Analyse

Obama s'en va-t-en guerre

Le projet de résolution exclut des «opérations durables... (PHOTO JONATHAN ERNST, REUTERS)

Agrandir

Le projet de résolution exclut des «opérations durables de combats terrestres offensifs», mais n'écarte pas le déploiement de forces spéciales pour des opérations de sauvetage ou de renseignement ni des raids contre des dirigeants de l'EI.

PHOTO JONATHAN ERNST, REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Richard Hétu

collaboration spéciale

La Presse

(NEW YORK) Pour la première fois de sa présidence, Barack Obama a demandé hier au Congrès américain d'autoriser une action militaire. Présentée plus de six mois après les premières frappes aériennes contre le groupe État islamique en Irak et en Syrie, cette requête constitue un virage pour celui qui prônait la fin des guerres américaines au Moyen-Orient. Décryptage.

Q: Pourquoi Obama demande-t-il l'autorisation du Congrès?

R: Il y a six mois, en annonçant la campagne aérienne contre le groupe État islamique (EI), Barack Obama avait invoqué les autorisations du Congrès dont s'était prévalu son prédécesseur, George W. Bush, pour lancer des représailles contre Al-Qaïda, après les attentats du 11 septembre 2001, et envahir l'Irak. Or, des élus du Congrès, démocrates et républicains, ont protesté contre ce recours, affirmant que les autorisations de 2001 et 2002 ne pouvaient servir de base juridique à l'action militaire contre l'EI. La démarche du président vise donc à combler cette lacune en permettant au Congrès d'assumer son rôle constitutionnel de déclarer les guerres. Elle lui donne également une couverture politique en étendant au Congrès la responsabilité d'une nouvelle campagne militaire aux conséquences incertaines.

Q: Des présidents ne sont-ils pas déjà allés en guerre sans obtenir l'autorisation du Congrès?

R: Barack Obama l'a lui-même déjà fait en lançant des frappes contre la Libye en 2011. Il emboîtait le pas à d'autres présidents, dont George Bush père et Bill Clinton, qui s'étaient appuyés sur des résolutions des Nations unies pour défendre la légalité d'interventions militaires (au Koweït pour Bush père, dans l'ex-Yougoslavie pour Clinton). Bush père avait néanmoins demandé et obtenu «l'appui» (et non pas l'autorisation) du Congrès avant la guerre du Golfe. À l'instar de Clinton dans les années 90, Obama a été accusé en 2011 d'avoir violé la loi sur les pouvoirs de guerre adoptée en 1973 pour forcer le président à obtenir l'autorisation du Congrès avant de déclarer la guerre. La Chambre des représentants s'était cependant contentée de lui adresser des reproches.

Q: Comment Obama justifie-t-il l'action militaire contre l'EI?

R: Le groupe État islamique «représente une menace pour les peuples et la stabilité de l'Irak, de la Syrie et du Moyen-Orient, ainsi que pour la sécurité nationale des États-Unis», a écrit Barack Obama dans une lettre envoyée hier au Congrès accompagnant un projet de résolution visant à «autoriser l'usage limité des forces armées américaines contre» l'EI. «En l'absence d'intervention, l'EI pose une menace au-delà du Moyen-Orient, y compris le territoire des États-Unis», a-t-il ajouté après avoir évoqué la responsabilité du groupe dans la mort des citoyens américains James Foley, Steven Sotloff, Peter Kassig et Kayla Mueller. Plus tard, lors d'une brève allocution à la Maison-Blanche, le président Obama a affirmé que la coalition internationale menée par les États-Unis était passée «à l'offensive» et que «l'EI sera vaincu».

Q: Quelles sont les limites imposées par le président?

R: L'autorisation du Congrès prendrait fin après trois ans, laissant au successeur de Barack Obama la responsabilité d'en demander le renouvellement, le cas échéant. «Je ne crois pas que les intérêts de l'Amérique soient servis par une guerre sans fin ou en restant sur un pied de guerre perpétuel», a dit le président hier. Le projet de résolution exclut des «opérations durables de combats terrestres offensifs», mais n'écarte pas le déploiement de forces spéciales pour des opérations de sauvetage ou de renseignement ni des raids contre des dirigeants de l'EI. L'autorisation ne vise pas seulement l'EI, mais aussi «les forces et personnes associées». Et elle ne se limite pas à la Syrie et à l'Irak, étant donné les vastes visées territoriales de l'EI.

Q: Comment réagissent les républicains et les démocrates?

R: De façon générale, les républicains pensent que le projet de résolution du président ne va pas assez loin, alors que les démocrates pensent au contraire que sa demande n'est pas assez circonscrite. «Si nous devons autoriser l'usage de la force militaire, le président devrait avoir tous les outils nécessaires pour remporter la bataille dans laquelle nous sommes engagés», a déclaré le président républicain de la Chambre des représentants, John Boehner. De son côté, Adam Schiff, représentant démocrate de Californie, s'inquiète du fait que l'autorisation du président ne prévoit pas de limites géographiques, ne définit pas avec précision les forces associées à l'EI et laisse en place la loi de 2001 autorisant l'usage de la force contre Al-Qaïda et ses affiliés.

En entrevue à CBC, le nouveau ministre de la Défense, Jason Kenney, a laissé la porte ouverte hier à une prolongation de l'intervention du Canada contre le groupe État islamique en Irak. La mission de combat de six mois vient à échéance à la fin mars et M. Kenney a affirmé que le gouvernement conservateur n'avait pas encore décidé s'il devait prolonger la mission, demander un mandat différent au Parlement, ou même si une prolongation devait faire l'objet d'une demande devant les parlementaire

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer