Journalistes tués en direct: le côté macabre des médias sociaux

Peu après avoir tué Alison Parker et Adam... (PHOTO CHRIS KEANE, REUTERS)

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Peu après avoir tué Alison Parker et Adam Ward, le tireur, Vester Flanagan, a écrit sur Twitter : «J'ai filmé les coups de feu voir Facebook», pour dire au public d'aller voir sa vidéo du meurtre.

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Avant de prendre les vies de la journaliste Alison Parker et de son collègue caméraman Adam Ward avec huit coups de feu de son fusil Glock, tôt mercredi matin, l'ex-journaliste Vester Flanagan a pris soin d'appuyer sur la touche «Enregistrer» de la caméra qu'il pointait sur eux.

Peu après, le tueur en cavale a sauté sur Twitter, où il s'exprimait sous le pseudonyme @bryce_williams7. «J'ai filmé les coups de feu voir Facebook», a-t-il écrit, pour dire au public d'aller voir sa vidéo du meurtre.

Une utilisation perverse des médias sociaux qui a donné un écho rarement vu à un homicide lié aux relations de travail, un type de crime qui se produit plus de 500 fois l'an en moyenne aux États-Unis.

«Il savait que l'utilisation des médias sociaux donnerait un retentissement instantané à son crime, explique en entrevue Anatoliy Gruzd, directeur du Laboratoire sur les médias sociaux à l'Université Ryerson, à Toronto. Les journalistes ont été parmi les premiers groupes de professionnels à adopter les réseaux sociaux, et je me demande si ça a joué un rôle dans la décision du tueur de diffuser ces images en temps réel de cette façon.»

Sur son site, le magazine conservateur américain National Review parle du «premier meurtre diffusé sur les réseaux sociaux aux États-Unis», un avis que ne partage pas M. Gruzd. «On voit cela depuis quelques années, des organisations comme le groupe État islamique et d'autres ont leur propre compte sur les réseaux sociaux pour diffuser leur propagande, dit-il. La différence avec les meurtres en Virginie, c'est que les gens se sentent plus près du drame. C'est plus près de chez nous.»

Cela montre aussi que n'importe qui peut désormais produire des nouvelles. «Il n'y a plus de censure ou de contrôle. Avec un téléphone et une connexion de données, vous pouvez diffuser ce que vous voulez. Twitter et Facebook retirent le matériel offensant, mais entre-temps, d'autres l'auront déjà diffusé sur d'autres plateformes, sous d'autres identités. Il n'y a plus un éditeur quelque part qui dit: "Non, on ne diffuse pas ça." Donc, les usagers doivent bien réfléchir avant de retweeter ou de partager du contenu.»

Pour Jean-Hugues Roy, professeur à l'École des médias de l'UQAM, l'humanité a toujours produit le meilleur et le pire avec les technologies qu'elle a conçues. Il cite le nucléaire, une source d'énergie phénoménale qui a aussi servi à anéantir des villes entières.

«Aujourd'hui, de formidables outils de communication peuvent servir à communiquer le pire, comme des décapitations, et cet assassinat filmé à la première personne», dit-il.

La décision de plusieurs médias, dont le tabloïd New York Daily News, d'imprimer en une l'image des victimes prise par la caméra du tueur a aussi soulevé des critiques, dont celles de Ken Paulson, ancien rédacteur en chef du quotidien USA Today et actuel doyen de la section communication à la Middle Tennessee State University.

«Si une célébrité était violée et qu'une vidéo de la scène avait été tournée, est-ce que vous la montreriez?, a-t-il dit à l'AFP. Je ne pense pas. Pourquoi est-ce que le meurtre de deux personnes serait moins obscène?»

«Quelque chose de stupide»

Vester Flanagan, 41 ans, a été renvoyé de la station de télé WDBJ il y a deux ans, après avoir été averti plusieurs fois, par écrit, de modifier ses comportements agressifs et antisociaux.

Peu avant le meurtre, l'ex-journaliste avait fait parvenir par télécopieur une lettre de 23 pages à ABC News, dans laquelle il expliquait admirer Seung-Hui Cho, le tueur qui a assassiné 32 personnes à Virginia Tech en avril 2007. Il expliquait aussi que son geste était motivé par la tuerie qui a eu lieu dans une église de Charleston, en juin, où le tueur blanc Dylann Roof a fait neuf victimes noires.

«Pourquoi j'ai fait ça? J'ai fait un dépôt pour acheter un revolver le 19 juin 2015. La tuerie dans l'église à Charleston est survenue le 17 juin 2015. C'est la tuerie dans l'église qui m'a fait perdre les pédales. J'ai gravé les initiales des victimes sur les balles de l'arme.»

Hier, la police de la ville de Roanoke, en Virginie, où s'est produit le double meurtre tôt mercredi matin, a dit avoir récupéré le téléphone portable de Vester Flanagan. Après le drame, il a envoyé un texto à un ami dans lequel il disait «avoir fait quelque chose de stupide», selon des documents officiels.

Le tireur a fait une tentative de suicide peu après dans une voiture de location qui avait quitté l'autoroute après une poursuite policière. Il est mort la journée même dans un hôpital local.

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