Berlin invoque l'amitié pour désamorcer la crise avec Ankara

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«Il n'y a pas d'alternative au dialogue, c'est seulement comme ça que, pas à pas, nous aurons la possibilité de revenir à une relation normale et (...) d'amitié», a dit le chef de la diplomatie allemande Sigmar Gabrie (gauche)l, à l'issue d'une rencontre à Berlin avec son homologue turc Mevlüt Cavusoglu (droite).

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Antoine LAMBROSCHINI
Agence France-Presse
Berlin

Berlin tente de désamorcer la crise diplomatique avec la Turquie, invoquant leur «amitié» après une semaine d'escalade diplomatique autour de l'annulation de rallyes électoraux pro-Erdogan en Allemagne, un appel accueilli fraîchement par Ankara.

«Il n'y a pas d'alternative au dialogue, c'est seulement comme ça que, pas à pas, nous aurons la possibilité de revenir à une relation normale et (...) d'amitié», a dit le chef de la diplomatie allemande Sigmar Gabriel, à l'issue d'une rencontre à Berlin avec son homologue turc Mevlüt Cavusoglu.

S'exprimant séparément, ce dernier a rétorqué que c'était à l'«Allemagne de décider si la Turquie était une amie ou non», lui renvoyant la responsabilité des tensions.

En marge du salon du tourisme de Berlin, il a néanmoins annoncé la venue dans son pays de «son ami» M. Gabriel, «aussi vite que possible».

Ingérence 

Comme la veille à Hambourg, il a jugé que Berlin tentait de s'ingérer dans les affaires turques après l'interdiction en une semaine de quatre rallyes en faveur du «oui» au référendum du 16 avril sur le renforcement des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan.

Le gouvernement d'Angela Merkel «ne devrait pas prendre parti dans le processus référendaire en Turquie. (...) C'est une affaire intérieure», a-t-il dit. Ankara estime que l'annulation successive de manifestations en Allemagne, où vivent 1,4 million d'électeurs turcs, est une tentative de favoriser le non.

Le gouvernement allemand a rejeté ces accusations d'ingérence, soulignant que l'autorisation de telles réunions publiques dépendait des municipalités. Ces dernières ont généralement invoqué des questions logistiques ou sécuritaires pour justifier leurs décisions.

«Peu importe les salles fermées, les stades où nous allons, nous allons toujours les remplir», a déclaré mercredi soir M. Erdogan sur la chaîne de télévision publique turque TRT.

«Je souhaite vous retrouver. Mes amis y travaillent en ce moment», a-t-il ajouté à l'adresse des Turcs vivant à l'étranger : «en Europe où ailleurs dans le monde, personne ne peut couper le lien émotionnel avec nos citoyens».

Selon des analystes, les responsables turcs cherchent à jouer sur la fibre nationaliste et le ressentiment vis-à-vis de l'Europe pour marquer des points, le résultat du scrutin étant incertain.

Ce dossier est loin d'être la seule source de tensions. Berlin a ulcéré Ankara en critiquant les purges menées depuis le putsch raté de juillet, et en s'emportant contre l'incarcération du correspondant germano-turc du quotidien Die Welt.

Mercredi soir, un journaliste de l'hebdomadaire Die Zeit, venu écouter mardi M. Cavusoglu au consulat de Turquie de Hambourg, a affirmé sur le site du magazine avoir été agressé par plusieurs hommes après avoir brandi une feuille appelant à «libérer Deniz» («Free Deniz»), Deniz Yücel, un journaliste germano-turc, correspondant en Turquie du quotidien allemande Die Welt, qui est détenue en Turquie depuis février.

La ville de Hambourg a appelé le consulat général à contribuer «à l'élucidation de l'incident».

La Turquie accuse aussi l'Allemagne d'héberger des «terroristes» -- sympathisants du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), classé organisation «terroriste» par Ankara, Bruxelles et Washington, ou putschistes présumés.

Si Sigmar Gabriel a voulu tendre une branche d'olivier à Ankara, il l'a assortie d'une mise en garde aux responsables turcs, le chef de l'État en tête, qui ont accusé Berlin de recourir aux méthodes des nazis.

Importer les conflits 

«Les comparaisons avec l'époque nazie et les invectives sur la démocratie et les droits de l'homme en Allemagne sont à proscrire», a-t-il dit, qualifiant cela de «ligne rouge».

Il a aussi demandé à la communauté turque de ne pas «importer les conflits» qui opposent en Turquie partisans et détracteurs de M. Erdogan d'une part, et Turcs et Kurdes d'autre part.

Cet appel intervient alors que M. Erdogan s'est dit prêt à faire campagne en Allemagne, assurant que si Berlin l'en empêchait, il mettrait «le monde sens dessus dessous».

Ailleurs en Europe, où l'Autriche a prôné d'interdire aux responsables turcs de faire campagne dans l'UE, l'ambition d'Ankara de faire campagne pour le oui est mal vue.

Mercredi, la mairie de Rotterdam a annulé un rassemblement prévu ce week-end en présence de M. Cavusoglu. En Suisse, le canton de Zurich a demandé aux autorités fédérales d'annuler sa venue dimanche pour des raisons de sécurité.

La Turquie demeure un partenaire incontournable pour l'Allemagne et l'Union européenne, notamment pour ralentir l'afflux de demandeurs d'asile en Europe.




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