Trump parle avec la présidente de Taïwan, risquant de froisser la Chine

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Le président désigné des États-Unis, Donald Trump, et la présidente de Taïwan, Tsai Ing-wen.

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Nicolas REVISE, Jerome CARTILLIER
Agence France-Presse
NEW YORK

Le président désigné des États-Unis Donald Trump a pris le risque vendredi d'une crise majeure avec la Chine après avoir parlé au téléphone avec la présidente de Taïwan Tsai Ing-wen, une rupture spectaculaire avec 40 ans de tradition diplomatique avec Pékin et Taipei.

Confirmant son style atypique, le président élu américain Donald Trump a pris le risque d'une crise majeure avec la Chine vendredi en parlant au téléphone avec la présidente de Taïwan, une rupture spectaculaire avec 40 ans de tradition diplomatique avec Pékin et Taipei.

Washington, que ce soit des administrations républicaines ou démocrates, soutient depuis les années 1970 la politique de la «Chine unique» ou d'«une seule Chine» qui l'a vu reconnaître Pékin en 1978 et rompre ses relations diplomatiques avec Taïwan en 1979.

Lors de leur conversation, sans précédent à ce niveau depuis des décennies, Donald Trump et Tsai Ing-wen «ont pris note des liens étroits en matière économique, politique et de sécurité entre Taïwan et les États unis», selon un compte-rendu de l'équipe du prochain locataire de la Maison-Blanche.

La présidente taïwanaise, élue en mai, et le président américain élu le 8 novembre et qui prêtera serment le 20 janvier, se sont mutuellement «félicités», a ajouté le communiqué, qui rapporte aussi des appels téléphoniques vendredi avec le président afghan Ashraf Ghani, le président populiste des Philippines Rodrigo Duterte et le premier ministre de Singapour Lee Hsien Loong.

Selon M. Duterte, Donald Trump l'aurait encouragé dans sa très controversée guerre contre la drogue, en lui disant notamment qu'il appliquait «la bonne méthode».

Communication via Twitter

Face aux critiques soulevées par sa discussion avec la dirigeante taïwanaise, M. Trump a tweeté dans la soirée: «La présidente de Taïwan M'A TÉLÉPHONÉ aujourd'hui pour me féliciter de ma victoire à la présidence. Merci!».

Avant d'ajouter un peu plus tard dans un autre tweet: «Intéressant le fait que les USA vendent des milliards de dollars d'équipement militaire à Taïwan mais (que) je ne devrais pas accepter un appel de félicitations».

Il est très inhabituel pour un président ou président élu américain de se justifier de cette façon, mais M. Trump a montré tout au long de sa campagne qu'il avait une propension aux réactions épidermiques sur Twitter.

Christopher Hill, ex-secrétaire d'État adjoint pour l'Asie orientale et le Pacifique du républicain George W. Bush, a estimé sur CNN que cet entretien était «une énorme erreur», déplorant la «tendance à l'improvisation» de la future administration Trump.

Taïwan est de facto séparée de la Chine depuis la fin de la guerre civile en 1949, lorsque l'armée nationaliste du Kuomintang (KMT) s'était réfugiée dans l'île après sa défaite face aux communistes. Pékin considère toujours Taïwan comme faisant partie de la Chine.

Un protocole bousculé

La Maison-Blanche, occupée jusqu'au 20 janvier par le président démocrate Barack Obama, a réaffirmé vendredi soir son soutien à la politique de «la Chine unique». «Il n'y a aucun changement dans notre politique de longue date», a indiqué à l'AFP Emily Horne, porte-parole du Conseil de sécurité nationale (NSC).

Si cet appel entre Donald Trump et Mme Tsai était totalement absent des médias chinois samedi, Pékin n'a pas manqué de réagir, via son ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, qui a parlé d'«une basse manoeuvre manigancée par Taïwan».

«Cela ne peut tout simplement pas modifier le cadre d'une seule Chine intégré par la communauté internationale (et) je ne pense pas que cela changera la politique adoptée depuis des années par les États-Unis», a déclaré le ministre à la télévision hong-kongaise Phoenix TV.

Ces appels téléphoniques de M. Trump, qui rompent avec les règles du protocole durant la transition du pouvoir à Washington, le département d'État n'ayant été associé que de très loin à ces démarches, font suite à un autre échange téléphonique cette semaine avec le premier ministre pakistanais Nawaz Sharif.

M. Trump l'a couvert d'éloges, ce qui a stupéfié des diplomates. Mi-novembre, il avait aussi surpris en recevant à New York le premier ministre japonais Shinzo Abe en présence de sa fille Ivanka Trump.

D'une manière générale, le grand flou autour de la politique étrangère de Donald Trump --considéré plutôt comme un isolationniste-- inquiète les alliés historiques de l'Amérique en Europe et en Asie.

«Ainsi débutent des guerres»

«Ce qui s'est passé ces 48 dernières heures n'est pas simplement une évolution. Ce sont des pivots majeurs en politique étrangère, sans aucune prévision. C'est ainsi que débutent des guerres», a tweeté vendredi le sénateur démocrate Chris Murphy.

Il a plaidé pour qu'un secrétaire d'État soit nommé «vraiment, vraiment rapidement» et «avec de l'expérience, c'est préférable».

M. Trump n'a pas encore pourvu ce poste. Seraient en lice l'ancien candidat républicain à la présidentielle 2012, Mitt Romney, le général et ex-chef de la CIA David Petraeus et l'ancien maire de New York Rudy Giuliani.

Après avoir lancé une «tournée de la victoire» dans les États ayant permis son élection, le milliardaire a continué vendredi à recevoir, dans sa «Trump Tower» de Manhattan, les prétendants en quête d'un poste dans son futur gouvernement.

Le dernier choix en date, celui du général retraité James Mattis, 66 ans, comme prochain secrétaire à la Défense, a été bien accueilli par nombre d'élus démocrates et républicains.




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