Boris Johnson, encombrant ministre des Affaires étrangères

Plus les semaines passent, plus le style de Boris Johnson à la tête de la... (PHOTO REUTERS)

Agrandir

PHOTO REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Ouerdya Ait Abdelmalek
Agence France-Presse
Londres

Plus les semaines passent, plus le style de Boris Johnson à la tête de la diplomatie britannique décoiffe. Il agace à Bruxelles, met les pieds dans le plat avec Ryad. Pourtant Theresa May le préfère pour l'instant dans son gouvernement.

Alors que le flou entretenu par Londres quant à son plan pour le Brexit irrite déjà les responsables européens, les dérapages plus ou moins contrôlés de «BoJo» contribuent à mettre de l'huile sur le feu dans ce dossier délicat.

Il y a eu l'entretien dans un journal tchèque, où il a qualifié de «connerie» l'idée selon laquelle la liberté de circulation est un principe fondateur de l'Union européenne, alors qu'elle figure dans le traité de Rome de 1957.

Il y a eu ensuite l'affaire du prosecco. Quand il a dit au ministre du développement économique italien que son pays devrait soutenir l'accès au marché unique des Britanniques s'il voulait continuer à leur vendre sa boisson pétillante.

Il y a eu aussi l'épisode en septembre où il a déclaré au président turc qu'il soutenait la candidature de son pays à l'UE après avoir mis en garde, pendant la campagne pour le Brexit, contre un déferlement des Turcs au Royaume-Uni si le pays restait dans l'UE.

Contrôler l'électron libre

Hors UE aussi, l'ancien maire de Londres sème le trouble. Dernier épisode en date, il a accusé l'Arabie saoudite, proche allié de Londres, de mener des «guerres par procuration», lors d'une conférence organisée la semaine dernière à Rome mais dont le contenu a été publié jeudi par le quotidien The Guardian.

Un moment malvenu pour la Première ministre conservatrice Theresa May qui revient d'une visite à Bahreïn où elle a assuré les pays du Conseil de coopération du Golfe de son soutien face au terrorisme et à «l'agressivité» de l'Iran, vendant en retour la nécessité d'un approfondissement des relations commerciales après le divorce avec l'UE.

Downing Street a immédiatement recadré son ministre - attendu en Arabie saoudite dimanche -, affirmant que ces propos reflètent sa «position personnelle», pas celle du gouvernement.

Un nouveau camouflet sans conséquence pour l'instant, Theresa May préférant l'avoir dans son gouvernement qu'en dehors.

Pour les analystes, elle s'assure ainsi une certaine paix du côté des tenants les plus durs de la sortie de l'UE, dont il a été l'un des principaux chefs de file. Et surtout elle peut mieux contrôler cet électron libre qui se serait bien vu Premier ministre à sa place.

«Le chien a été abattu»

Toutefois, «le monde a besoin de savoir que lorsque Boris Johnson s'exprime, en tant que ministre britanniques des Affaires étrangères, c'est la voix du Royaume-Uni qu'il entend», a estimé l'ancien ministre conservateur des Affaires étrangères Malcolm Rifkind, vendredi matin sur la radio BBC 4.

Pour Brian Klaas, chercheur en politique comparée à la London School of Economics (LSE), si Boris Johnson n'a pas tort sur l'Arabie saoudite, «le problème (...) est qu'il ne dit pas ce que Theresa May veut qu'il dise».

«Mais ce n'est pas vraiment une surprise, personne ne s'attendait à ce que Boris soit le plus diplomate des diplomates», souligne-t-il auprès de l'AFP.

Sa nomination à ce poste exposé avait en effet stupéfié à l'intérieur comme à l'extérieur du pays. Car le cinquantenaire à la remarquable tignasse blonde est un cabotin, qui aime à plaire à son audience et faire les gros titres de la presse, quitte à provoquer ou s'arranger avec la vérité.

Ce qui lui a réussi à la tête de la mairie de Londres pendant huit ans, ne peut pas fonctionner dans ses nouvelles fonctions, estime cependant Malcolm Rifkind.

«Quand on est ministre des Affaires étrangères, on ne peut pas être une célébrité», a-t-il dit, jugeant qu'«il serait peut-être plus à l'aise dans une autre fonction ministérielle».

Lors d'une cérémonie de remise de prix au magazine Spectator en novembre, Theresa May, faisant de l'humour, avait usé d'une métaphore canine pour lui dire qu'elle se débarrasserait de lui lorsqu'elle n'en aurait plus besoin. «Boris, le chien a été abattu... quand son maître a décidé qu'il ne servait plus à rien».




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer