New York: le village de Richard Hétu

Le chant des coqs ne me réveille plus à l'aube, mais des poules caquettent... (PHOTO FOURNIE PAR RICHARD HÉTU)

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Richard Hétu

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La Presse

Le chant des coqs ne me réveille plus à l'aube, mais des poules caquettent encore dans les jardins communautaires du quartier. Je les fréquente pour ma part à la Plaza Cultural, où les petits potagers et les bacs à compost avoisinent un étang artificiel et un amphithéâtre construit avec les moyens du bord, à l'intersection de l'avenue C et de la 9e Rue.

Le See Squat, sis au 155 avenue C,... (PHOTO FOURNIE PAR RICHARD HÉTU) - image 1.0

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Le See Squat, sis au 155 avenue C, est l’un des 11 squats de Loisaida qui ont survécu aux assauts des policiers et des avocats de la Ville de New York. On y trouve depuis peu un musée au rez-de-chaussée.

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Loisaida a beaucoup changé depuis mon arrivée, il y a 20 ans.

Loisaida, pour les non initiés, c'est Lower East Side prononcé à l'espagnol, langue maternelle des immigrants portoricains qui ont commencé à s'y installer au milieu du siècle dernier. Le terme fait aujourd'hui référence à l'avenue C ou à Alphabet City, nom tombé en désuétude depuis que les promoteurs immobiliers ont étendu l'appellation East Village au secteur de Manhattan traversé par les avenues A, B, C et D. Ça fait plus BCBG, pour continuer dans la même veine alphabétique.

Et, de fait, la criminalité longtemps associée à Alphabet City, marché de la drogue à ciel ouvert dans les années 70 et 80, a fait place aux problèmes liés à l'embourgeoisement urbain. L'été dernier, par curiosité, je suis allé visiter un appartement à vendre dans la 12e Rue, entre les avenues A et B. Une seule et unique chambre à coucher, tout juste assez grande pour y mettre un lit. Une cuisine et une salle de bains tout aussi minuscules, à rénover au complet. Des radiateurs à eau chaude datant des années 30. Prix demandé : 400 000 $. Oy ! comme diraient les juifs d'Europe de l'Est qui ont peuplé jadis le quartier. On comprend pourquoi les artistes, poètes et autres marginaux sont de moins en moins nombreux à avoir les moyens d'y perpétuer la vie de bohème immortalisée par la comédie musicale Rent.

Une dernière journée d'été sur la terrasse d'Esperanto,... (PHOTO FOURNIE PAR RICHARD HÉTU) - image 2.0

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Une dernière journée d'été sur la terrasse d'Esperanto, un des restaurants latinos de l'avenue C.

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Une poule réfléchit à son avenir au pavillon... (PHOTO FOURNIE PAR RICHARD HÉTU) - image 2.1

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Une poule réfléchit à son avenir au pavillon de la Plaza Cultural, un des jardins communautaires de Loisaida.

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N'empêche : Loisaida demeure l'un des rares quartiers de Manhattan, sinon le seul, à ne pas avoir complètement cédé aux sirènes du commerce et de Starbucks. Au plus fort de la déliquescence d'Alphabet City, des « guérilleros verts » ont contribué à y lancer un mouvement social qui perdure. Ces jardiniers clandestins, dont le nom est aujourd'hui associé à une organisation respectée, se sont alors mis à lancer des « bombes de semences » par-dessus les clôtures entourant les nombreux terrains vacants, transformant graduellement plusieurs d'entre eux en jardins communautaires. Trois décennies plus tard, les « guérilleros verts » et leurs avocats ont réussi à préserver une vingtaine de ces jardins potagers ou récréatifs, ayant tenu tête aux promoteurs immobiliers et à leurs alliés politiques, dont les maires Rudolph Giuliani et Michael Bloomberg, qui voulaient y faire pousser des condos.

Bien sûr, la Plaza Cultural fait pitié à côté de Central Park. Je le note pour souligner ceci : avant de déménager dans Loisaida, j'imaginais mal de pouvoir vivre loin du somptueux joyau vert de Manhattan, près duquel se trouvaient mes deux premiers appartements new-yorkais (le premier à East Harlem, le second dans l'Upper East Side).

Comment parviendrais-je à me passer de ce parc où je pouvais jogger, flâner, flirter et croiser des célébrités - John Kennedy fils ! Yoko Ono ! Madonna ! - qui me donnaient l'impression de recevoir ma pleine part de ce que New York avait de meilleur à offrir.

Je me suis consolé assez vite avec la vue spectaculaire sur l'East River et l'Empire State Building dont je jouissais de mon nouvel appartement, situé au 25e étage d'un immeuble de l'avenue C. 

Je n'ai pas mis beaucoup plus de temps à découvrir les charmes de mon coin d'East Village, où le rythme de vie est justement plus proche du village que de la mégapole.

Un village qui résiste encore, un peu comme celui des Gaulois. Les jardins communautaires l'attestent, tout comme les squats du quartier, qui ont survécu aux assauts de la police de Rudolph Giuliani (ils ont aujourd'hui le statut de coopératives de logement). Pour en apprendre plus sur les combats qui ont marqué l'histoire du quartier, les touristes peuvent d'ailleurs s'arrêter depuis peu au 155, avenue C, adresse d'un squat dont le rez-de-chaussée et le sous-sol abritent un musée (The Museum of Reclaimed Urban Space). Moyennant 20 $, ils peuvent même participer le samedi à des visites guidées des jardins communautaires, des squats et autres lieux de luttes sociales ou d'expressions culturelles de Loisaida.

Il va sans dire que ce musée ne fait pas l'unanimité. Quelques vieux anarchistes de mes amis l'ont ajouté à la liste des calamités qui sont en train de dénaturer selon eux l'avenue C et ses environs. Leur liste inclut les bars où l'on sert des cocktails à 16 $ (Summit et Mace, entre autres) et quelques restaurants tout aussi inabordables pour plusieurs riverains, dont Edi and the Wolf, qui sert une cuisine autrichienne « authentique ».

Mais ces grincheux admettent qu'il n'y a pas d'endroit plus agréable où passer une chaude soirée d'été à New York que la Plaza Cultural, surtout quand un orchestre de jazz y joue du Charlie Parker, un ancien de l'avenue B.

Et les coqs ? Ils font partie depuis quelques années déjà de la liste officielle des animaux dont la détention ou la possession est interdite à New York, avec notamment les lions, les crocodiles et les chameaux.

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