France: l'été politique de François, Nicolas et Marine

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Des spectateurs arborent des masques à l'effigie du président français François Hollande (à gauche) et de son prédécesseur Nicolas Sarkozy, lors d'un match de second tour du célèbre tournoi parisien de tennis Rolland-Garros, le 28 mai.

PHOTO DOMINIQUE FAGET, ARCHIVES AFP

(PARIS) Mi-août. Toute la France est en vacances. Même le président François Hollande vient de terminer les siennes, après un été mouvementé pour tous les partis politiques. Le chef d'État a dû composer avec une économie qui stagne et des conflits internationaux. La présidente du Front national, Marine Le Pen, a quant à elle dû limiter les dégâts d'une déclaration antisémite de son père. Mais le politicien français le plus marquant de l'été n'est pas un élu: mis en examen par la justice, l'ex-président Nicolas Sarkozy ne cache à peu près plus son intérêt pour la présidentielle de 2017. Bilan estival.

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Le président François Hollande, à La Réunion, le 21 août.

PHOTO ALAIN JOCARD, ARCHIVES REUTERS

LA GAUCHE: le président qui stagne

La situation ne s'améliore pas pour le président François Hollande, dont la cote de popularité anémique remonte à peine. Le chef d'État lie lui-même son sort à celui du marché du travail, un pari risqué en ces temps de stagnation économique.

Chômage, candidature et primaires

«Si le chômage ne baisse pas d'ici à 2017, je n'ai ou aucune raison d'être candidat, ou aucune chance d'être réélu.» Le président François Hollande était plutôt candide lorsqu'il a tenu ces propos au cours d'un déjeuner avec des travailleurs, en avril dernier. Pour ceux qui tiennent le compte, le taux de chômage était de 10,1% à l'époque, et il n'a pas bougé. Si seulement c'était la seule question qui pèse sur l'avenir politique de François Hollande... À moins de deux ans de l'élection présidentielle, l'idée d'une primaire pour désigner le candidat socialiste aux prochaines présidentielles n'est pas morte. La cote de popularité du président n'atteignait que 23% en juillet. Mince consolation pour François Hollande: son nouveau premier ministre, Manuel Valls, ne ferait guère mieux. Il a obtenu exactement le même pourcentage d'appuis (17%) lors du dernier sondage de L'Express, à la fin juillet, ce qui donne Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy candidats au deuxième tour en 2017.

Manifs et tragédie aérienne

Le gouvernement de Hollande a aussi dû gérer les répercussions du conflit israélo-palestinien: certaines manifestations propalestiniennes interdites par le gouvernement français ont donné lieu à des débordements, à des gestes de violence contre une synagogue et des commerces juifs. Les manifestations autorisées se sont déroulées dans le calme - et avec la présence de quelques élus du Parti socialiste, malgré l'avis contraire du gouvernement. En outre, François Hollande devait partir en visite officielle à la Réunion le jour où l'avion d'Air Algérie s'est écrasé au Mali. L'accident a coûté la vie à 116 personnes, dont 51 Français. Le chef d'État a annulé son voyage, s'est adressé à la nation et a coordonné de Paris les efforts de recherche et de soutien aux familles des victimes.

L'économie «en panne»

Zéro. Depuis le début de l'année, il n'y a eu aucune croissance économique en France. Après une stagnation de l'économie au premier trimestre (janvier-mars), scénario identique au dernier trimestre (avril-juin). La France évite donc de justesse une récession (deux trimestres consécutifs de croissance économique négative), mais le ministre des Finances Michel Sapin convient tout de même que la croissance économique est «en panne». Le président François Hollande espère convaincre l'Allemagne et l'Union européenne de donner plus de temps à la France pour ramener son déficit annuel à 3% de son PIB. En 2014, le gouvernement français prévoyait un déficit de 3,8% du PIB. Il sera «supérieur à 4%», a prévenu hier le ministre des Finances. Après avoir vu les tribunaux annuler son dernier projet de baisses d'impôts pour des raisons techniques, le gouvernement du premier ministre Manuel Valls doit annoncer cette semaine la nouvelle forme que prendront les baisses du fardeau fiscal (2,5 milliards d'euros par année redistribués en pouvoir d'achat).

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Nicolas Sarkozy, à Paris, le 2 juillet.

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LA DROITE: l'été Sarko

Ce fut l'été de tous les bouleversements pour la droite. Le scandale de Bygmalion a provoqué la démission de Jean-François Copé. Puis, Nicolas Sarkozy a été mis en examen dans le cadre d'une enquête de trafic d'influence. Ce qui n'empêche pas l'ancien président de continuer de donner plusieurs indices sur son retour en politique à temps pour la présidentielle de 2017.

«Une très grande partie du chemin est faite»

Officiellement, Nicolas Sarkozy n'annoncera qu'à l'automne sa décision de revenir ou non en politique en vue de l'élection présidentielle de 2017. Mais les indices s'accumulent. D'abord, cette entrevue donnée début août à Valeurs actuelles. «Que l'on parle de mon retour dans la vie politique, c'est déjà miraculeux en soi. Cela veut dire que cette idée du retour est inscrite dans les têtes et dans les esprits. À partir de ce moment-là, une très grande partie du chemin est faite», dit Nicolas Sarkozy.

En attendant Sarkozy, Juppé candidat

Alain Juppé n'a pas attendu l'automne pour annoncer ses couleurs: il tentera de devenir le candidat de l'UMP pour l'élection présidentielle de 2017. Le maire de Bordeaux et «vieux sage» de la politique française dit vouloir rassembler la droite et le centre. Dauphin de l'ex-président Jacques Chirac, il a été condamné à 14 mois de prison avec sursis et un an d'inéligibilité électorale en 2004 pour du financement politique illégal à la mairie de Paris. Il a passé une année en exil au Québec à enseigner à l'École nationale d'administration publique. Politicien le plus apprécié des Français toutes allégeances confondues selon les derniers sondages, Alain Juppé est le deuxième candidat déclaré en vue des primaires de l'UMP. Un autre ancien premier ministre, François Fillon, est aussi sur les rangs.

Sous la loupe de la justice

La justice française s'intéresse à Nicolas Sarkozy, mis en examen début juillet. Il s'agit d'une étape d'une enquête criminelle qui n'a pas d'équivalent au Québec: des juges d'instruction mettent une personne en examen pour l'interroger s'ils ont des «indices graves rendant vraisemblable» la participation à une infraction criminelle. Après la mise en examen, soit on porte des accusations, soit l'affaire est abandonnée. Début juillet, l'ex-président Sarkozy a donc été mis en examen pour recel de violation du secret professionnel, de corruption et de trafic d'influence actif. Les enquêteurs soupçonnent le politicien et son avocat d'avoir tenté d'obtenir des informations de la part d'un juge au sujet d'une décision judiciaire sur la saisie des agendas de M. Sarkozy en lien avec une enquête sur le financement de sa campagne présidentielle de 2007. Au lendemain de sa mise en examen, Nicolas Sarkozy a fait sa première entrevue télé depuis sa défaite en 2012, se disant «profondément choqué» et remettant en cause l'impartialité de l'une des juges d'instruction au dossier.

Un scandale nommé Bygmalion

Bygmalion, c'est une firme de communications fondée par des proches de Jean-François Copé. C'est aussi le nom d'un scandale ayant mené à la démission du président de l'Union pour un mouvement populaire (UMP), le plus important parti de droite en France. Une enquête de Libération a révélé que l'UMP aurait versé 11 millions d'euros pour 55 conventions thématiques qui n'ont jamais eu lieu selon des membres de l'UMP, et que l'argent aurait plutôt être remis à la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Jérôme Lavrilleux, à la fois chef de cabinet de Jean-François Copé, ancien employé de Bygmalion et haut dirigeant de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, a admis les faits mais a indiqué que ses patrons n'en avaient pas été informés. Depuis la démission de Jean-François Copé, l'UMP est dirigée par un triumvirat d'ex-premiers ministres: François Fillon, Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin. L'UMP se choisira un nouveau président lors de son congrès cet automne. Le parti doit aussi décider des règles pour choisir son candidat à l'élection présidentielle de 2017.

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La chef du FN Marine Le Pen, à Nanterre, en région parisienne, le 25 mai.

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L'EXTRÊME DROITE: en position de tête

Elle est première dans les sondages pour le premier tour de la présidentielle de 2017. Mais Marine Le Pen est aussi la fille de Jean-Marie Le Pen, qui l'a mise dans l'embarras.

Un succès eurosceptique

Avec un gouvernement impopulaire et une droite désorganisée, c'est le Front national qui est sorti grand gagnant des élections européennes en France. Pour la première fois de son histoire, le parti d'extrême droite prend le premier rang d'un scrutin national en France avec 24,85% des voix et 24 députés européens (sur 74 en France). L'UMP arrive deuxième avec 20,8% des voix et 20 députés, le Parti socialiste troisième avec 14% et 13 élus. Eurosceptique, le Front national a notamment fait campagne pour l'arrêt de l'immigration, le protectionnisme économique et le rapatriement de pouvoirs européens en France. Des partis eurosceptiques ont aussi terminé au premier rang du scrutin en Grande-Bretagne, au Danemark et en Pologne.

La «fournée» de papa

«On fera une fournée la prochaine fois», dit Jean-Marie Le Pen à propos de Patrick Bruel dans une vidéo sur le site web du Front national au début juin. D'abord, le contexte. Jean-Marie Le Pen, fondateur, président d'honneur et père de l'actuelle présidente du Front national, a déjà quelques déclarations antisémites à son actif en 42 ans de carrière politique. Patrick Bruel, d'origine juive, est un grand chanteur français. Et la «fournée», une allusion aux fours crématoires des nazis durant la Seconde Guerre mondiale. «Avait-il besoin de nous rappeler son vrai visage et celui du FN?», a dit Patrick Bruel après cette déclaration. Marine Le Pen a condamné «la faute politique» de son père, à qui elle a succédé en 2011. «Avec [sa] très longue expérience [...], ne pas avoir anticipé l'interprétation qui serait faite de cette formulation est une faute politique dont le Front national subit les conséquences», a-t-elle dit. Le paternel a ensuite répliqué que c'était sa fille qui faisait une faute politique en tentant de faire du Front national «un parti comme les autres».

Un air de déjà-vu

Pas moins de 26% des voix: c'est la marque obtenue par Marine Le Pen au dernier sondage réalisé par l'Institut français de l'opinion publique (IFOP) pour le magazine L'Express du 31 juillet dernier. S'il y avait eu une élection, la présidente du Front national aurait pris la tête du premier tour devant Nicolas Sarkozy (25%) et François Hollande (17%). Le scénario n'est pas nouveau: un an avant l'élection présidentielle de 2012, Marine Le Pen arrivait aussi première dans les sondages, un scrutin où elle a finalement été écartée du deuxième tour en terminant troisième.




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