israël - se sont singulièrement rafraîchies à la suite de l'échec de l'initiative de John Kerry, attribué à la poursuite de la colonisation juive, et d'une série d'attaques personnelles visant le secrétaire d'État de la part de plusieurs dirigeants israéliens, dont le ministre de la Défense Moshé Yaalon.

Afin de ne pas jeter de l'huile sur le feu, le gouvernement israélien s'est pour l'instant abstenu d'annoncer des mesures de rétorsion drastiques contre l'Autorité palestinienne.

Un porte-parole du ministère de la Défense a indiqué à l'AFP qu'Israël avait gelé le versement de 5,8 millions de dollars américains sur les 117 millions de TVA et de taxes douanières qu'il doit rembourser chaque mois à l'Autorité. En outre, les nouveaux ministres palestiniens ne seront pas autorisés à «circuler librement entre Gaza et la Cisjordanie. «Leurs demandes seront examinées au cas par cas», a précisé le porte-parole.

Un analyste palestinien, Natheer Mjalli, interrogé à la radio officielle La Voix de la Palestine, a qualifié d'«hystérie» la réaction d'Israël. «La division palestinienne était du pain bénit pour le gouvernement de droite israélien (...) Toutes les sanctions vont échouer, car Israël sera blâmé par la communauté internationale», a-t-il prédit.

Au-delà, cette nouvelle crise avec Washington place M. Nétanyahou dans une position difficile alors que le gouvernement israélien craint que l'Iran et les grandes puissances ne parviennent à un accord sur le nucléaire iranien d'ici la date butoir du 20 juillet.

Malgré les dénégations de Téhéran, Israël, tout comme les puissances occidentales, soupçonne l'Iran de chercher à se doter de l'arme atomique.

L'ONU prête à apporter son aide

L'ONU a salué mardi la formation du nouveau gouvernement palestinien d'union nationale qui a prêté serment lundi, se disant disposée à apporter son aide aux efforts pour mettre fin à la division politique entre la Cisjordanie et la Bande de Gaza.

«Les Nations unies soulignent depuis longtemps la nécessité de progresser vers une unité palestinienne», a indiqué dans un communiqué le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric.

«Les Nations unies se tiennent prêtes à apporter tout leur soutien au nouveau gouvernement dans ses efforts pour réunir la Cisjordanie et la Bande de Gaza (...) sous une seule autorité palestinienne légitime», a-t-il ajouté.

Le porte-parole a fait ces remarques après que le coordinateur de l'ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient Robert Serry s'est entretenu avec le premier ministre palestinien Rami Hamdallah mardi.

«Les importants défis politiques, économiques, humanitaires et de sécurité à Gaza ainsi que la tenue d'élections attendues depuis longtemps» ont été au coeur des discussions entre les deux hommes, a précisé M. Dujarric.

La France prête à travailler sous conditions

La France est quant à elle prête à travailler sous conditions avec le nouveau gouvernement palestinien, a annoncé mardi le ministère des Affaires étrangères.

«La France est prête à travailler avec un gouvernement de l'Autorité palestinienne dès lors qu'il refuse le recours à la violence, s'engage en faveur du processus de paix et respecte les accords conclus, ce qui implique la reconnaissance d'Israël», a déclaré le porte-parole du Quai d'Orsay Romain Nadal.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a d'ores et déjà promis que le nouveau gouvernement, composé de personnalités indépendantes et soutenu par le Hamas, rejetterait la violence, reconnaîtrait Israël et respecterait les engagements internationaux, afin de rassurer la communauté internationale sur sa volonté de paix avec Israël.

Paris a «pris acte» de ces assurances et rappelé son soutien au processus de réconciliation interpalestinien si ces engagements du président Abbas sont respectés. «La France est attachée à l'organisation d'élections législatives et présidentielle dans l'ensemble des Territoires palestiniens», comme le prévoit l'accord de réconciliation du 23 avril dernier, a dit M. Nadal.




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