Afghanistan: un scrutin périlleux

Le scrutin du 5 avril en Afghanistan s'annonce... (PHOTO NOORULLAH SHIRZADA, AFP)

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Le scrutin du 5 avril en Afghanistan s'annonce difficile. Les talibans ont promis de tout faire pour le torpiller.

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Les Afghans sont appelés aux urnes le 5 avril à l'occasion d'un scrutin présidentiel chaudement contesté qui pourrait avoir d'importantes conséquences pour l'avenir du pays sur fond de retrait des troupes étrangères.

«L'élection est probablement le moment le plus important des dernières années pour l'Afghanistan», affirme en entrevue Vanda Felbab-Brown, une analyste de l'institut Brookings de Washington.

S'il se déroule sans allégations de fraude massive et de violence catastrophique, le processus de remplacement du président sortant, Hamid Karzaï, pourrait «renouveler la légitimité» du gouvernement, perçu comme un régime «semi-mafieux» par nombre d'Afghans.

Une crise politique prolongée découlant d'un scrutin bâclé pourrait à l'inverse favoriser une paralysie prolongée des institutions, accélérer le retrait du soutien occidental et préparer la voie à une reprise de la guerre civile tous azimuts, affirme Mme Felbab-Brown.

Le scrutin s'annonce d'autant plus difficile que les talibans ont promis de tout faire pour le torpiller, jugeant qu'il s'agit d'un exercice «inutile» orchestré par l'Occident pour instaurer un régime favorable à ses intérêts.

Les partisans du mollah Omar, qui sont bien implantés dans plusieurs régions du pays, ont montré leur détermination à cet égard en tuant en février un officiel lié à la campagne d'Abdullah Abdullah.

Cet ancien ministre des Affaires étrangères fait figure de favori parmi les dix candidats en lice, dont font partie aussi bien un salafiste autrefois proche d'Oussama ben Laden qu'un animateur de télévision.

Plusieurs des candidats, dans le but d'élargir leur base politique, se sont associés à des colistiers issus d'autres groupes ethniques. Certains sont d'ex-seigneurs de la guerre, comme Rachid Dostom, qui ont un lourd passé en matière de droits de l'homme.

«En Afghanistan, ce qui détermine les élections, c'est l'appartenance ethnique», souligne le professeur Jabeur Fathally, de l'Université d'Ottawa, qui doute qu'il soit possible de tenir des élections dignes de ce nom dans les circonstances actuelles.

«Je vois mal comment la population va pouvoir aller voter alors que la composante la plus fanatique ne croit pas à l'élection et promet de s'y opposer», note le professeur, qui prédit un effondrement rapide du régime après le retrait complet des troupes étrangères d'ici la fin de 2014.

«Je ne pense pas que les forces afghanes vont pouvoir résister aux talibans [...] Dès que les Américains vont plier bagage, le pays va retourner à la case départ, peut-être pire», indique M. Fathally.

Plusieurs chercheurs ont relevé au cours des derniers mois la recrudescence du nombre de civils tués, ainsi que le nombre de policiers et de soldats afghans abattus, pour illustrer l'instabilité persistante du pays.

Une entente bilatérale «essentielle»

Graeme Smith, analyste de l'International Crisis Group, a prévenu dans un récent avis que la conclusion d'une entente de sécurité bilatérale avec les États-Unis s'étendant au-delà de 2014 était essentielle au maintien du régime.

Le président Karzaï a cependant refusé jusqu'à maintenant de signer l'entente en question, en partie parce qu'il se méfie de Washington pour des motifs personnels, en partie parce qu'il fait une lecture divergente de la situation stratégique de l'Afghanistan, estime Mme Felbab-Brown.

L'analyste ne pense pas, quant à lui, que les talibans seront en mesure de «planter rapidement leur drapeau à Kaboul» si la situation se détériore. Elle s'attend plutôt, dans le pire des scénarios, à une guerre civile «très complexe» dans laquelle différents acteurs se combattront dans différentes zones du pays, les talibans ne constituant qu'une des factions en présence.

Un tel chaos, selon la chercheuse, serait particulièrement problématique pour les États-Unis, puisqu'il empêcherait la poursuite des objectifs de contre-terrorisme à l'origine de l'intervention américaine.

Le retour de la guerre civile serait par ailleurs un désaveu complet des engagements de reconstruction contractés envers la population.

«Si les pays occidentaux décident que l'Afghanistan ne joue plus un rôle central pour leurs intérêts après qu'ils s'y sont si lourdement investis, ça ne les absout pas de toute responsabilité», note-t-elle.

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Abdullah Abdullah

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Qui sera le prochain président?

Abdullah Abdullah

Cet ophtalmologue de formation, né en 1960, s'est illustré dans la résistance à l'époque de l'occupation soviétique de l'Afghanistan. Né d'un père pachtou et d'une mère tadjike, il a été un proche collaborateur du commandant de l'Alliance du Nord, Ahmed Shah Massoud, tué dans un attentat en 2001. Il s'est joint par la suite au gouvernement d'Hamid Karzaï à titre de ministre des Affaires étrangères, mais a démissionné en 2005. Candidat à l'élection présidentielle de 2009, il s'est imposé comme le principal opposant au chef d'État, forçant la tenue d'un second tour dont il s'est cependant retiré.

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Ashraf Ghani

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Ashraf Ghani

Cet ex-fonctionnaire de la Banque mondiale, titulaire d'un doctorat de l'Université Columbia, est un ancien ministre des Finances. Le professeur Jabeur Fathally, de l'Université d'Ottawa, qui l'a déjà rencontré, note qu'il s'agit d'un modéré plus susceptible de plaire aux Afghans instruits et libéraux qu'à la frange conservatrice, largement majoritaire, de la population. En 2009, il n'avait remporté que 3% des voix lors du scrutin présidentiel. Il s'est toutefois associé cette fois avec un ancien seigneur de guerre au lourd passé, Rachid Dostom, qui pourrait lui permettre de faire des gains importants.

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Zalmaï Rassoul

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Zalmaï Rassoul

Ce médecin de formation, ancien ministre des Affaires étrangères, est un collaborateur de longue date d'Hamid Karzaï. Les deux hommes ont notamment travaillé ensemble, à l'étranger, contre le régime des talibans, dont la chute a été précipitée par les États-Unis au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Bien que le président sortant ait promis de ne pas prendre parti dans la présente élection, nombre d'analystes estiment qu'il souhaite en fait soutenir Zalmaï Rassoul. Le chef d'État a notamment fait pression sur l'un de ses frères, Qayum Karzaï, pour qu'il se retire du scrutin et se rallie au profit du candidat.




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