Attentat de Flint: Ftouhi était titulaire d'une carte EXPRES, selon son CV

Les policiers du SPVM ont interpellé trois individus,... (Photo Patrick Sanfaçon, La Presse)

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Les policiers du SPVM ont interpellé trois individus, rue Belair dans Saint-Michel, en lien avec l'attentat survenu à l'aéroport de Flint au Michigan.

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Amor Ftouhi n'était sur l'écran radar de personne. Selon son CV, que La Presse a obtenu, il était même titulaire d'une carte EXPRES lui permettant de passer la frontière canado-américaine plus rapidement, un privilège obtenu après la vérification des antécédents et une évaluation du risque.

Le père de famille montréalais qui a poignardé hier matin un policier à Flint, au Michigan, n'était pas connu de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Ses voisins ne parlent pas de lui comme d'un extrémiste. L'homme ne tenait pas de propos haineux sur sa page Facebook. 

Cela ne l'a pas empêché de parcourir plus de 900 kilomètres par la voie terrestre via le poste-frontière de Saint-Bernard-de-Lacolle/Champlain pour aller commettre une agression que le FBI traite comme une attaque terroriste dans un aéroport mineur des États-Unis. Pourquoi ?

Peu d'informations ont filtré, tant sur les motifs que sur le passé d'Amor Ftouhi, 50 ans, un Montréalais d'origine tunisienne, que le FBI considère comme un « loup solitaire ».

Carte EXPRES

Selon nos informations, le quinquagénaire travaillait comme camionneur. C'est dans le cadre de ce travail qu'il affirme, dans un CV daté de mars 2017, être titulaire d'une carte EXPRES, document qui lui permettait de passer la frontière canado-américaine plus rapidement. Ces cartes ne sont délivrées aux camionneurs canadiens et américains qu'après vérification des antécédents judiciaires et au terme d'une évaluation du risque posé par le titulaire. Selon toute apparence, le nom d'Amor Ftouhi n'a pas levé de drapeau rouge.

« Tous les participants au programme doivent faire l'objet d'une évaluation du risque. Comme les participants autorisés présentent un faible risque, l'Agence des services frontaliers du Canada peut concentrer ses ressources et ses efforts en matière de sécurité sur le traitement des voyageurs à risque élevé ou inconnu », lit-on sur le site du gouvernement du Canada.

Selon une source dans l'industrie du camionnage, l'homme a à quatre reprises, en février dernier, tenté d'obtenir un emploi dans une entreprise de camionnage québécoise qui fait de nombreuses livraisons aux États-Unis. Il n'aurait pas obtenu le poste, qui lui aurait permis de faire régulièrement des allers-retours entre le Canada et les États-Unis.

Le CV de M. Ftouhi indique toutefois qu'il travaille comme camionneur pour une agence de placement. Il nous a été impossible de joindre quelqu'un à l'agence, hier soir. Son emploi de routier peut expliquer ses fréquents passages à la frontière, évoqués hier par les autorités américaines responsables de l'enquête sans autres explications.

Dans son CV, il se vante d'avoir un dossier routier et un dossier criminel vierges. Nos recherches n'ont pas révélé d'antécédents judiciaires. Plusieurs sources ont confirmé que l'homme n'était pas sur l'écran radar de la GRC ou de son Équipe intégrée de la sécurité nationale.

Le Montréalais affirme également avoir travaillé comme agent de sécurité durant cinq années, sans préciser où.

Il aurait aussi occupé un emploi, à partir de 2007, comme commis au service à la clientèle dans un supermarché de l'avenue du Parc à Montréal, ce qui voudrait dire qu'il vit dans la métropole depuis au moins 10 ans.

Opération policière à Montréal

Amor Ftouhi, marié et père de trois enfants, vit avec sa famille dans un logement de la rue Bélair à l'angle de la 16e Avenue, dans l'est de Montréal. C'est là, dans le petit immeuble de briques blanches situé à plus de 900 kilomètres du lieu de l'attaque de Flint, que la GRC a mené une perquisition jusqu'à tard hier soir, à la demande du FBI.

En fin d'après-midi, les membres de sa famille, le visage caché derrière des couvertures, ont été escortés hors de l'édifice et emmenés au quartier général de la GRC à Montréal pour être interrogés, avons-nous pu confirmer.

Selon un voisin, Mohisin Asir, le suspect habite l'immeuble de quatre étages depuis « au moins deux ans ». « C'est un monsieur sérieux. Un père de famille », raconte M. Asir. Les voisins se sont dits estomaqués d'apprendre que c'est Ftouhi qui avait été arrêté pour l'attentat dont ils avaient tous entendu parler à la télé. Ceux qui le connaissent n'avaient rien à lui reprocher.

De même, sur la page Facebook qui porte son nom, on ne voit aucun propos haineux ou violent.

Une des voisines a même raconté à La Presse que le suspect avait déjà tenté de lui vendre une assurance. L'homme affirme publiquement avoir travaillé pour l'Industrielle Alliance, information que l'entreprise a nuancée. « Durant une courte période de cinq mois, soit de février à juillet 2011, M. Amor Ftouhi a été aux études en vue de devenir représentant de l'Industrielle Alliance. Il a toutefois quitté l'entreprise avant d'obtenir son certificat. Il n'a donc jamais été représentant de l'Industrielle Alliance », note Pierre Picard, responsable des relations publiques de l'entreprise.

Pourquoi Flint ?

Hier, à 8 h 52, le Montréalais est entré dans l'aéroport international Bishop de Flint au Michigan. Un peu moins d'une heure plus tard, armé d'un couteau à lame dentelée, il poignardait le policier Jeff Neville.

Ce n'est qu'en fin d'après-midi que le FBI a fait la lumière sur le déroulement exact de l'attaque survenue en matinée.

Amor Ftouhi serait arrivé dans l'aéroport une cinquantaine de minutes avant de passer à l'acte, visitant notamment le restaurant du petit aéroport avec deux sacs qu'il traînait sur lui. Il a abandonné ces derniers dans une salle de bains, dont il est sorti avec un couteau d'une trentaine de centimètres de long, a expliqué l'agent spécial David Gelios.

Des témoins l'ont entendu crier « Allahou Akbar », a rapporté un policier. Pendant l'attaque, « il a continué de prononcer "Allah" et a formulé des reproches sur les morts en Syrie, en Irak et en Afghanistan. 

Il a affirmé que tout le monde allait mourir », a rapporté l'agent spécial Gelios. « Manifestement, il cultive une haine pour les États-Unis. »

Selon un document judiciaire rédigé par le FBI, Ftouhi aurait demandé à un policier - après avoir été maîtrisé - pourquoi il ne l'avait pas tué.

Quant à la victime, son état était jugé « satisfaisant » hier par son patron Chris Muller. Il a dû subir une opération chirurgicale pendant la journée.

« Loup solitaire »

L'enquête ne faisait que débuter hier, mais déjà les autorités semblaient s'éloigner de la piste du réseau terroriste bien établi. En milieu d'après-midi, le corps fédéral de police a décrit l'événement comme un « incident isolé ».

« Nous ne croyons pas que d'autres individus étaient impliqués, a ensuite précisé David Gelios. Nous n'avons pas d'information qui suggère un complot terroriste plus vaste, mais l'enquête commence à peine. Nous demandons des mandats de perquisition pour du matériel électronique, pour son véhicule. Seul le temps pourra nous indiquer si d'autres personnes étaient au courant de son plan, mais pour le moment, nous le considérons comme un loup solitaire. »

Amor Ftouhi a comparu devant la juge fédérale Stephanie Dawkins Davis dès hier soir. Il portait une combinaison orange et un masque anti-crachat afin de l'empêcher de projeter sa salive sur les agents carcéraux, a rapporté le média local MLive, qui ajoute qu'il avait déjà ciblé ainsi un employé.

L'homme a été déclaré admissible à l'aide juridique. Il devrait revenir devant la justice la semaine prochaine et demeurera détenu.

- Avec la collaboration de Vincent Larouche, Sylvain Larocque et Daniel Renaud, La Presse




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