Au procès Dylann Roof, plongée dans le bain de sang de Charleston

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L'église Emanuel African Methodist Episcopal Church, à Charleston, où a eu lieu la tuerie le 17 juin 2015.

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Shahzad ABDUL
Agence France-Presse
Washington

Des images de la scène du crime perpétré par Dylann Roof dans une église noire de Caroline du Sud en 2015 ont créé l'effroi jeudi au deuxième jour de son procès, offrant une plongée inédite dans ce bain de sang à huis clos.

Les propres avocats du jeune homme de 22 ans, accusé d'avoir commis la pire tuerie raciste de l'histoire récente des États-Unis, ne nient pas les faits reprochés. L'audience du jour était toutefois consacrée aux preuves matérielles, notamment appuyées par des photos et des images de vidéosurveillance présentées par les enquêteurs.

Les paroissiens affluaient un à un dans l'Emanuel African Methodist Episcopal Church de Charleston, une église emblématique de la lutte des Noirs contre l'esclavage, lorsque Dylan Roof, partisan de l'apartheid convaincu de la supériorité de la race blanche, s'est présenté à son tour.

Ce soir du 17 juin 2015, l'une des trois caméras extérieures de vidéosurveillance, celle placée au-dessus de l'embrasure de la porte d'entrée, filme un jeune homme blanc à la coupe au bol sortir de sa Hyundai Elantra noire, vers 20h17.

Sur les images montrées par Daniel English, sergent de police à Charleston chargé de l'enquête à l'époque, on le voit ressortir sans hâte à 21h07, regardant à droite et à gauche, pistolet Glock à la main, avant de s'engouffrer dans son véhicule.

Des cinquante minutes que Dylann Roof a passées à l'intérieur, il en a patienté une trentaine en compagnie des fidèles, auxquels il assure vouloir participer à la séance d'étude de la Bible.

Puis en pleine lecture, il se lève et fait feu plus de 70 fois pour abattre neuf Noirs, laissant seulement trois rescapés. 

Mares de sang 

Signe du chaos semé par le jeune homme, une enquêtrice a affirmé jeudi que les forces de l'ordre ont été à court de balises pour marquer chaque élément de preuve, comme des cartouches, des balles, des douilles et autres effets personnels jonchant le sol.

Pour la première fois, les images de la scène du crime montrées aux jurés ainsi qu'aux familles des victimes, «particulièrement dérangeantes» selon les termes du juge Richard Gergel, laissent entrevoir les détails et l'horreur du massacre.

Une large flaque de sang souille l'entrée de l'église et plus loin, près d'un drapeau américain, sous des tables, d'autres mares de sang, selon un compte-rendu d'audience du journal Post and Courier.

Au milieu de la salle, plusieurs corps gisant sous les tables témoignent de la peur. À une extrémité, le corps du révérend Clementa Pinckney, qui avait tendu une Bible quelques minutes plus tôt à Dylann Roof, est allongé face contre le sol.

La vue de ces photos glace la salle, plongée dans un silence complet. Assis tête baissée, vêtu d'un pull noir, Dylann Roof lui feuillette des pages, selon Karina Bolster, journaliste pour la chaîne locale Live5News.

Perpétuité ou peine de mort 

L'objectif, selon le procureur Jay Richardson, de cet attentat «raciste» qui avait choqué l'Amérique et qu'il estime minutieusement préparé, était d'engendrer une guerre raciale dans un pays déjà profondément divisé.

À l'issue de ce procès devant la justice fédérale qui pourrait s'étaler jusqu'à début 2017, le jury de 18 personnes composé à 67% de Blancs devra déterminer le sort de ce solitaire au visage juvénile. La principale question est de savoir s'il écopera d'une peine de prison à perpétuité ou de la peine capitale.

Le procureur, lui, a déjà assuré qu'il requerrait la mort.

Quant à Dylann Roof, il a confirmé par écrit qu'il plaidait «non coupable».

Chez lui, les enquêteurs avaient notamment retrouvé des croix gammées et autres références nazies.

Cette deuxième journée d'audience s'est ouverte sur une demande d'annulation du procès par les avocats de l'accusé après le passage à la barre d'une survivante mercredi.

Felicia Sanders, qui a vu mourir son fils sous ses yeux, a dit aux jurés que Dylann Roof avait sa place «au fin fond de l'enfer».

Elle s'est ainsi prononcée sur la sentence qui devrait être réservée à l'accusé, ce qui est interdit, ont dénoncé en substance les conseils de ce dernier.

Le juge Gergel a rejeté la demande, estimant que le témoignage était «pertinent» et qu'il relevait davantage avant tout d'un «commentaire religieux». Felicia Sanders avait notamment décrit Dylann Roof comme «le diable».




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