France: suicide en prison de l'homme qui avait décapité son patron

Yassin Salhi, un chauffeur-livreur de 35 ans, avait... (Photo Philippe DESMAZES, Archives AFP)

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Yassin Salhi, un chauffeur-livreur de 35 ans, avait été emprisonné fin juin après avoir été inculpé notamment d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste, enlèvement et séquestration en vue de préparer un assassinat, destruction ou dégradation et violences volontaires.

Photo Philippe DESMAZES, Archives AFP

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Nicolas GAUDICHET, Pierre ROCHICCIOLI
Agence France-Presse
Paris

Il avait décapité son patron et attaqué un site gazier en juin dans le centre-est de la France, le tout en recourant à une mise en scène islamiste: Yassin Salhi s'est suicidé mardi dans sa cellule de prison en région parisienne.

Ses actes s'étaient inscrits dans la liste des attentats et projets d'attentats qui ont jalonné l'année 2015 en France.

Yassin Salhi s'est pendu dans sa cellule du quartier d'isolement de la prison de Fleury-Mérogis, selon l'administration pénitentiaire, qui n'avait pas détecté chez lui de tendances suicidaires.

«Il n'avait jamais posé de difficultés depuis le début de sa détention», a confirmé une source judiciaire. Yassin Salhi s'est pendu aux barreaux de sa cellule avec «le câble électrique de sa bouilloire». Il est mort à 21 h 15 (15 h 15).

«Il aura été un lâche jusqu'au bout», a réagi sur la radio Europe 1 Laurence Cornara, veuve du patron assassiné. «Je suis en colère. C'est la peur que j'avais, mais je ne pensais pas que ça arriverait. Soi-disant, il n'était pas suicidaire. Il y a bien une erreur quelque part».

Yassin Salhi, un chauffeur-livreur de 35 ans, avait été emprisonné fin juin après avoir été inculpé notamment d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste, enlèvement et séquestration en vue de préparer un assassinat, destruction ou dégradation et violences volontaires.

À l'inverse des auteurs des attentats de janvier et de novembre, Yassin Salhi a toujours contesté toute motivation islamiste, invoquant un différend professionnel avec son patron.

Mais pour la justice, le chef de l'entreprise de transport, Hervé Cornara, qu'il a avoué avoir tué, était bien une victime du terrorisme islamiste.

Selfie macabre

Yassin Salhi n'est pas le premier détenu médiatisé à se suicider en prison, entraînant de fait l'extinction des poursuites à son encontre.

En février 2010, Jean-Pierre Treiber, accusé du double meurtre en 2004 de Géraldine Giraud - fille du comédien Roland Giraud - et de Katia Lherbier, s'était lui aussi pendu dans sa cellule, avec un drap.

Selon le récit des enquêteurs, Yassin Salhi avait quitté le 26 juin au matin l'appartement qu'il occupait avec son épouse et ses trois enfants pour se rendre au siège de son entreprise, Colicom, près de Lyon (centre-est). Il avait sur lui un couteau et un fusil à pompe factice.

Au siège de Colicom, il avait chargé son véhicule utilitaire de bouteilles de gaz en vue d'une livraison puis attendu son employeur Hervé Cornara, avec lequel il avait eu une vive altercation deux jours plus tôt pour une palette renversée.

Il avait fait monter son patron dans son véhicule puis l'avait assommé avant de l'étrangler. Il s'était ensuite dirigé vers l'usine de gaz industriels Air Products. Une fois sur place, il avait décapité sa victime avec son couteau. Il avait ensuite pénétré sur le site où on lui avait ouvert la porte sans formalités car il était connu du personnel pour ses livraisons.

Selon les enquêteurs, il a alors sorti la tête d'Hervé Cornora pour la fixer sur un grillage, parachevant sa mise en scène macabre en accrochant à proximité deux drapeaux frappés de la «chahada», la profession de foi musulmane.

Après avoir pris des photos, il les avait envoyées à un ami parti combattre en Syrie, dont un selfie où il posait auprès de la victime. Puis il avait repris son utilitaire et était entré en collision avec des bouteilles de gaz, provoquant une explosion avant d'être maîtrisé par des pompiers arrivés rapidement sur place et auxquels il avait lancé : «Allah Akbar !».

L'attentat «correspond très exactement aux mots d'ordre de Daech», acronyme arabe du groupe Etat islamique, avait alors estimé le procureur de Paris, François Molins, notamment par la volonté de Yassin Salhi de «donner à son acte une publicité maximale».

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