Trump se sert de Londres pour défendre son décret anti-immigration

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Donald Trump montant à bord de l'avion présidentiel, Air Force One.

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Andrew BEATTY
Agence France-Presse
Washington

Donald Trump s'est saisi de l'attentat meurtrier de Londres pour défendre sa volonté de bloquer l'entrée des États-Unis aux ressortissants de certains pays à majorité musulmane, attisant les tensions avec le Royaume-uni et risquant de mettre en péril cette mesure controversée, bloquée par la justice.

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Enchaînant les salves sur Twitter depuis l'attaque, le président américain est revenu à la charge dès le petit matin, jugeant «pathétiques» les explications du maire de Londres, Sadiq Khan, qui s'était défendu d'avoir pris le terrorisme à la légère.

Des rallyes de campagne aux salons de la Maison-Blanche, le milliardaire républicain a gardé un même ton militant pour défendre ses mesures sur l'immigration et dénoncer le terrorisme djihadiste, éreintant ceux qui le critiquent quitte, cette fois, à ébranler la solide et longue relation unissant Londres et Washington.

«Nous ne laisserons pas Donald Trump diviser nos communautés», a finalement rétorqué Sadiq Khan, premier maire musulman de cette capitale fière de son cosmopolitisme. «Certains se nourrissent de la querelle et la division», a-t-il martelé sur la BBC lundi soir.

Après l'avoir laissé plusieurs heures sans réponse, le maire a également renvoyé le président américain dans les cordes de son réseau social préféré, expliquant sur Sky News avoir des choses plus importantes à faire que de «répondre à des tweets de Donald Trump» alors que la ville se relève à peine de l'attaque, dans un pays plusieurs fois meurtri par des attentats ces dernières semaines.

Au lendemain de l'attaque qui a fait sept morts, Sadiq Khan avait averti les Londoniens qu'ils allaient remarquer une présence renforcée de policiers armés, les appelant à ne pas s'en alarmer. Saisissant ces mots, Donald Trump avait accusé le maire de minimiser la menace.

«Nous devons cesser d'être politiquement corrects et nous mettre au travail sur la sécurité pour nos concitoyens. Si nous ne sommes pas malins, cela ne fera qu'empirer», a écrit le président dimanche.

En privé, des diplomates britanniques ne cachent pas leur colère face à ces propos. Et en public, la première ministre britannique Theresa May a affiché sans détour son soutien au maire travailliste de Londres, opposant un démenti à peine masqué au président américain.

«Sadiq Khan fait du bon travail et c'est incorrect de dire le contraire», a déclaré la conservatrice.

Aux États-Unis, de nombreux diplomates et responsables politiques aguerris font part de leur grande gêne. «Mes amis du Royaume-uni: je m'excuse», a ainsi déclaré Ben Rhodes, un ancien proche conseiller de Barack Obama.

«Justice politisée» 

Avec son avalanche de tweets, Donald Trump a ouvert un double front, en plongeant également son projet de décret anti-immigration, suspendu par la justice, dans des eaux troubles.

«Le département de la Justice doit demander un examen d'urgence de l'interdiction de voyager édulcorée devant la Cour suprême et demander une version beaucoup plus stricte», a-t-il déclaré lundi sur Twitter.

L'administration Trump a saisi jeudi la Cour suprême pour faire rétablir ce décret interdisant temporairement l'arrivée sur le sol américain aux ressortissants de six pays (Iran, Libye, Somalie, Syrie, Soudan et Yémen) et à tous les réfugiés.

Pour défendre sa constitutionnalité devant les juges, la Maison-Blanche a joué la prudence, assurant que le décret ne représentait pas une «interdiction» («ban») d'entrer et ne ciblait pas spécifiquement les musulmans.

Rompant avec ces précautions, le président a écrit lundi: «Les gens, les avocats et les tribunaux peuvent l'appeler comme ils le veulent, mais je l'appelle comme nous devons le faire, c'est-à-dire une INTERDICTION DE VOYAGE!»

«Les tribunaux sont lents et politisés», a-t-il poursuivi dans une critique à la justice extrêmement rare aux États-Unis de la part d'un élu.

Des messages qui dérangeaient jusque dans les cercles proches du président, comme en témoigne ce tweet de l'époux de sa proche conseillère, Kellyanne Conway.

«Ces tweets font que certains se sentent peut-être mieux mais ils n'aideront certainement pas» l'administration à obtenir le feu vert de la Cour suprême, a ainsi estimé George Conway, concluant - en parodiant une expression célèbre de Donald Trump - ses propos d'un simple «Sad» (Triste).




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