La Russie inquiète face à de mystérieux «groupes de la mort» sur internet

Depuis plusieurs mois, l'inquiétude s'est transformée en panique en Russie: de... (Photo Chris Ratcliffe, archives Bloomberg)

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Marina KORENEVA, Olga SHYLENKO
Agence France-Presse
Saint-Petersbourg et Kiev

Depuis plusieurs mois, l'inquiétude s'est transformée en panique en Russie: de mystérieux «groupes de la mort» inciteraient sur internet les adolescents à mettre fin à leurs jours, poussant les autorités à réagir.

Révélée en mai 2016 par une enquête du journal Novaïa Gazeta, l'existence de ces groupes sur le populaire réseau social russe Vkontakte a provoqué de vifs débats dans une société où le thème du suicide relève d'un grand tabou.

L'information est même remontée aux oreilles du Kremlin: le président Vladimir Poutine s'est publiquement dit inquiet du phénomène, exigeant un durcissement des peines pour incitation au suicide, pour l'heure passible de trois ans de prison.

Car selon Novaïa Gazeta, sur les 130 adolescents ayant mis fin à leurs jours entre novembre 2015 et avril 2016 en Russie, plusieurs dizaines l'ont fait sur les incitations étranges de «mentors» rencontrés dans des groupes internet fermés, qui arborent une imagerie énigmatique et vouent un culte au suicide.

De ces «mentors», un seul a pour le moment à répondre de ses actes: en novembre, le Comité d'enquête de Saint-Pétersbourg a annoncé avoir arrêté un certain Philippe Boudeïkine, 22 ans. Il est accusé d'avoir poussé au suicide 15 adolescents via Vkontakte.

Selon les enquêteurs, cet étudiant en psychologie a créé, sous divers pseudonymes, plusieurs groupes virtuels aux noms sibyllins tels que «La mer de Baleines» ou «F57».

Peu avant son arrestation, Philippe Boudeïkine avait accordé un entretien à la presse locale, dans lequel il explique sans ambages sa stratégie pour attirer à lui des mineurs qu'il qualifie de «déchets biodégradables» et de «personnes sans valeur pour la société».

«Tout d'abord, il faut créer des groupes au contenu déprimant, qui vous font plonger dans une atmosphère spéciale. Ensuite, les gens arrivent via des liens dans un groupe fermé et alors, le jeu commence», raconte-t-il dans cette interview.

Le jeune homme avoue avoir incité ses victimes à partager des informations personnelles et à remplir des «tâches», qui se traduisaient souvent par des scarifications ou de l'automutilation.

«J'ai juste expliqué à certaines personnes pourquoi il valait mieux mourir. Rien de plus. Ce sont eux qui ont pris la décision, personne ne les a forcés», assure-t-il. «Je nettoyais la société de ces personnes».

Selon Novaïa Gazeta, certains «groupes de la mort» exercent même un chantage sur leurs membres, menaçant de s'en prendre à leurs proches en cas de désobéissance.

«Légende urbaine»

La révélation de l'existence de ces groupes a eu un très large écho dans la société, où le taux de mortalité par suicide chez les mineurs est de 20 pour 100 000 personnes, plus de trois fois supérieur à la moyenne mondiale, selon les statistiques de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

La déléguée du Kremlin aux droits de l'enfant, Anna Kouznetsova, a même évoqué en mars une augmentation de 57 % du taux de suicide des mineurs en 2016, attribuant cette hausse aux «groupes de la mort» sans toutefois révéler d'où elle tire ces chiffres.

Et le phénomène semble avoir fait tache d'huile en Ukraine voisine, où les autorités rapportent une «sérieuse» augmentation des cas de suicides chez les adolescents.

La police ukrainienne, qui a bloqué en mars l'accès à 500 groupes internet, a annoncé recevoir «près de 70 alertes de mineurs en fuite chaque jour, 20 à 30 % d'entre eux étant impliqués dans un groupe de la mort».

Malgré l'onde de choc qui a secoué les sociétés russe et ukrainienne, de nombreux experts estiment que le phénomène est moins important qu'il n'y paraît, relevant davantage d'affaires isolées transformées en «légende urbaine» et accusant Novaïa Gazeta d'avoir exagéré l'influence de ces groupes.

«Ce n'est pas la première fois qu'on provoque une panique avec des informations sur une hausse des suicides chez les mineurs (...) Les statistiques ne confirment pas» cette tendance, affirme ainsi le démographe Evgueni Andreïev, cité par le journal Meduza.

Selon l'agence russe des statistiques Rosstat, le nombre de suicides toutes catégories confondues a en effet baissé de près de moitié depuis 2005. Les chiffres officiels de 2016, y compris ceux concernant les mineurs, n'ont pas encore été publiés.




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