Mike Pence: «Un chrétien, un conservateur et un républicain»

En 2015, Mike Pence s'est attiré les foudres... (PHOTO JOHN LOCHER, ASSOCIATED PRESS)

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En 2015, Mike Pence s'est attiré les foudres de plusieurs entreprises en faisant adopter une loi en Indiana qui permettait aux commerçants de refuser des services aux homosexuels et aux lesbiennes sur la base de leurs croyances religieuses.

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Maison-Blanche 2016

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Maison-Blanche 2016

Qui succédera à Barack Obama ? Consultez notre dossier sur l'élection présidentielle américaine de 2016. »

(Cleveland) Hier, les projecteurs de la convention républicaine étaient braqués sur Mike Pence, le gouverneur de l'Indiana qui est devenu officiellement le colistier de Donald Trump dans la course à la Maison-Blanche. Peu connu du grand public, l'ancien animateur de radio séduit autant la frange ultraconservatrice du Parti républicain qu'il effraie les organisations progressistes du pays. À Cleveland, notre journaliste a rencontré ses alliés et ses ennemis.

« Mike Pence est un vrai de vrai conservateur, mais il n'a pas une once de colère en lui. Difficile à croire, non ? »

Dans la gigantesque arène de la convention républicaine, Mike McDaniel rit de bon coeur. L'ancien président du Parti républicain de l'Indiana est ravi de voir le nom de son ami de longue date juste au-dessous de celui de Donald Trump sur les centaines d'affiches qui l'entourent.

M. McDaniel connaît Mike Pence depuis 1974 et ne tarit pas d'éloges pour son allié. « C'est un chrétien avec des valeurs familiales très fortes. Sa femme, Karen Pence, est sa principale conseillère. C'est un grand leader dans notre parti et il sait communiquer », dit l'homme qui a partagé le micro à la radio avec Mike Pence pendant les années 90 en plus de le côtoyer en politique.

Lorsqu'il était en ondes, Mike Pence aimait se décrire comme le « Rush Limbaugh décaféiné », soit une version plus douce de l'animateur conservateur le plus en vue des États-Unis.

Aujourd'hui, Mike McDaniel croit que le gouverneur de l'Indiana deviendra en quelque sorte la version « décaféinée » de Donald Trump. 

« Les deux hommes sont très similaires sur le plan des valeurs, mais leur style est complètement différent. » - Mike McDaniel, ancien président du Parti républicain de l'Indiana

« Trump peut parler des heures sans notes. Mike Pence est très structuré. Avec lui, il y a toujours un point un, deux et trois », dit-il.

DEUX VISIONS

Difficile à première vue de voir les similitudes entre Trump et son colistier. Né près d'un champ de maïs dans l'Indiana, un de six enfants, Mike Pence n'a pas eu la jeunesse dorée de Donald Trump l'héritier.

Se définissant comme un « chrétien, un conservateur et un républicain, dans cet ordre », Mike Pence, un fervent évangéliste, est un chouchou du Tea Party, le mouvement ultraconservateur divisé à l'égard de Donald Trump.

Si Trump s'oppose aux traités de libre-échange avec véhémence, Mike Pence, qui a siégé à la Chambre des représentants de 2000 à 2012 avant de devenir gouverneur, les a toujours soutenus.

Sur la guerre en Irak, les deux hommes ne voient pas les choses du même oeil non plus. Lors de leur première entrevue commune dimanche soir à la célèbre émission 60 minutes, Donald Trump a dit devant son colistier qu'il avait « fait une erreur » en soutenant l'invasion du pays.

De plus, avant d'être nommé colistier, Mike Pence, qui a d'abord soutenu le sénateur texan Ted Cruz dans la course à la direction républicaine, s'en est pris aux idées de Trump sur Twitter. « Les appels à bannir l'entrée de musulmans aux États-Unis sont offensants et anticonstitutionnels », a écrit le gouverneur.

LE DIPLOMATE

Devant ces confrontations d'idées, comment comprendre le choix de Donald Trump ? Hier, en conférence de presse à Cleveland, Paul Manafort, le chef de la campagne de Donald Trump, a donné un début de réponse.

« Depuis qu'il est gouverneur, le taux de chômage en Indiana a chuté de 8 % [les statistiques indiquent une chute de 6 %], il est arrivé à un budget équilibré en trois ans tout en améliorant les infrastructures dans son État et en investissant de l'argent en éducation », a dit M. Manafort, en ajoutant que Donald Trump a été impressionné par le bilan économique de M. Pence lors de ses visites en Indiana en aval des primaires du 3 mai.

Le camp de Trump voit aussi en Pence un fin navigateur des méandres de Washington. Pence a passé plus de 10 ans dans la capitale, grimpant les échelons du pouvoir républicain. Il était le no 3 du parti au Congrès quand il a déménagé dans la résidence du gouverneur à Indianapolis.

ANTI-FEMMES

Si la consécration de Mike Pence comme candidat à la vice-présidence fait à la fois plaisir à l'élite républicaine - qui voit en lui un homme plus diplomate que Trump - ainsi qu'aux partisans les plus à droite, estimant que Trump est un libéral en habits républicains, les organisations progressistes du pays tirent la sonnette d'alarme. Selon ses opposants, Mike Pence est un chantre de l'intolérance et de l'obscurantisme, tout comme Donald Trump.

« La vie de Mike Pence est une longue croisade contre les droits des femmes. » - Erica Sackin, porte-parole de l'organisation Planned Parenthood, qui dirige des cliniques de santé reproductive et d'avortement à travers le pays

Opposé à l'avortement depuis toujours, Mike Pence a maintes fois tenté de faire adopter des lois à Washington comme en Indiana pour limiter l'accès aux interruptions de grossesse.

Un projet de loi qu'il a piloté en mars 2016 était tellement extrême - interdisant l'avortement en cas d'anomalies du foetus - que bon nombre de républicains de l'État ont voté contre.

« Il s'inscrit en continuité avec ce que Donald Trump propose en matière d'avortement », note Mme Sackin, en rappelant que le candidat républicain a suggéré de punir les femmes qui se font avorter. La jeune femme, qui a tenu un rôle-clé dans la campagne de Barack Obama en 2008, était à Cleveland hier pour distribuer des condoms. Sur l'emballage, on pouvait lire « protégez-vous contre Trump ».

ANTI-GAI

Sur la place centrale de Cleveland, la Place publique, où des centaines de personnes manifestaient pour ou contre Donald Trump hier, Iusceli Flores, 20 ans, ne pouvait pas cacher son dégout à l'endroit du gouverneur de l'Indiana. « Il est intolérant à l'égard des immigrants et il a peur des queer. Il n'y a rien d'amical dans la manière dont il voit nos communautés », a dit la jeune femme, flanquée du drapeau arc-en-ciel de la fierté gaie.

En 2015, Mike Pence s'est attiré les foudres de plusieurs entreprises en faisant adopter une loi en Indiana qui permettait aux commerçants de refuser des services aux homosexuels et aux lesbiennes sur la base de leurs croyances religieuses.

« Nous ne devons pas permettre ce genre d'idées rétrogrades », dit Iusceli Flores.

Affublée d'une version rose de la couronne de la statue de la Liberté, Chelsea Byers, qui milite au sein de l'organisation pacifiste et féministe Code Pink, protestait elle aussi contre l'alliance Trump-Pence hier. « Nous avons maintenant ce dont nous avions le plus peur pour le ticket républicain. Donald Trump flanqué de quelqu'un qui a une longue histoire anti-choix et qui veut amener ses idées religieuses à la Maison-Blanche. Je ne peux pas croire qu'autant de haine a maintenant une tribune nationale », s'est désolée la jeune Californienne.

MIKE PENCE EN SEPT DATES

1959

Mike Pence naît à Colombus, en Indiana.

1985 

L'année où il reçoit son diplôme de droit, Mike Pence épouse Karen Batten. Ils ont trois enfants.

1990

L'avocat devient aussi animateur de radio.

1998 et 2000

Il échoue dans ses premières tentatives de se faire élire. 

2000 

Il est élu pour la première fois à la Chambre des représentants.

2012 

Il est élu au poste de gouverneur de l'Indiana.

2016 

Il devient le colistier de Donald Trump dans la course à la Maison-Blanche.

Mike Pence... (AP, John Locher) - image 2.0

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Mike Pence

AP, John Locher

EXTRAITS DU DISCOURS DE MIKE PENCE

« J'ai suivi cette campagne de près et je ne pensais pas que je serais sur cette scène ce soir. Je pensais que je serais parmi les délégués de l'Indiana. Mais il y a quelques jours, j'étais avec l'homme qui a gagné 37 États et qui a amené des millions de nouveaux partisans dans les rangs du parti. C'est un homme connu pour sa grande personnalité et son grand charisme. J'imagine qu'il cherchait de l'équilibre [en me choisissant]. »

« Pour ceux qui ne me connaissent pas, et c'est le cas de la plupart d'entre vous, je suis né dans la première rangée du rêve américain. »

« La meilleure chose qui m'est arrivée, c'est quand il y a 31 ans j'ai marié la femme de mes rêves, une enseignante et une artiste et la meilleure partie de ma vie. Et qu'importe la fonction que je pourrais occuper, mon emploi le plus important s'épelle D.A.D. [papa]. »

« Dans quel autre endroit l'esprit libre de Donald Trump trouverait-il sa place si ce n'est dans le pays des hommes libres et braves ? »

« Au moment où l'Amérique demande quelque chose de neuf, l'autre parti a répondu avec une vieille recette et un visage connu, [...] avec la Secrétaire du statu quo. [...] Quand Donald Trump deviendra président des États-Unis d'Amérique, les changements vont être gigantesques. »

« Personne d'entre nous ne devrait penser que ça va être facile. La machine d'Hillary Clinton est redoutable. Demandez-le à Bernie Sanders. Et la presse va faire la moitié du travail pour elle. Mais ce ne sera pas assez. »

« Nous sommes le parti de Lincoln. Et en ces temps difficiles, ce sera notre parti et notre ordre du jour qui ouvrira la voie. »

« Au nom de la sainteté de la vie, du deuxième amendement et pour nos libertés, nous devons nous assurer que celui qui nommera des juges à la Cour suprême sera Donald Trump. »

« Si les gens ne savent rien d'autre, ils sauront ceci : les États-Unis se tiennent à côté d'Israël. »

« Si vous avez regardé le calendrier ce matin, vous avez peut-être remarqué, la présidence de Barack Obama se termine dans exactement six mois. Ce qui est certain des années Obama, c'est qu'elles finissent mal. Peu de choses semblent nous unir, mais quand la politique échoue, nous devons nous rappeler que plus de choses nous unissent que de choses nous divisent. »

« Nous sommes à un autre rendez-vous avec la destinée. Et j'ai la foi, foi en la capacité des Américains et en Dieu, qui peut encore guérir notre pays. »

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