Italie: l'ancien parrain de Cosa Nostra meurt en prison

Toto Riina, qui aurait commandité plus de 150 meurtres, purgeait... (PHOTO ALESSANDRO FUCARINI, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE)

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Toto Riina, qui aurait commandité plus de 150 meurtres, purgeait 26 peines de détention à vie.

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Ella IDE
Agence France-Presse
ROME

L'ancien chef de Cosa Nostra Toto Riina, mort vendredi à 87 ans, a été l'un des parrains les plus violents et les plus redoutés de l'histoire de la mafia sicilienne.

Salvatore « Toto » Riina, surnommé « La Belva » (« Le fauve »), a fait régner la terreur pendant près de 20 ans en Sicile et au sein de Cosa Nostra, dont il avait pris le contrôle à partir des années 70. « Quand il tuait ses amis, d'abord il les faisait manger, il trinquait avec eux et après il les étranglait », a raconté vendredi devant la presse un repenti de la mafia, Gaspare Mutolo, qui l'a connu.

Accusé d'avoir commandité plus de 150 homicides, condamné à une vingtaine de peines de prison à vie, Toto Riina est surtout connu pour avoir ordonné les meurtres des juges antimafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino en 1992, et pour avoir été l'un des cerveaux des attentats meurtriers de 1993 à Rome, Milan et Florence (10 morts au total).

Toto Riina, « U Curtu » (« le court », autre surnom dû à sa petite taille : 1,58 m), était derrière les barreaux depuis son arrestation en janvier 1993. Il avait toujours affirmé être étranger à Cosa Nostra avant de reconnaître implicitement son rôle en 2009.

Né le 16 novembre 1930 à Corleone, près de Palerme, ce fils d'un paysan pauvre rejoint la mafia à 18 ans. Après une première peine de prison pour meurtre, il devient dans les années 50 l'un des soldats du boss Luciano Liggio, dont il prendra la place en 1974, gravissant un à un les échelons de l'organisation.

Il fait l'objet d'un premier mandat d'arrêt en 1969, mais réussit à vivre dans la clandestinité pendant près d'un quart de siècle, probablement sans jamais quitter la Sicile.

Trafic de drogue, enlèvements, racket : Riina fait main basse sur tous les secteurs d'activité traditionnels de Cosa Nostra. Pour asseoir le pouvoir de son clan, les Corleone, il donne le coup d'envoi au début des années 80 à une guerre sanglante contre les vieilles « familles » palermitaines, qui fait plusieurs centaines de morts.

Cette guerre se solde par la victoire de Riina, devenu chef de la « Coupole » (l'exécutif de Cosa Nostra) en 1982, et marque le début d'une campagne de violence contre les représentants de l'État.

Froideur extrême

Sa cruauté sera à l'origine de sa chute. Grâce à des témoignages de repentis, dont son chauffeur personnel, excédés ou effrayés, les forces de l'ordre l'arrêteront le 15 janvier 1993 dans la banlieue de Palerme.

Il rejettera toute accusation, affirmant être entré en clandestinité pour échapper à des accusations mensongères.

Les images de ses interrogatoires donneront la mesure de l'intelligence de Riina, prenant l'apparence d'un vieillard naïf et peureux, qui ne se départit pas d'une froideur extrême, exprimée par un regard noir et menaçant.

En 2009, Toto Riina avait rompu le silence en assurant que la mafia n'était pas à l'origine de la mort du juge Paolo Borsellino, reconnaissant de facto avoir été à la tête de l'organisation.

Outre la prison, le « parrain des parrains » s'était aussi vu confisquer quelque 125 millions d'euros (près de 190 millions de dollars canadiens) de biens divers.

Détenu à Parme, Toto Riina était soumis au régime carcéral « dur » réservé aux mafieux, qui lui interdisait notamment de recevoir d'autres visites que celles de son avocat.

Souffrant depuis des mois de diverses pathologies, dont un cancer, il avait demandé en vain en juillet 2017 une suspension de peine pour hospitalisation ou une assignation à résidence.

Toto Riina était marié depuis 1974 à Antonietta Bagarella, une institutrice issue d'une grande famille mafieuse. Il était père de quatre enfants, dont deux garçons, Giuseppe Salvatore, né en 1977, condamné à huit ans et dix mois de prison pour association mafieuse en 2009, et Giovanni, né en 1976, condamné à perpétuité pour meurtre.




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