La crise, question de vie ou de mort pour les malades grecs

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Beaucoup de Grecs sans emploi ou avec des retraites et salaires réduits de 30 à 50 %, ne peuvent plus financer leur assurance sociale.

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John HADOULIS, Ella IDE
Agence France-Presse
ATHÈNES

La crise avait déjà coupé dans les budgets des hôpitaux et le contrôle des capitaux menace aujourd'hui de conduire à une pénurie de médicaments. Le directeur d'un hôpital d'Athènes s'alarme : «Des vies humaines sont en danger».

Yiannis Kaloidas, un retraité de 61 ans atteint d'un cancer des os a besoin de médicaments coûteux pour combattre la maladie qui le ronge.

Avant la crise, les médicaments pour les maladies chroniques comme le cancer étaient largement subventionnés. Mais depuis, les malades doivent financer une part importante de leur traitement et tous n'en sont pas capables.

«Mes cachets coûtent 3500 euros (environ 4930 $). J'ai une retraite de 500 euros (environ 705 $). Si je dois prendre en charge ces coûts moi-même, c'est fini», explique le retraité.

C'est pour cela qu'il attend parmi de nombreux autres à l'Hôpital Elpis d'Athènes.

L'hôpital ne peut lui fournir les médicaments, mais lui remet un document tamponné indiquant qu'il n'a pu avoir ses médicaments, mais peut les demander, sans s'acquitter du coût total, dans un dispensaire.

Comme M. Kaloidas, beaucoup de Grecs sans emploi ou avec des retraites et salaires réduits de 30 à 50 %, ne peuvent plus financer leur assurance sociale, et les hôpitaux comme Elpis sont leur dernier recours.

Cet hôpital fondé en 1842, dont le nom signifie «espoir» en grec, s'est fait une mission d'aider les patients sans assurance.

«Tous ceux qui viennent ici ont accès à l'hôpital, même s'ils n'ont pas d'assurance maladie», déclare le directeur Theo Giannaros. Les Européens ne savent pas ce qui se passe ici. Ils ne comprennent pas qu'ici, les gens sont en train de mourir».

Chantage des fournisseurs

Au bord de la faillite en 2009, la Grèce a été contrainte à une réduction draconienne de ses dépenses publiques.

L'UE et le FMI, créanciers du pays, avaient placé la réorganisation du système de santé parmi leurs priorités. Il s'agissait d'endiguer les maux endémiques de l'hôpital public grec : gaspillage, corruption, mauvaise gouvernance.

Selon l'OCDE, le budget santé par habitant en Grèce a baissé de 25 % entre 2009 et 2012. La contrainte ne s'est pas desserrée depuis.

Déjà inquiet pour les ressources de son hôpital - «nous arrivons à court d'argent» -, le directeur fait face aux inquiétudes de ses fournisseurs depuis que l'ombre d'un Grexit (sortie de la Grèce de l'euro) plane sur le pays.

«Les entreprises ont commencé à nous faire du chantage», dit M. Giannaros. «Nous recevons des courriers nous disant qu'ils ne peuvent plus nous approvisionner à cause de la situation».

«Je ne peux agir sans médicaments, fournitures, nourriture pour les patients. Ce n'est plus une plaisanterie, c'est vraiment un crime», s'alarme le directeur de l'hôpital.

Le contrôle des capitaux imposé par le gouvernement depuis le 29 juin pour maintenir un certain niveau de liquidités dans les banques a aussi contraint les importateurs à remplir des documents administratifs à chaque fois qu'ils passent commande.

Ces contraintes administratives ajoutées aux peurs des fournisseurs que la Grèce quitte la monnaie unique, fait planer un risque de pénurie.

«Actuellement, nous avons deux mois de stock», affirme Evangelos Kolotronis, patron du fabricant grec de médicaments Adelco, précisant que la plupart de ces importations viennent d'Allemagne, Italie, de France et Suisse.

«Aujourd'hui, nous avons fait une demande au ministère pour payer plusieurs commandes d'un montant de 160 000 euros (plus de 225 000 $). J'ai peur que cela prenne du temps», commente-t-il.

Selon M. Giannaros, certains hôpitaux se dépannent les uns les autres pour pallier les manques de médicaments.

Les 28 pays de l'Union européenne se réuniront dimanche lors d'un sommet exceptionnel à Bruxelles.

«Des vies humaines sont en danger et ils doivent faire quelque chose avant d'atteindre le point de non-retour», prévient le directeur de l'hôpital.

Il affirme qu'il se rendra à Bruxelles pour dénoncer personnellement le coût humain de l'austérité.

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